AG d'EADS: Arnaud Lagardère sur la défensive
La Tribune
La Tribune
C'est un patron du groupe Lagardère sur la défensive que les quelque 150 actionnaires d'EADS ont eu ce lundi matin en face d'eux. Officiellement à l'ordre du jour, le vote sur le nouveau conseil d'administration et la nouvelle gouvernance qui régit désormais le groupe européen. Conformément à l'accord passé entre le président français Nicolas Sarkozy, la chancelière allemande Angela Merkel et les dirigeants du groupe le 16 juillet dernier, la double direction bicéphale, source de luttes intestines, a été suspendue.
Mais les actionnaires qui avaient fait le déplacement à Amsterdam étaient plus intéressés d'entendre Arnaud Lagardère expliquer les raisons de son désengagement massif d'EADS le 4 avril 2006. Ce dernier est soupçonné d'avoir eu connaissance des difficultés industrielles de l'A380, le nouvel avion géant d'Airbus qui effectuera le 25 octobre son premier vol commercial entre Singapour et Sydney, avant leur révélation publique le 13 juin, et d'en avoir profité pour céder 7,5% de ses parts au prix fort, et avec effet seulement à compter de 2007, pour environ 2 milliards d'euros.
Didier Cornardeau, président de l'association des petits porteurs actifs (Appac), à l'origine de l'information judiciaire pour délit d'initiés, a même réclamé le départ d'Arnaud Lagardère. "Les actionnaires ne peuvent pas voter pour un administrateur qui s'est reconnu, dans un interview, incompétent. Si vous êtes un homme d'honneur, ne vous présentez pas", a-t-il lancé. Colette Neuville, présidente de l'association d'actionnaires Adam, s'est également demandée pourquoi il faudrait renouveler le mandat de quelqu'un qui passe son temps à dire qu'il ne savait pas ce qui se passait.
Piqué au vif par les critiques, l'héritier de Jean-Luc Lagardère, décédé en 2003, a assuré qu'il n'en était pas question et qu'il resterait tant que son groupe serait présent dans le capital d'EADS. "Je ne lâcherai rien et me souviendrai de tout", a-t-il soutenu, expliquant que la décision de céder une partie du capital d'EADS avait mûri dès l'été 2005 après qu'il eut constaté que la part du constructeur européen dans le groupe Lagardère soit passée de 20% en 2000 à 40%. Un niveau jugé pour lui trop risqué.
Coupant court aux rumeurs récurrentes d'une éventuelle sortie complète de son groupe d'EADS, Arnaud Lagardère, qui sera aussi entendu le 25 octobre par la commission des finances de l'Assemblée nationale sur ce dossier, a affirmé ne pas avoir "l'intention d'en sortir dans les cinq prochaines années" même s'il ne peut se permettre de le jurer.
Il a reconnu en revanche avoir empêché récemment un investissement du groupe aux Etats-Unis. "J'assume mon opinion, je pense que cet investissement n'était pas bon et cela n'a rien à voir avec une augmentation de capital qui aurait été nécessaire" , a-t-il déclaré sans justifier plus, assurant qu'il ne mélangeait pas les intérêts sociaux de Lagardère et ceux d'EADS. Il a pourtant donné l'impression de se contredire à plusieurs reprises.
EADS avait fait la meilleure offre pour racheter United Industrial Corp. (UIC), société spécialisée dans les drones tactiques, les services et l'ingénierie. Depuis longtemps, le groupe souhaite se renforcer dans la défense. UIC a finalement été racheté par un autre groupe américain, Textron, pour 1,1 milliard de dollars. "Ce n'était pas une affaire simple comme tout investissement aux Etats-Unis. Il est normal qu'il y ait eu débat. Il a été tranché par le conseil d'administration", a répondu de son côté Louis Gallois, patron exécutif d'EADS. Un actionnaire lui a alors demandé s'il n'était pas à la solde d'un actionnaire au lieu de défendre les intérêts sociaux du groupe. "Si je jugeais que les intérêts vitaux étaient en cause, j'en tirerais les conclusions mais ce n'était pas une telle situation", a-t-il ajouté.
Après trois heures de débat, le conseil a été élu. Il compte désormais onze membres, au lieu de dix actuellement, et reflète mieux le profil international d'EADS. Ainsi le baron indien de l'acier mondial, Lakshmi Mittal, et le britannique Sir John Parker, président de la compagnie de gaz et d'électricité National Grid, ont été nommés administrateurs indépendants, tout comme le français Michel Pébereau, président du conseil d'administration de BNP-Paribas, et l'allemand Hermann-Josef Lamberti, membre du directoire de la Deutsche Bank.
Le comité stratégique sera dirigé par Rüdiger Grube. Le comité d'audit, de son côté, sera présidé par Hermann-Josef Lamberti. Dominique d'Hinnin, Sir John Parker et Bodo Übber sont membres de ce comité. Enfin,
le comité des rémunérations sera dirigé par Sir John Parker, et réunira Rolf Bartke, Dominique d'Hinnin et Hermann-Josef Lamberti.
La Tribune
🔴SpaceX, l'Australie contre les droits de douane de Trump, loi de programmation militaire... L'essentiel de l'actualité ce jeudi 4 juin
La crise énergétique menace jusqu'à 1,3 million d'emplois en Europe
Budget : la sombre prévision de la Commission européenne pour la France
Ruptures conventionnelles : voici de combien sera réduite la durée de votre allocation chômage