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ÉconomieInternational

Les matières premières solidement ancrées à leurs niveaux record

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Publié le 16 juin 2006 à 15:20 - Mis à jour le 22 octobre 2008 à 18:10

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En dépit des corrections récentes, le cycle haussier des matières premières devrait perdurer sous l'effet de la demande chinoise, de la rareté et des faibles investissements passés. Les nouvelles matières premières à vocation écologique connaissent déjà une certaine effervescence.

Les cours ont eu beau marquer de nettes corrections ces derniers temps, les marchés internationaux des matières premières connaissent depuis quelques mois une envolée spectaculaire. Non seulement les cours du pétrole enregistrent un troisième choc historique, mais l'ensemble des matières premières sont touchées. Produits miniers, métalliques, services, dont le fret maritime constitue un excellent indicateur, mais aussi produits agricoles, tous ont tour à tour atteint des records absolus.

La plupart des produits ont vu leur cours tripler depuis la fin du XXe siècle. Un vrai renversement de tendance: depuis 1970, les cours des métaux et des minerais n'avaient cessé de reculer. "Le dernier choc remonte à une trentaine d'année, la durée précisément de la cyclicité des crises sur ces marchés depuis le début du XXe siècle", note Philippe Chalmin, professeur à Paris-Dauphine.

Selon l'indice calculé par Reuters/Jefferies CRB, le prix des matières premières vient de grimper quatre années de suite, ce qui ne s'était jamais vu depuis le début des années 1970. Nombre des déséquilibres actuels n'auraient pas pu voir le jour auparavant. Alors que l'étain, le café, le caoutchouc faisaient l'objet d'accords internationaux, les prix du pétrole ont été fixés par l'Opep pendant des années.

A l'origine de cette frénésie sur les marchés des matières premières se trouve bien entendu la croissance mondiale - 4,3% en 2005 selon le FMI - et le dynamisme sans précédent de la Chine. "Ce pays comptant 1,3 milliard d'habitants enregistre quasiment une croissance à deux chiffres depuis une trentaine d'année", souligne Philippe Chalmin. Propulsé au coeur du commerce mondial dans les années 1990, l'Empire du Milieu est aujourd'hui régulièrement le premier importateur mondial de minerai de fer, de métaux non ferreux, avec environ un quart de la demande mondiale, de soja, de blé...

Les prix record s'expliquent donc par le simple mécanisme d'une demande supérieure à l'offre. En raison de la prudence des investissements des années 1990, les producteurs tournent à pleine capacité. Industries minières et métallurgiques poussent à outrance leurs cadences de production. Et cette tension n'est pas près de disparaître, étant donné la durée de réalisation d'un projet minier ou pétrolier, parfois proche d'une dizaine d'année. Résultat, le moindre choc, qu'il soit climatique, géopolitique ou autre, se ressent fortement sur les cours. Et les crises ne manquent pas, entre les cyclones, les tensions géopolitiques, de la Russie au Venezuela ou au Golfe arabo-persique.

A cette tension s'ajoute à présent un nouveau paradigme, celui de la rareté. La question se pose pour le pétrole, pour l'eau... "Il y a néanmoins beaucoup trop de catastrophisme au sujet des réserves de pétrole", prévient Francis Perrin, directeur de la rédaction de la revue Pétrole et gaz arabes. Alors que la surestimation des réserves de Shell et Repsol a provoqué quelques scandales, nombre d'exemples inverses ont également fait surface, mais sans aucun retentissement.

De fait, l'accès aux réserves s'améliore chaque jour: alors que les forages offshore n'atteignaient pas 500 mètres de profondeur dans les années 1970, les compagnies pétrolières acquièrent aujourd'hui des permis pour creuser à 3000 mètres sous le niveau de la mer, sans que l'on ait encore aujourd'hui les moyens d'explorer les régions au delà de 2500 mètres. Il n'empêche que les réserves de pétrole diminuent à long terme, ce qui explique en partie la hausse du prix de l'or noir.

Mais une correction sur les marchés des matières premières est également envisageable, si l'on en croit Frédéric Lasserre, responsable de la recherche sur les matières premières à la Société Générale. "Si l'analyse fondamentale permet de justifier aisément la tendance haussière enregistrée depuis 2002, elle n'explique pas l'accélération de la hausse depuis le dernier trimestre 2005", affirme le spécialiste, qui entrevoit un éclatement de cette bulle à partir du quatrième trimestre 2006. De son côté, Stephen Roach, chef économiste chez Morgan Stanley à New York, anticipe une embardée lorsque l'économie chinoise ralentira.

Mais au vu des fondamentaux qui portent cette croissance spectaculaire des matières premières, tout porte à croire qu'une correction éventuelle sera sans commune mesure avec l'éclatement de la bulle Internet du début du millénaire. Le maintien des matières premières à de très hauts niveaux est donc probable. Reste à espérer que ce phénomène ne provoque pas de choc récessif ni inflationniste dans les prochaines années.

Le bio éthanol doit confirmer son statut de matière première
L'utilisation des biocarburants, beaucoup moins polluants que les dérivés du pétrole, est particulièrement intéressante du point de vue de la production de CO2 et de l'effet de serre qu'elle implique. Très en vogue au Brésil, le marché du bio éthanol n'en est pourtant qu'à ses prémices, et devra prouver son statut de matière première dans les prochaines années, comme solution alternative à l'essence dans les transports. Malgré de faibles volumes sur ce marché, le cours de l'éthanol dérivé du maïs à Chicago a plus que doublé depuis le début de sa cotation en août 2005.

Le CO2, un marché encore trop volatil
L'Union européenne a donné début 2005 le coup d'envoi du marché du CO2 destiné à se préparer à la logique du protocole de Kyoto (2008-2012) sur le réchauffement climatique. Pétrole cher, retour en grâce du charbon et sécheresse ont dopé les cours l'an dernier, avec le concours non négligeable des hedge funds. Puis le marché s'est aperçu qu'il y avait moins d'émissions que de permis et le prix de la tonne de CO2 a fortement chuté. Selon les spécialistes, cette volatilité ne pourra disparaître que lorsque le marché européen sera intégré au marché international.

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