Elections en Thaïlande : cinglant désaveu pour la junte

Les partisans de l'ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra ont remporté haut la main les élections législatives de dimanche en Thaïlande, infligeant un camouflet aux généraux qui l'avaient déposé en septembre 2006. Ils ont annoncé leur intention d'abolir les derniers contrôles sur les flux entrants de capitaux imposés par la junte au pouvoir pendant 15 mois.

Un coup d'Etat pour rien? C'est ce que laissent supposer les résultats des dernières élections législatives en Thaïlande. Après le dépouillement de 93% de sufrages, le Parti du pouvoir du peuple (PPP) devrait obtenir 228 des 480 sièges du Parlement, frôlant la majorité absolue. Beaucoup plus donc que le Parti démocrate (PD), soutenu par les militaires et l'establishment, qui n'a décroché que 166 sièges.

L'ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra, en exil, est susceptible de faire son grand retour en Thaïlande si ses amis parviennent effectivement à contrôler le pouvoir. "Je serai à coup sûr le prochain Premier ministre", a lancé Samak Sundaravej, dirigeant du Parti du pouvoir du peuple (PPP) au sein duquel se sont regroupés des alliés de Thaksin.

Thaksin, milliardaire de 58 ans et nouveau président du club de football anglais de Manchester City, fait l'objet de multiples enquêtes pour corruption en Thaïlande, où ses avoirs, estimés à deux milliards de dollars, ont été gelés par la junte militaire qui l'a chassé du pouvoir il y a 15 mois. Son ancien parti a été dissous et il a été interdit d'activités politiques pendant cinq ans, avec 110 de ses lieutenants. Dimanche soir, Samak Sundaravej a laissé entendre que Thaksin et ses 110 lieutenants pourraient bénéficier d'une "amnistie".

De son côté, Abhisit Vejjajiva, 43 ans, dont le Parti démocrate est arrivé en deuxième position aux élections avec plus de 160 sièges, a refusé de s'incliner, affirmant être prêt à former lui-même un gouvernement de coalition si le PPP échouait. "Le PPP n'a pas réussi à remporter la majorité absolue qu'il recherchait", a-t-il dit. "S'il parvient à former une coalition, le Parti démocrate est prêt à devenir l'opposition. S'il échoue, le Parti démocrate est prêt à former sa propre coalition. Tout dépend de l'acceptation ou non par les autres partis de l'invitation de Samak".

Au delà de ce résultat, la fin de la période militaire au pouvoir est vue comme une bonne nouvelle pour le pays. Si le moral s'est amélioré pour les Thaïlandais avec l'annonce de la date des élections, il ne faudrait pas que cette élection marque un retour à la case départ.

De fait, les vainqueurs des élections ont annoncé lundi leur intention d'abolir les derniers contrôles sur les flux entrants de capitaux imposés par la junte au pouvoir pendant 15 mois. "Si nous formons un gouvernement de coalition, nous nous attaquerons aux problèmes économiques", a déclaré à la presse Surapong Suebwonglee, secrétaire général du Parti du pouvoir du peuple (PPP). "Parmi les tâches urgentes", a déclaré Surapong Suebwonglee, "nous abolirons" la réglementation imposant depuis un an une mise en réserve obligatoire et non rémunérée de 30% pendant douze mois sur les flux entrants de capitaux, mesure qui avait pour but de lutter contre la hausse du baht, la monnaie locale, et de protéger les exportations. Lors de l'entrée en vigueur de cette réglementation en décembre 2006, la Bourse de Bangkok avait fait un plongeon historique de 15% et l'administration installée par la junte avait ensuite fait machine arrière et avait considérablement assoupli les mesures. Les investissements étrangers effectués via la Bourse avaient notamment été exemptés. Plus tard, en mars, les autorités avaient permis de fait aux investisseurs de contourner la réglementation en optant pour un retrait du dépôt avant douze mois, mais au taux de change en vigueur le jour du dépôt.

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