L'optimisme de Thierry Breton se justifie après un troisième trimestre moribond

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Alors que tous les indicateurs sont au rouge et que la France a enregistré une croissance nulle au troisième trimestre, l'optimisme de Thierry Breton pour le reste de l'année a de quoi surprendre. Il pourrait s'expliquer par le détail du PIB au troisième trimestre, s'il est dû essentiellement à un déstockage.

L'optimisme affiché ce matin sur Europe 1 par le ministre de l'Economie et des Finances Thierry Breton, qui s'attend à un "très bon" quatrième trimestre, laisse certains économistes sceptiques. "Avec un acquis de croissance (taux de croissance sur l'année dans l'hypothèse d'une croissance nulle au quatrième trimestre, ndlr) de 1,9% à la fin du troisième trimestre, la croissance devrait effectivement s'inscrire dans une fourchette comprise entre 2 et 2,5%", indique Nicolas Bouzou, économiste chez Asterès.

Mais de là à anticiper comme Thierry Breton une croissance du dernier trimestre entre 0,6 et 0,8%..."Nous prévoyons plutôt une augmentation du PIB de 0,2, voire 0,3%, et une croissance annuelle plus proche de 2% que de 2,5%", estime Nicolas Bouzou.

De fait, tous les indicateurs sont aujourd'hui au rouge. Les chiffres de l'emploi salarié publié la semaine dernière montrent que les créations de postes ne décollent pas. L'explication du recul du chômage ne prête donc pas à l'optimiste. "Seul un tiers de la baisse du chômage est due à de véritables créations d'emplois. Les deux autres tiers sont dus au papy-boom, à la plus grande rigueur dans la comptabilisation du nombre de chômeurs et au traitement social du chômage, notamment au travers des emplois subventionnés, des stages, des contrats de formations...", explique Marc Touati, économiste chez Natixis.

De leur côté, les investissements industriels sont moribonds et ne réservent probablement pas de bonne surprise sur la fin de l'année. "Le ralentissement conjoncturel international observé au troisième trimestre ainsi les hausses de taux de la Banque centrale européenne (BCE) devraient peser sur les chiffres des trois derniers mois de l'année", indique Nicolas Bouzou. De même que l'environnement conjoncturel, les mouvements de taux jouent en décalé sur l'économie domestique. Les tours de vis de politique monétaire amorcés par Jean-Claude Trichet, directeur de la BCE, en décembre dernier, n'ont ainsi pesé sur la croissance de l'hexagone qu'à partir du troisième trimestre.

Thierry Breton connaitrait-il des statistiques en avant-première lui permettant d'afficher un si bel optimiste ? "Peu probable qu'il ait déjà pris connaissance du chiffre de consommation des ménages pour octobre qui seront publiés mercredi. Généralement, les ministres sont informés la veille de ces publications", indique Nicolas Bouzou. De plus, même si elles étaient très bonnes, les dépenses des ménages ne suffiraient pas à redresser à ce point la croissance.

Alors, qu'en est-il du détail du PIB du troisième trimestre qui sera publié demain ? "C'est sans doute sur ces chiffres que Thierry Breton fonde ses propos, il ne s'avance probablement pas dans le vide sans raison", indique Antoine Brunet, économiste chez HSBC. De fait, il n'est pas impossible que ce détail montre un gros déstockage au troisième trimestre, après une forte reconstitution des stocks au trimestre précédent. "En revanche, si la croissance zéro de juillet à septembre s'explique par un consommation moribonde et un déficit commercial record, alors les propos de Thierry Breton auront de quoi laisser perplexe", indique Antoine Brunet.

Marc Touati estime également que 0,6% semble tout à fait tenable au dernier trimestre, en raison de l'effet de rattrapage par rapport au trimestre précédent. Et ce, grâce à la normalisation des stocks et le rattrapage de la consommation et de l'investissement, tiré notamment par la demande allemande avant la hausse de la TVA l'an prochain. "Reste que même avec une croissance de 0,8% au dernier trimestre, la croissance annuelle ne serait que de 2,1% sur l'année", déplore l'économiste. Après avoir été plusieurs années en tête de la croissance européenne, la France incarnerait ainsi une des plus faible performance de la zone euro.

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