Débat télévisé Royal - Sarkozy : l'intégrale (quatrième partie)
La Tribune
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N.S. : Juste un mot sur une expression que les Français ont peut-être mal comprise, le bouclier fiscal. Si je suis président de la République, je fixerai un bouclier fiscal à 50 %. Mon idée est que nul en France ne doit se voir prélever plus de la moitié de ce qu'il a gagné dans l'année. Au fond, on travaillerait du 1er janvier au 30 juin pour l'Etat et à partir du 1er juillet jusqu'au 31 décembre pour sa famille, cela me semble raisonnable. Le but de la France n'est pas de faire partir tous ceux qui veulent créer ou innover, on a besoin de gens qui créent des richesses, et pas simplement de les faire partir pour enrichir les autres pays.
S.R. : Ne trouvez-vous pas qu'il faut tenir compte du patrimoine possédé ?
N.S. : Bien sûr.
S.R. : Trouvez-vous normal que cette dame ait reçu un chèque ?
N.S. : Je ne connais pas ce fait.
S.R. : Si, cela a été publié aujourd'hui dans un journal économique.
N.S. : Je ne connais pas cette dame.
S.R. : Cette dame, une riche héritière, qui vient de toucher un chèque ; le bouclier fiscal à 60 % est applicable depuis le 1er janvier.
N.S. : Madame, ne faisons pas de remarque désagréable, je vais regarder ce cas bien volontiers.
S.R. : C'est la conséquence de ce que vous avez fait voter.
N.S. : Moi, ce que je propose, c'est pire, c'est 50 %
S.R. : C'est pire, vous avez raison. Aujourd'hui, à 60 %
N.S. : Et je vous le dis bien en face, Madame. Je considère qu'un pays libre est un pays où chacun peut disposer librement de la moitié de ce qu'il a gagné. C'est une conception, Madame.
S.R. : C'est très injuste en fonction du patrimoine. Si ce sont des petits revenus... c'est très injuste...
N.S. : Ce n'est pas du tout injuste. Laissez-moi terminer. Je considère ...
S.R. : Cette dame qui a 400 millions d'euros de patrimoine, qui reçoit grâce à vous un chèque de 7 millions d'euros, grâce au bouclier fiscal.
N.S. : Je sais que François Hollande a dit qu'il n'aimait pas les riches, ce qui est d'ailleurs une expression curieuse, surtout quand on fixe le riche à 4000 euros.
S.R. : Vous trouvez (cela) normal ?
N.S. : Cela veut dire qu'il n'aime pas toute personne qui gagne plus de 4000 euros, il ne doit pas s'aimer lui-même....
S.R. : Ne retirez pas les phrases de leur contexte.
N.S. : Deuxième élément très important : la fiscalité écologique. C'est très important. C'est un point où nous pouvons nous retrouver, Mme Royal et moi, je demande à nos partenaires européens que sur tous les produits propres, on ait des fiscalités à taux réduit. Ce n'est quand même pas normal que quand on va acheter une voiture qui ne pollue pas, cela coûte plus cher qu'une voiture qui pollue. En mettant la TVA à 5,5% pour des produits propres, on diminue le prix des produits propres et on incite les Français à en acheter.
Pareil pour le bâtiment : je proposerais la TVA à taux réduit à 5,5 % pour tous les bâtiments HQE -haute qualité environnementale.
Deuxième élément : je trouve scandaleux qu'on importe en France des produits qui viennent de pays qui ne respectent pas le protocole de Kyoto ; c'est à dire cette fameuse histoire des gaz à effet de serre. Il faut créer la taxe là encore pour rééquilibrer la concurrence avec nos propres industriels, car nous vendons des produits qui respectent le protocole de Kyoto et nous faisons venir des produits qui ne le respectent pas.
Troisième chose : je souhaite que l'on crée une taxe sur les poids lourds étrangers. La Suisse vient de décider de ne pas accepter sur son territoire les poids lourds, l'Allemagne vient de faire pareil, donc il n'y a aucune raison pour que l'on récupère tout le trafic autoroutier.
