Suez-GDF : EDF menacé de représailles en Italie

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Une réduction du rôle d'EDF dans le deuxième électricien italien Edison est exigée par le probable prochain chef du gouvernement italien, Romano Prodi. Les alliés italiens d'EDF dans Edison sont aussi favorables à des sanctions contre les Français.

Pour Electricité de France (EDF), la fusion Suez-Gaz de France (GDF) pourrait devenir un cauchemar. Et pas seulement parce que l'ancien monopole français de l'électricité sera désormais confronté à un colosse sur son propre marché national.

EDF risque sérieusement de faire les frais en Italie des représailles de Rome contre la fusion Suez-GDF, destinée à contrer les supposés appétits du groupe italien Enel sur Suez. Car les mesures à l'étude en Italie contre l'initiative française touchent toutes à la présence d'EDF au capital du deuxième groupe d'électricité italien, Edison.

Après plusieurs accords au printemps dernier, EDF a obtenu de pouvoir contrôler directement 17,33% d'Edison et indirectement 35,6% via sa propriété de la moitié du holding Transalpina di Energia (TdE), qui contrôle lui-même 71,2% d'Edison.

Or, ce fragile équilibre de l'actionnariat d'Edison, négocié âprement entre les gouvernements français et italien pour régler leur différend causé par l'irruption hostile d'EDF en 2001 au capital d'Edison, menace de voler en éclats.

Les partenaires italiens d'EDF au capital d'Edison exigent en effet que Rome impose la réciprocité à Paris sur le dossier de l'énergie. "La fermeture des Français est stupéfiante et dévastatrice, surtout car elle intervient peu de temps après que le gouvernement italien a trouvé une solution au problème d'Edison, quand il aurait en fait pu faire pire que les Français", s'émeut le président du conseil d'administration d'Edison et patron de la régie municipale de Milan, Giuliano Zuccoli, dans un entretien à La Stampa.

Le gouvernement italien a en effet fait lever la limitation à 2% des droits de vote d'EDF au capital d'Edison. Ce blocage à 2% avait été introduit dès 2001 par la gauche au pouvoir en Italie en rétorsion à la tentative de prise de contrôle par EDF d'Edison. En échange, Enel doit en principe obtenir un accès privilégié au marché français de l'électricité, en participant à l'EPR nucléaire, géré par EDF, à hauteur de 12,5%.

"Il y a des lois en Italie, notamment le décret Marzano qui prévoit que face à de telles attitudes clairement contraires, pas tant à la réciprocité, mais au fair play [comme celles de la fusion Suez-GDF contre Enel, NDLR], il peut y avoir les réactions en conséquence. Nous sommes du côté du gouvernement italien", insiste le président d'Edison.

"Nous ne sommes pas partenaires des Français, nous sommes seulement des co-actionnaires", insiste Giuliano Zuccoli, finissant d'invalider l'image d'harmonie entre les actionnaires d'Edison que le patron d'EDF, Pierre Gadonneix, avait tissée ces derniers mois.

Et contre toute-attente, le prochain gouvernement italien issu des élections législatives des 9 et 10 avril pourrait fort bien ruiner un peu plus les perspectives d'EDF dans la Péninsule. "Il est clair qu'il faut agir immédiatement et en premier lieu en rééquilibrant profondément la présence française dans Edison", a ainsi indiqué Romano Prodi à propos de l'affaire Suez. Or, sa coalition de gauche est en tête dans les sondages pour les élections d'avril.

Si, secrètement, le gouvernement Villepin misait sur une victoire de Romano Prodi aux élections pour renouer ses liens avec l'Italie, il est désormais clair qu'un gouvernement de gauche n'entend pas non plus faire de cadeaux à Paris sur l'énergie. Ce qui n'augure rien de bon pour la gouvernance d'Edison.

Pierre Gadonneix préside lui-même le holding TdE qui contrôle Edison mais le conseil d'administration de TdE est composé à parité de cinq membres nommés par EDF et cinq autres nommés par la partie italienne. On risque donc un blocage sur des décisions importantes, notamment la mise en oeuvre de l'ambitieux plan industriel quinquennal de développement d'Edison présenté en janvier dernier.

Au pire, le gouvernement italien envisage d'imposer de nouveau un plafond de droits de vote aux sociétés d'énergie contrôlées directement ou indirectement par un Etat ou une autre administration publique. Cette fois-ci, le gel serait fixé à 5% (au lieu des 2% imposés à EDF à partir de 2001), mais la conséquence serait la même: la paralysie de fait d'un investissement de plusieurs milliards d'euros réalisé par EDF.

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