La Banque du Japon salue la sortie du pays de la déflation

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La BOJ a mis fin ce matin à sa politique monétaire anti-déflationniste. Elle maintient pour le moment son taux de référence à zéro, mais elle va réduire le montant des liquidités qu'elle déversait dans l'économie. Une décision qui reflète l'amélioration structurelle de l'économie japonaise, après de longues années de déflation.

"La seule économie en croissance robuste parmi les très grands pays de l'OCDE, c'est le Japon": qui aurait imaginé il y a encore quelques mois qu'un économiste, en l'occurrence Patrick Artus (Ixis CIB), oserait un titre aussi affirmatif ? Cet optimisme est partagé par la Banque du Japon (BOJ), qui a officiellement mis fin jeudi à sa politique monétaire anti-déflationniste dite d' "assouplissement quantitatif".

En fait, cette annonce est davantage un satisfecit delivré à l'économie nippone qu'une révolution monétaire, tant la BoJ a annoncé peu de mesures concrètes. Elle commencera par réduire les énormes quantités de liquidités qu'elle maintient à disposition des banques commerciales sur le marché interbancaire. Elle a pris pour instrument de référence son taux directeur au jour le jour; mais elle maintient ce taux à zéro, et ne déviera probablement pas avant au moins un an. Elle continuera également d'acheter chaque mois pour 1.200 milliards de yens (86 milliards d'euros) d'obligations gouvernementales.

Enfin, elle se fixe un objectif d'inflation entre 0 et 2%. "C'est une sorte de contrat entre la BoJ et le gouverement, inspiré de ce qui se fait en Nouvelle-Zélande. En clair: si la BoJ échoue à maintenir ce taux, le gouverneur peut être contraint à démissionner", explique un haut fonctionnaire de la Banque du Japon.

2006 est une année-charnière pour le Japon. Huit ans durant, la spirale négative de la baisse des prix, donc des marges et des salaires, a pesé sur le moral des salariés et des chefs d'entreprise. "La déflation a été déclenchée par la crise financière asiatique de 1997-1998", estime Sophie Mametz, économiste chez Ixis CIB. En février 1999, sur fond de rumeurs de crise monétaire imminente, la Banque du Japon décide d'adopter une politique dite de taux zéro, avantageant les banques pour leur permettre de nettoyer leurs bilans, prélude indispensable à la sortie de la déflation.

Mars 2001: poursuivant la même logique, la BoJ adopte une politique dite d'"assouplissement quantitatif", par laquelle elle force les banques commerciales à maintenir des encours massifs sur le marché interbancaire. "Il y a une particularité du Japon: depuis 1995, le taux interbancaire est plus bas que le taux d'escompte. Et c'est le taux interbancaire qui est devenu une référence", poursuit le haut fonctionnaire de la Banque du Japon.

La faiblesse de la demande de prêts de la part des entreprises nippones, dont les restructurations ont contribué à gonfler les capacités d'autofinancement, rendaient assez vains les efforts de la BOJ pour ressusciter le crédit, rappelle Sophie Mametz. Reste que cette politique a donné au secteur bancaire la tranquillité requise pour abandonner les mauvaises créances qui pesaient sur leurs bilans. En trois ans, entre 2002 et 2005, "elles ont divisé par deux leur encours de créances non performantes, à 1.300 milliards de dollars environ" sous l'égide d'une agence des Services Financiers très sourcilleuse, souligne Sophie Mametz.

Depuis trois ans la croissance est revenue, cette fois tirée par la demande intérieure. Les entreprises affichent des ventes record. Les salaires recommencent à progresser (la masse salariale a augmenté de 2% en 2005). "Les dirigeants d'entreprise ont eu la bonne idée de partager les fruits de la croissance revenue", commente Sophie Mametz. Conséquence: le consommateur a retrouvé le chemin des magasins, et les prix se sont stabilisés, voire augmentent, en dépit de la Chine toute proche dont les produits bon marché "exportent de la déflation" vers l'Archipel. "Le Japon reste une anomalie, avec des taux à zéro alors que la croissance est robuste", ronchonne un investisseur.

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