S'agissant de l'environnement, je veux dire : prenons nos responsabilités. Si je suis président de la République, je confirmerai le choix du nucléaire. Savez-vous Madame que la France produit 21 % de gaz à effet de serre de moins que la moyenne des pays d'Europe ? Il y a une raison à cela, c'est que nous avons le nucléaire, qui est une énergie propre. Bien sûr qu'il faut développer les énergies renouvelables, l'éolien encore que l'on ne va pas couvrir la France d'éoliennes, car cela pose aussi des questions sur le paysage ; le soleil, les biocarburants. J'ai proposé la défiscalisation à 100 % parce que je crois à l'agriculture française. Je veux que les paysans français puissent vivre de leur travail avec des prix qui leur soient garantis dans une Europe qui fait la préférence communautaire.
S'agissant des logements sociaux, je voudrais dire un mot. Bien sûr que c'est important, les logements sociaux. Mais pour moi c'est plus important de permettre aux Français de devenir propriétaires de leur logement. Le but d'un jeune qui commence dans la vie n'est pas simplement d'avoir un HLM, c'est d'être propriétaire de son logement. Il faut avoir de l'ambition, Mme Royal. L'ambition, c'est de faire de la France une France de propriétaires. Parce que, que se passe-t-il dans les logements sociaux aujourd'hui ? Comme on n'arrive pas à être propriétaire parce que c'est trop cher, on reste dans son HLM, et le taux de rotation n'est pas suffisant, et ceux qui doivent avoir un HLM n'arrivent pas à l'avoir puisqu'il n'y a pas assez de rotation. Mon engagement est un engagement en faveur de la propriété.
Enfin, dernier mot, c'est probablement un point de désaccord entre nous : je considère que, quand on a travaillé toute sa vie, il n'y a rien de plus beau que de laisser à ses enfants le prix d'une vie de travail. Je propose que pour toutes les successions, petites ou moyennes, on supprime les droits de succession et les droits de donation parce que je crois à la famille, je crois beaucoup à la famille, et je crois au travail. Et je ne vois pas au nom de quoi, quand on a travaillé toute sa vie, payé ses impôts, on doit encore payer. J'ajoute un dernier mot, qui est un véritable scandale : lorsqu'un mari indélicat fait une fraude fiscale, la femme est responsable solidairement de la dette fiscale du mari. Lorsque dans un couple, le mari décède, la femme doit payer des droits de succession sur les biens communs du couple. Deux poids, deux mesures, je rétablirai cette injustice.
(débat sur l'engagement sur l'environnement et sur le pacte de Nicolas Hulot)
S.R. : Je pense que le défi planétaire est l'un des défis les plus importants que nous avons à relever aujourd'hui. Je crois que le réchauffement planétaire conduira même aux conflits de demain à l'échelle de la planète, c'est à dire à la recherche de l'eau potable. On voit aujourd'hui des déplacements de populations dans les pays les plus pauvres et les pays les plus chauds, de populations qui sont à la recherche de la survie. Et donc il va y avoir une montée des tensions si on ne résout pas sérieusement cette question du réchauffement planétaire.
Il y a eu beaucoup de discours et très peu d'actes. Aujourd'hui, la France est très mal notée sur l'ensemble des pays européens par rapport au peu d'efforts qui ont été faits. Et j'entends faire de la France le pays de l'excellence écologique. D'ailleurs, nos projets ont été notés par le collectif d'associations indépendantes, le projet que je présente a reçu une note de 16 sur 20, le vôtre de 8 sur 20. Je pense qu'il faut que la France se remette à niveau. C'est à la fois des gestes individuels de chacun, notamment sur les économies d'énergie, sur les économies d'eau, sur une modification profonde des structures d'aide à l'agriculture, que l'agriculture durable soit davantage si ce n'est au moins autant que l'agriculture intensive, celle qui irrigue.
Je crois qu'il y a des filières de développement industriel à développer, le véhicule propre à mettre en mouvement, et je souhaite que les industries automobiles françaises, au lieu de licencier comme elles le font aujourd'hui, mettent leurs laboratoires de recherche en commun pour mettre au point le véhicule propre qui demain en effet se verra ouvrir un marché mondial.
N.S. : Sur le nucléaire, vous êtes du côté de M. Chevènement ou du côté des Verts ? Est-ce que vous confirmez le choix nucléaire ?
S.R. : Savez-vous quelle est la part du nucléaire dans la consommation d'électricité en France ?
