Le Capitole et les cochonnailles

 |   |  419  mots
Alors que le G7 s'inquiète du laxisme des Etats-Unis en matière budgétaire, le parlement américain accroît ses dépenses électoralistes. Connues sous le sobriquet de "pork-barrel spendings", ces distributions de cochonnailles pèseront 29 milliards de dollars dans le déficit fédéral 2006.

Cochons de congressmen! Alors que la planète financière et les ministres des Finances des pays du G7 s'alarment de l'explosion des déficits américains, les élus du Congrès, loin de freiner les dérives dépensières de l'administration Bush, continuent de charger la barque, en faisant voter par leurs pairs des projets susceptibles de consolider leur base électorale.

Ces "provisions pour intérêt spécial", généralement adoptées à la hâte et incluses en douce dans de vastes projets de loi, sont connues aux Etats-Unis sous le nom de "pork-barrel spendings", sobriquet parfois écourté en "plain pork", littéralement "pur porc".

La pratique n'est pas nouvelle, mais compte tenu de l'ampleur du déficit fédéral - attendu à 423 milliards de dollars pour l'exercice fiscal 2006 démarré en octobre dernier - ces débordements de cochonnailles sont de plus en plus décriés. Selon Citizens Against Government Waste (CAGW), une association prônant la discipline budgétaire au Capitole, le nombre de projets tombant dans la répugnante catégorie des "pork-barrels" a certes diminué cette année, passant de 14.000 à 10.000 entre 2005 et 2006. Toutefois, les budgets qui leur sont affectés ont dans le même temps bondi de 6%, à 29 milliards de dollars. Au total, l'enveloppe budgétaire consacrée à ces projets a explosé de 29% depuis 2003!

Dans son dernier rapport annuel, CAGW expose les exemples les plus coûteux ou scandaleux, mais aussi les plus farfelus de "pork-barrels". Parmi les perles du rapport 2006 figurent le versement d'une enveloppe de 500.000 dollars consacrée à un musée exposant des théières en Caroline du Nord. Une autre, d'un montant de 550.000 dollars, est attribuée à un musée d'oeuvres en verre dans l'Etat de Washington, tandis qu'un club de boxe du Nevada se voit doté d'une subvention de 100.000 dollars... autant de "priorités nationales" qui font tache à l'heure où l'administration Bush promet de tailler davantage dans certains budgets sociaux pour contenir les dépenses fédérales.

Fort heureusement, des gardes fous sont en élaboration qui ont vocation à limiter de telles dérives à l'avenir. A la fin mars, le Sénat a adopté de nouvelles règles sceptibles de faire dérailler à l'avenir certains projets "d'intérêt spécial". Désormais, si le projet "pur porc" d'un sénateur rencontre l'opposition d'un seul de ses pairs, il lui faudra obtenir 60 voix (sur 100 sièges) pour qu'il soit malgré tout adopté. Le Capitole promet donc d'être plus vertueux. Cochon qui s'en dédit.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :