Lear, en attendant le néant

Temps fort très attendu de cette dernière partie du Festival d'Avignon. Dans la Cour d'honneur, "Le Roi Lear" ce samedi 21 juillet est mis en scène de Jean-François Sivadier avec notamment son complice Nicolas Bouchaud dans le rôle titre.

Jouer la comédie. Le jeune quadra Jean-François Sivadier ne peut se le refuser, lui l'ancien élève de l'école du TBNS (Théâtre National de Strasbourg). On l'a vu en particulier avec le regretté auteur et metteur en scène Didier-Georges Gabily. Mais il n'hésite pas à monter sur les planches dans ses propres mises en scène. Des succès comme, dernièrement, "La Vie de Galilée" (Brecht), "La Mort de Danton" (Büchner) ou "Italienne scène et orchestre", une interrogation écrite et mise en scène par lui-même sur le sens de "La Traviata", et où il plaçait les spectateurs au bord -la fosse d'orchestre- de la tragédie qui se jouait sur le plateau.

Le voilà donc aux manettes d'un très grand Shakespeare. Ce "Roi Lear" qui ne donne pas vraiment sa couronne à ses filles mais leur propose un partage de son royaume à la mesure de l'amour qu'elles pourront lui exprimer. On connaît la réponse : Goneril et Régane savent déclamer un amour des plus plats, quand Cordélia, la plus jeune, la plus sensible lâche un "Rien, monseigneur" qui va entraîner une de ces bourrasques rares au théâtre.

Pendant les répétitions, Sivadier nous expliquait qu'il souhait ouvrir au maximum le spectacle sur le terrain du dialogue. "Faire en sorte qu'entre l'acteur et le personnage s'engage un dialogue quasi permanent. Que les situations se créent par les acteurs. Il y a presque de l'improvisation dans ce texte", précisait-il. Il est aidé en cela par la nouvelle traduction de Paul Collin. Ce dernier écrit dans les motivations du spectacle : "L'interrogation sur l'humanité, portée par "Le Roi Lear" ne me semble universelle que si elle est posée sur la scène, comme pour la première fois, par des acteurs singuliers". Sivadier nous rappelait que, par exemple, "au moment de la tempête démesurée dans la pièce, il y a ce geste magnifique de Shakespeare de mettre en évidence les pulsions de vie.

En outre, poursuivait-il, il y a de l'hystérie chez ce Lear, trouble habituellement attribué aux femmes. Or il est comme la mère, la grande absente de la pièce. Et c'est pour cela des actrices comme Casarès ont pu le jouer. Lear est un personnage qui se fait déborder par son corps et alors, c'est la tempête, la folie....". Et le metteur en scène de préciser dans le document de présentation de la pièce : "Avec 'Le Roi Lear', le théâtre est le pîège où Shakespeare attrape la conscience des hommes : ces funambules en équilibre sur la frontière qui sépare ce qu'ils sont de ce qu'ils représentent".

Un plan qui s'incline, des trappes, un grand voile rouge qui peut gonfler aux vents des tempêtes, des toiles/paravents pour définir des espaces, des acteurs plein de souffle qui semblent interpeller tant les spectateurs que d'autres comédiens glissés dans les travées. Un Sivadier qui joue presque les figurants (France) pour ressentir ces murs de la Cour d'honneur. Il est vrai qu'il y a son inséparable et talentueux Nicolas Bouchaud dans le rôle titre. Et aussi Norah Krief qui est Cordélia (début et fin donc) et surtout le Fou. Nous reparlerons de tous bientôt puisque ce "Lear" arrive dès le 15 septembre aux Amandiers de Nanterre. Avant grande tournée notamment Strasbourg, Rennes, Villeneuve d'Ascq et Toulouse.

"Le Roi Lear" du 21 au 27 juillet au Palais des Papes. Tél. 04 90 14 14 14.

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