N.S. : Oui, est-ce que vous confirmez ce choix ?
S.R. : Quelle est cette part ?
N.S. : Nous avons, Madame, en France, grâce au nucléaire, une indépendance en électricité à hauteur de la moitié.
S.R. : Vous défendez le nucléaire mais vous ignorez la part du nucléaire ?
N.S. : Non, nous avons la moitié de notre électricité qui est d'origine nucléaire.
S.R. : Non, 17 % seulement de l'électricité est d'origine nucléaire.
N.S. : Non Madame. Ce n'est pas exact.
S.R. : Mais si, c'est cela. Ce que je veux...
N.S. : C'est un choix majeur. Est-ce qu'on continue le choix du nucléaire ou est-ce qu'on arrête ?
S.R. : On augmente la part des énergies renouvelables.
N.S. : Est-ce qu'on continue le nucléaire ?
S.R. : Du jour au lendemain, on ne va pas fermer les centrales nucléaires.
N .S. : Vous poursuivez l'EPR ?
S.R. : Non. Je suspends l'EPR.
N.S. : Vous suspendez les nouvelles centrales, c'est à dire que vous prolongez les vieilles ?
S.R. : L'EPR n'est pas une centrale, vous mélangez tout, l'EPR est un prototype. L'EPR est un prototype de quelle génération ?
N.S. : C'est la 4e génération.
S.R.: Non, c'est la 3e génération.
N.S. : Nous venons de le vendre à la Finlande. Il faut que les Français comprennent. Les centrales nucléaires classiques ont une durée de vie. Les experts discutent de leur durée de vie, de trente ans ou de cinquante ans, pour le chapeau de couverture. Nous avons été obligés de déclencher les centrales de la 4e génération, c'est le processus EPR...
S.R. : C'est la troisième génération ...
N.S. : ... qui a été acheté par la Finlande...
S.R. : Non...
N.S. : et nous construisons en France. Entre le moment où j'ai signé l'EPR et le moment où la centrale s'ouvrira, il faut 7 ans. Si vous revenez sur le choix de l'EPR, Madame, cela veut dire que vous serez obligée, pour rester cohérente, de garder le même pourcentage d'EPR, de faire fonctionner les vieilles centrales plus longtemps. Cela veut dire que vous prendriez la responsabilité de faire fonctionner des vieilles centrales plus longtemps par refus du choix du progrès qui sont les centrales de la dernière génération. Ce n'est pas très raisonnable.
S.R. : Vous avez une approche quand même très approximative sur un sujet extrêmement technique, mais en même temps extrêmement grave car il s'agit de l'énergie nucléaire. Vous venez de dire une série d'erreurs, cela peut arriver, mais il faudra que vous révisiez un peu votre sujet car il ne s'agit pas de la quatrième, mais de la troisième génération, que la Finlande a déjà un prototype et que justement la question est de savoir s'il n'est pas plus intelligent de coopérer entre différents pays et de passer tout de suite à un investissement pour la quatrième génération, premier point. C'est pour cela que je rouvrirai le débat public sur l'énergie au Parlement mais aussi avec les citoyens...
N.S. : Nous avons eu ce débat au Parlement...
S.R. : Non... Attendez, ne m'interrompez pas ...
N.S. : J'ai eu ce débat au Parlement au moment où j'ai signé EPR. La position des Finlandais consistait d'ailleurs à nous dire - permettez, je connais le dossier - c'est bien beau que vous nous vendiez ce prototype, mais vous les Français, qu'est -ce que vous allez prendre ? J'aimerais que vous m'expliquiez, Madame, comment Areva pourra construire EPR en Finlande avec vous président de la République qui expliquerait aux Finlandais que la filière EPR c'est bien pour eux, mais qu'en France on va continuer à réfléchir ? Je ne connais peut-être pas le dossier, Madame, mais je suis assez cohérent.
S.R. : Non, c'est tout à fait incohérent. Pourquoi c'est tout à fait incohérent ? Pourquoi construire deux prototypes ? Il y a celui en Finlande. Et il serait sans doute beaucoup plus intelligent d'investir déjà dans la 4e génération. Pourquoi ? Parce qu'on sait très bien que l'uranium, dans quelques années, va disparaître, il y aura une pénurie d'uranium, donc une pénurie du combustible uranium.
