Subprime et CDO : Quel impact pour les banques américaines ?

Le capital accumulé par les banques américaines au cours de plusieurs années de profits devrait leur permettre de supporter l'impact de la crise actuelle. A plus long terme, les conséquences sur la contraction du crédit sont plus difficiles à définir mais elles devraient se traduire par une dégradation de leur situation financière.

D'après les estimations données par la Réserve Fédérale, le montant des pertes potentielles liées à la détérioration de l'immobilier résidentiel américain devrait être de l'ordre de 100 milliards de dollars. Toutefois, si on prend en compte le montant des crédits accordés au cours des dernières années et si on applique un taux de dépréciation de 10%, on parvient à un montant proche de 250 milliards de dollars. Reste à savoir comment ce montant sera réparti sur l'ensemble des acteurs.

Toujours selon la Réserve Fédérale, les banques commerciales américaines ont dégagé collectivement un bénéfice avant impôt de 189,3 milliards de dollars en 2006, contre 165,9 milliards en 2005 (+14,10%). Sur ce montant, plus d'un quart provient des commissions liées à la titrisation des crédits hypothécaires.

En terme d'activité, le premier semestre de 2007 s'est déroulé comme le premier semestre 2006, voire un peu mieux. Cependant, la fin de ce premier semestre et le début du second ont été fortement impactés par la crise des crédits "subprime" et des CDO (Collateralized Debt Obligation).

La formidable machine à titriser les crédits hypothécaires s'est fortement grippée et s'est arrêtée. Le risque immobilier, au lieu d'être transféré vers d'autres investisseurs, est resté sur le bilan des banques. Incidemment, ce phénomène a également impacté les crédits alloués aux opérations de rachat par levier financier (LBO, Leveraged Buyout).

Est-ce grave ? Pas réellement. Après tout, le métier des banques est de supporter un certain nombre de risques dans leur bilan et de conserver un capital ad hoc : pour faire simple, 8% à 10% de l'encours en fonction de la pondération du risque des actifs financés. En 2006, le capital des banques américaines (Tier 1 et Tier2) représentait environ 12% de leur encours (sans doute un peu moins de 1000 milliards de dollars).

Si on prend l'estimation haute de 250 milliards de dollars de pertes potentielles et si l'applique aux chiffres de 2006 (capital et profit avant impôt), on obtient une réduction de 6% du capital réglementaire. Pas de quoi s'inquiéter ? Sans doute, et cela explique peut-être la visible sérénité de la Réserve Fédérale. Par ailleurs, ces 250 milliards sont certainement disséminés sur d'autres acteurs (fonds institutionnels, compagnies d'assurance, hedge funds).

Voila pour le court terme mais la panne de la machine à titriser aura un impact significatif sur la rentabilité des banques américaines et sur leur distribution de crédit. Incapable de pouvoir transférer le risque immobilier -et d'autres risques- par le mécanisme de la titrisation, leurs critères de distribution de crédit vont être renforcés. L'engrenage du "credit crunch", de la raréfaction du crédit, est en marche.

L'impact en est une double diminution de leur rentabilité : nettement moins de commissions liées à la titrisation et contraction du volume de la marge d'intérêt. En conséquences, on peut déjà tabler sur une nette diminution du bénéfice avant impôt en 2007 et 2008 et envisager les opérations financières à venir : fusion d'établissements mais aussi scission au sein des grands conglomérats financiers.

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