L'économie israélienne peu affectée par le conflit libanais

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Alors que le désastre économique se fait ressentir chaque jour plus vivement au Liban, le PIB israélien ne sera que légèrement affecté par le conflit. L'endettement reste maîtrisé et la croissance annuelle est attendue à 4,6% contre les 5,2% estimés précédemment.

Bien que la majeure partie du territoire ne soit pas bombardée, ni les plages d'Eilat et de Tel-Aviv, ni les rues de Jérusalem ne seront les lieux de villégiature - ou de pèlerinage- privilégiés cet été. C'est en effet le secteur du tourisme qui, sans surprise, se trouve le plus affecté par le conflit en Israël. Seuls 250.000 touristes sont désormais attendus par l'Association des tour-opérateurs d'Israël, soit moitié moins que prévu.

Même si cet impact économique ne sera pas spectaculaire, les économistes du consensus recueilli par l'agence Bloomberg n'ont pas hésité à revoir à la baisse leur prévision de croissance sur l'année. Le produit intérieur brut (PIB) d'Israël devrait atteindre 4,6% contre une moyenne de 5,2% estimée auparavant, en ligne avec le record depuis 5 ans de l'an dernier.

Outre le problème du tourisme, l'économie subit les conséquences des tirs de roquettes sur le nord du pays. Près de 15% des 7 millions d'habitants restent cloîtrés dans des abris ou s'exilent vers le sud. Quant au recul de la consommation et des investissements, "il sera compensé dès que la guerre cessera, si elle est de courte durée", indique Vered Dar, chef économiste chez Psagot Ofek Investment House. "Seules les pertes du secteur du tourisme ne seront pas compensées", ajoute l'économiste, qui rappelle que la croissance en Israël avait été de 6,1% en 1991, alors que la guerre du Golfe avait paralysé l'économie pendant six semaines.

En revanche, les quatre dernières années de croissance ont donné au pays les ressources nécessaires pour combattre sans avoir à rogner le budget. Ce dynamisme a permis de récolter 15% de recettes d'impôt supplémentaire sur le premier semestre 2006 par rapport à l'an dernier. Enfin, les investissements étrangers en Israël ont atteint 6,4 milliards de dollars en rythme annualisé en mai. Un plus haut historique.

Le ministre des Finances Avraham Hirschson a d'ailleurs tenu à rassurer les investisseurs sur la promesse du gouvernement de maintenir le déficit budgétaire à moins de 3% du PIB cette année, soit 3,8 milliards de dollars. Un objectif que permet notamment la vente de la compagnie pétrolière nationale Ashdod Oil Refineries le 31 juillet pour 800 millions de dollars, ainsi que les impôts collectés sur l'achat pour 4 milliards de dollars de Iscar Metalworking Cos par le milliardaire américain Warren Buffett.

Standard & Poors a fait sienne la sérénité d'Israël sur son endettement et confirmé la semaine dernière sa notation A + et ses perspectives stables sur sa dette long terme du pays. La quiétude s'est également reflétée dans les différents indicateurs financiers. L'indice phare de la Bourse de Tel Aviv, le TA-25, a regagné presque toutes les pertes (-8%) essuyées durant les deux premiers jours de la guerre. Quant au shekel, il n'a cédé que 0,3% face au dollar depuis le début des hostilités. Enfin, les rendements d'emprunts à 10 ans ont à peine augmenté. Après s'être tendus à 6,66% le 16 juillet, ils ont reculé à 6,44 % la semaine dernière, proche des 6,37% enregistrés la veille du conflit.

Mais l'éventualité d'un conflit qui se prolongerait longtemps suscite de vives inquiétudes. "Certes, l'économie israélienne dispose de deux forts atouts structurels : une grande flexibilité et un positionnement sectoriel sur des niches high tech (médicaments génériques, drones, sécurité informatique...) qui lui permettent de s'adapter rapidement aux chocs", note Nicolas Bouzou, économiste chez Asterès. Mais la conjoncture du pays est déjà fragilisée par l'essoufflement de l'économie américaine, à laquelle elle est très liée. Les Etats-Unis affichent une croissance de 2,5% au deuxième trimestre contre 5,6% au premier. "Surtout, il faut bien comprendre que le fait que le Hezbollah ait visé Haïfa dès le début du conflit n'est pas économiquement indifférent", relève l'économiste. Haïfa est la Silicon valley israélienne. La ville abrite le Technion-Israel Institute of Technology (13 000 élèves), véritable MIT local, et le MATAM (6 000 employés), le plus grand parc technologique israélien. Beaucoup d'entreprises de la ville ont dû fermer leurs portes tout en continuant de payer leurs salariés.

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