N.S. : Les spécialistes pour l'uranium disent que les ressources connues, c'est entre 60 et 70 ans, et les ressources prévisibles, c'est jusqu'à deux siècles et demi compte tenu des progrès de la recherche.
S.R. : Tout dépend du nombre de centrales qui sont construites dans le monde.
N.S. : Vous êtes écartelés dans votre majorité, entre les Verts qui ne veulent pas du nucléaire, et les communistes qui veulent le nucléaire, que choisirez-vous si vous êtes élue président de la République ?
S.R. : C'est très simple, je choisis de maintenir le nucléaire, mais d'augmenter la part des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique. Deuxièmement, je regarde avec beaucoup plus d'attention que cela n'a été fait où nous devons investir les fonds publics pour préparer l'énergie de demain .Car ce qui est prometteur aujourd'hui, au moment où la question des déchets nucléaires n'a pas été résolue, c'est sans doute d'investir dans le recyclage des déchets nucléaires qui pourraient peut-être devenir demain le nouveau combustible avec les restes d'uranium, le nouveau combustible qui permettra justement de passer ce cap de la pénurie d'uranium. Voilà ce que je propose, et je pense que les technologies doivent avancer, mais que l'on ne peut pas aller vers le tout nucléaire, au contraire, il faut diversifier le bouquet énergétique. C'est ce que je propose et c'est sans doute la raison pour laquelle mon projet relatif à l'écologie et à l'environnement a été si largement plébiscité par des associations indépendantes parce qu'il est équilibré.
N.S. : Je ne suis pas pour le tout nucléaire, mais je dis qu'il n'est pas raisonnable de dire qu'on va poursuivre le nucléaire et qu'on arrête le progrès du nucléaire. Ce n'est pas possible. Bien sûr qu'il faut développer les énergies de substitution. Je pense notamment que les départements et territoires d'outre mer où le soleil, l'éolien, la biomasse peuvent faire quelque chose d'extraordinaire. Je crois d'ailleurs que c'est une opportunité pour les départements et territoires d'outre-mer, considérable. Je pense qu'à La Réunion, par exemple, on peut leur donner l'indépendance énergétique en investissant massivement dans la biomasse. Mais refuser de développer des nouvelles filières nucléaires, je pense que c'est une erreur.
L'éducation, la famille. Que faire pour qu'un enfant ait des chances égales, dans sa famille, à l'école, et un accès égal à la culture ?
N.S. : D'abord, je crois qu'il faut que nous soyons assez raisonnables pour dire que le progrès de l'école, ce n'est pas qu'un problème de moyens, d'argent, de culture, que c'est aussi un problème de programme et d'éducation scolaire, et que nous débattions de ce que nous voulons faire de l'école, de ce qu'est l'école. Moi je veux une école du respect, de l'autorité, de l'exigence, du mérite, où les enfants des familles modestes accèdent aux grands auteurs, et où, comme Jules Ferry, on a de l'ambition pour les enfants ; une école qui transmet un savoir, une école qui n'a pas peur d'enseigner le civisme, une école qui transmet une morale commune, une école où les maîtres sont respectés, où, lorsque le maître entre dans la classe, les élèves se lèvent en signe de respect ; une école où chacun sera reçu avec le soin d'un parcours adapté à ses problèmes.
Je crois aux limites du collège unique. Une école où on va répondre au malaise formidable des enseignants qui ne sont pas assez payés, qui ne sont pas assez récompensés ; une école où on pourra laisser ses enfants à l'étude le soir sur la base du volontariat pour qu'ils rentrent à la maison les devoirs faits. Je propose une révolution pour toutes les femmes de France, c'est que tous les enfants, si je suis élu président de la République, pourront, au collège, au lycée, tous les jeunes, rester en étude surveillée après la fin des cours pour rentrer à la maison avec les devoirs faits. Il y a beaucoup de femmes qui travaillent, beaucoup de femmes qui ne peuvent pas être là quand les enfants rentrent de l'école, beaucoup de femmes qui seraient très heureuses que les enfants aient fait leurs devoirs et leur travail à l'école .J'ajoute que cela permettrait de résoudre le problème du pouvoir d'achat des enseignants car cela leur permettrait de faire ces études encadrées, là aussi sur la base du volontariat, et pourraient être davantage rémunérés.
Je souhaite également que l'on puisse avoir le choix de l'école de son enfant, que nous ne soyons pas le seul pays où l'on n'a pas le droit de choisir l'école de son enfant.
Je souhaite qu'on donne davantage d'autonomie aux établissements en fonction des conditions sociales, géographiques, culturelles, qu'on puisse adapter un petit peu le programme qui est enseigné aux enfants, qu'on mette de la liberté pédagogique. Je souhaite qu'on fasse confiance aux enseignants. Maintenant, un enseignant est noté sur sa capacité à appliquer la dernière circulaire du dernier ministre. Je souhaite qu'il soit jugé sur sa capacité à apprendre à lire, écrire et compter à ses enfants.
Enfin, dernier point : je souhaite pour l'éducation nationale une nouvelle pratique de l'éducation. Et quand on inscrit un enfant dans une école, on doit savoir les résultats de cette école, qu'est-ce qui se passe, comment cela fonctionne, quels sont les résultats obtenus, et quelles sont les chances pour notre enfant de réussir ?
S.R. : Je crois qu'il faut un nouveau pacte éducatif, dans l'école de la République. Il faut que l'école garantisse et tienne sa promesse égalitaire. Aujourd'hui, il y a beaucoup de souffrance, parce que les enseignants veulent une reconnaissance de la société de la difficulté de leur métier, de la revalorisation de leur travail. Il y a de la souffrance parce que la violence scolaire a augmenté parce que beaucoup d'emplois ont été supprimés au cours de ces dernières années ; plus de 100.000 emplois ont été supprimés en cinq ans dans le système scolaire, et en particulier tous les emplois jeunes - il y avait 50.000 emplois jeunes dans l'école, et ces jeunes jouaient un rôle très important.
N.S. : Vous savez pourquoi ? J'ai les chiffres là....
S.R. : Je ne vous ai pas interrompu.
N.S. C'est parce que le personnel TOS a été transféré du budget de l'Education nationale au budget des régions, avec les financements. C'est pourquoi que Mme Royal dit qu'il y a eu tant d'emplois qui ont été supprimés. Au contraire, il y a des postes TOS qui ont été créés. Au lieu d'être émargés au budget de l'Etat, c'est maintenant le budget des régions. Donc, quand elle dit que cela a été supprimé, c'est faux, cela a été transféré de l'Etat aux régions avec les financements qui vont avec.
S.R. : Je ne vous parle pas de TOS, je vous parle d'enjeu éducatif pour la nation. Et l'enjeu éducatif pour la nation, pour la présidente de la République que je serai peut-être - je l'espère - , sera mon enjeu principal. Je remettrai l'éducation au coeur de tout et en avant de tout parce que c'est là que la République tient la maison France. Je veux que tous les enfants sortent de l'école avec un bagage. Aujourd'hui, ils sont 150.000 à sortir de l'école sans qualification et cela, je veux y mettre fin en aidant les enfants dès le plus jeune âge. C'est pourquoi je mettrai en place d'abord un service public de la petite enfance avant l'âge de 3 ans.
Ensuite, l'école sera rendue obligatoire à partir de l'âge de 3 ans. Je remettrai les emplois jeunes dans le système scolaire parce que je veux éradiquer la violence de l'école et aux abords des établissements scolaires. Je veux enfin que les élèves puissent avoir un soutien scolaire individualisé au moment où ils en ont le plus besoin, que ce soit par les enseignants s'ils sont volontaires, que ce soit par les aides éducateurs qui seront là, que ce soit par un nouveau métier de répétiteur que je créerai, bref, je veux que la présence humaine et la présence d'adultes se renforcent dans les écoles. Je veux ensuite qu'il y ait de l'égalité entre les différents établissements scolaires. Je ne veux plus que certains enfants soient programmés pour échouer, et d'autres pour réussir.
Alors, je veux renforcer les moyens dans les zones d'éducation prioritaire, mais aussi les moyens pour les élèves en difficulté qui ne sont pas dans les zones d'éducation prioritaire. Et c'est pourquoi je crois que la France peut aujourd'hui se payer la dynamique et le principe du soutien individuel aujourd'hui parce qu'il n'y a pas plus grande inégalité entre les enfants qui peuvent se faire aider par leurs parents, qui ont cette chance, et ceux qui ne peuvent pas se faire aider en retour à la maison et qui reviennent le matin avec la peur au ventre parce qu'ils n'ont pas fait leurs devoirs et leurs leçons. Eh bien, tous ces enfants là auront, dès la rentrée prochaine, le soutien scolaire gratuit et individualisé.
Et les étudiants qui auront les bourses seront invités à donner ce soutien scolaire aux élèves. J'ai vu qu'il y avait des parcours exceptionnels, des réussites extraordinaires, y compris dans les endroits les plus difficiles, parce qu'on a remis notamment de la culture. Il y aune pénurie de culture à l'école. Je veux que la culture revienne dans tous les établissements scolaires, de l'école primaire jusqu'au baccalauréat. Car souvent quand un élève échoue, dans la lecture et dans l'écriture, il peut réussir grâce au théâtre, grâce à l'informatique, grâce justement à ces contournements du système scolaire trop rigide, et à toutes les expériences pédagogiques qui réussissent dans les établissements scolaires parce qu'il y a des enseignants qui sont formidables, qui sont les nouveaux hussards de la République, dans ces quartiers difficiles. Ils pourront demain choisir leurs équipes, ils pourront expérimenter leurs méthodes pédagogiques, ils seront libres pour cela. Et en contrepartie, ils pourront évaluer leurs résultats. En contrepartie, ils auront des dotations horaires pour leur permettre le travail en équipe. Car ce que demandent les enseignants en difficulté, c'est de pouvoir faire le travail en équipe.
Enfin, je veux rapprocher les familles et l'école. J'avais créé, quand j'étais ministre de l'enseignement scolaire, la semaine des parents à l'école. Et tous les établissements scolaires en zone difficile qui ont réussi cette articulation entre la famille et l'école où l'enfant n'entend pas dans la famille critiquer l'école, et n'entend pas à l'école dévaloriser sa famille, à ce moment là, il est restructuré dans une autorité.
Moi, je suis pour une autorité juste, l'autorité parentale, l'autorité à l'école, mais aussi la volonté de faire réussir tous les élèves dans leur diversité. Voilà le défi que je relèverai demain et en particulier dans les quartiers difficiles, là où rien n'a été résolu, là où les subventions n'ont pas été rendues aux associations, là où des classes vont encore fermer à la prochaine rentrée parce que 5000 postes d'enseignants viennent d'être supprimés, et moi je les rendrai dès cet été. La rentrée scolaire, avec moi, se fera à moyens identiques à ceux de la fin de l'année scolaire, et nous mettrons ces emplois d'enseignants là où il y en a le plus besoin. Mais la revendication éducative, dans les quartiers populaires, est considérable. C'est là qu'est la chance des jeunes de demain.
Ma priorité sera de faire deux choses très concrètes : d'abord de diviser les gros collèges ; je ne veux plus qu'un seul collège ait plus de 600 élèves car c'est comme cela qu'un chef d'établissement connaît individuellement ses élèves et fait reculer la violence dans l'établissement scolaire. Et deuxièmement, je ne veux pas plus de 17 élèves par classe car c'est comme cela aussi que l'on peut travailler individuellement avec les élèves. Voilà le défi scolaire que je relèverai et c'est pourquoi je ne veux pas diminuer le nombre d'enseignants, mais au contraire créer un métier nouveau, un métier d'accompagnant, qui fera à la fois le soutien scolaire, qui épaulera les enseignants qui le souhaitent et qui réglera le problème de la violence à l'école et aux abords de l'école.
N.S. : Il y a des points d'accord. D'abord, le soutien individuel, c'est ce que j'appelais tout à l'heure les limites du collège unique. Tous les enfants sont différents. Et les enfants qui ont des difficultés, cela ne sert à rien de les faire travailler dans les mêmes conditions, il faut du soutien individuel. Plus de culture à l'école, plus d'enseignants artistiques, oui, je suis tout à fait d'accord. Si vous permettez, j'ajouterai aussi plus de sport. Il ne faut pas opposer l'un à l'autre, mais nos enfants ont besoin de davantage d'enseignement artistique et davantage de sport. La place des familles est centrale, et je souhaite des familles qui signent le règlement intérieur et qui le respectent. Pareil, je veux le dire : je pense que les familles, ce n'est pas simplement un lieu, un réceptacle de droits et d'allocations, quand il y a des familles défaillantes, je souhaite que les allocations familiales puissent être mises sous tutelle.
S.R. : C'est déjà prévu.
N.S. : Je souhaite que ce soit fait. Parce que tout cela est payé avec l'argent de ceux qui travaillent. Lorsqu'une famille a des difficultés, il faut l'aider, il faut la prendre par la main. Mais lorsqu'une famille se sert des allocations familiales pour autre chose que pour éduquer les enfants. Par exemple je veux lutter contre l'absentéisme scolaire, qui est un drame, en donnant des moyens aux mères pour lutter contre cet absentéisme, c'est une question absolument essentielle. Il faut responsabiliser les familles, et rappeler, Mme Royal que dans la République, il n'y a pas que des droits, il y a aussi des devoirs. Je regrette qu'on n'ait pas parlé de la formation technique, de l'apprentissage qui est essentiel. Je souhaite notamment que les filières professionnelles puissent obtenir les mêmes diplômes que les filières générales.
Je souhaite qu'on puisse devenir ingénieur soit par le biais de la filière générale, le bac, soit par le biais de la filière technique, pour qu'on ne dise pas qu'une famille qui met ses enfants dans la filière technique soit condamnée, même si le jeune réussit bien, à ne pas avoir de diplôme supérieur qu'il aurait pu avoir dans l'enseignement général. Je veux mettre le paquet sur l'apprentissage, qui est un élément essentiel.
On aura des divergences sur le service public de la petite enfance. C'est un sujet considérable, quand près de 2 millions d'enfants peuvent avoir une place en crèche ; chacun comprend bien qu'on ne peut pas créer 2 millions de places en crèche. Il y en a près de 350.000. Je souhaite que toutes les femmes aient une solution pour la garde de leurs enfants. C'est la raison pour laquelle je me suis engagé sur quelque chose de très ambitieux, qui est le droit opposable à la garde d'enfant.
Je dis aux Françaises qu'à la fin de mon quinquennat, chacun pourra faire valoir devant les tribunaux le droit de trouver une place pour garder son enfant. Mais pour moi, ce n'est pas simplement la crèche publique. Ce peut être la crèche associative, la crèche d'entreprise, l'emploi à la personne, l'emploi à domicile. Je souhaite d'ailleurs que l'on puisse déduire de ses impôts les salaires et cotisations sociales que l'on paie pour un emploi à domicile. C'est extraordinaire ! Quand une société embauche quelqu'un, elle ne paie pas l'IS sur le salaire de la personne qu'elle emploie. Je ne vois pas pourquoi la famille devrait payer un impôt sur le salaire et les charges qu'elle déclare. Voilà la différence qu'il peut y avoir entre nous sur cette question.
S.R. : Elles n'auront pas besoin d'aller devant les tribunaux - quelle drôle de société ! - car elles auront le service public de la petite enfance sous toutes ses formes.
N.S. : Vous allez créer 2,3 millions de places de crèches ?
S.R. : Les femmes vont aller devant le tribunal pour demander une place en crèche ? Soyez sérieux ! C'est cela la société que vous nous proposez : aller devant les tribunaux pour demander une place en crèche ? Ce n'est pas ma conception de la société, les femmes ont autre chose à faire que d'aller devant un tribunal. Il faut faire les choses en politique. Il faut faire les choses.
N.S. : Vous êtes méprisante....
S.R. : Je ne suis pas méprisante, je connais vos techniques. Dès que vous êtes gêné, vous vous posez en victime.
N.S. : En victime consentante.
S.R. Tant mieux, au moins il y a du plaisir.
N.S. J'ai trop de respect pour vous pour vous laisser aller dans le mépris. C'est la différence qui permettra de passer de la république des droits virtuels à la république des droits réels.
S.R. Je préfère l'action politique efficace
N.S. Ce sont des mots, les Français en entendent ...
S.R. Le droit opposable, ce n'est pas un mot ?
N.S. Non pas du tout !
S.R. Les gens vont aller devant les tribunaux qui sont déjà débordés, ce n'est pas sérieux ! Faisons les places en crèche, faisons les structures d'accueil.
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