Claudio Calabi (Il Sole 24 Ore) : "La presse écrite n'est pas finie"

Préparant l'entrée en Bourse le 6 décembre du groupe d'édition italien Il Sole 24 Ore, qui publie notamment le grand quotidien économique éponyme, l'administrateur délégué du groupe, Claudio Calabi, s'explique dans un entretien à La Tribune sur sa vision de la presse et ses ambitions. Il connaît parfaitement ce secteur, ayant été de 1995 à 2000 administrateur délégué de l'éditeur RCS Rizzoli (qui publie notamment les grands quotidiens Corriere della Sera et Gazzetta dello Sport) avant de rejoindre le groupe Il Sole en 2005.

La Tribune. Dans le contexte difficile de la presse économique, votre groupe, Il Sole 24 Ore, s'introduit en Bourse début décembre et s'apprête à boucler un exercice 2007 record. Comment s'explique votre succès?

Claudio Calabi. Notre leadership dans l'information économique et financière se double d'une très forte présence dans le secteur des services aux professionnels: nous sommes un éditeur particulier et unique car nous conjuguons une activité vers les particuliers (business to consumer, BtoC) à une autre vers les entreprises, notamment les PME-PMI (business to business, BtoB). Ces deux activités se complètent très bien et vont de pair avec des années d'expérience sur le marché italien misant sur la qualité, le sérieux et la fiabilité.

Notre actionnaire, la Confindustria [le patronat italien, NDLR], a toujours voulu qu'Il Sole 24 Ore mise sur ces valeurs. Notre lectorat se caractérise par une formation intellectuelle de haut niveau et des revenus élevés et peut donc dépenser plus, nous offrant des possibilités de performances intéressantes.

Depuis votre arrivée à la tête du management, le groupe s'est beaucoup renforcé dans les services pour les professionnels...

En effet, nous avons réalisé des acquisitions dans les services pour les entreprises. Cette combinaison de services aux catégories professionnelles dont les PME-PMI, le business-to-business (BtoB), et d'activités pour les particuliers (BtoC) est notre caractéristique, les autres groupes d'édition italiens côtés en Bourse comme L'Espresso, RCS Rizzoli et Mondadori sont tous tournés exclusivement vers les particuliers.

Ces deux dernières années - c'est une satisfaction personnelle - nous avons fortement accéléré la croissance du groupe mais l'avons aussi réorganisé en recrutant de nouvelles personnes, notamment le directeur du journal, Ferruccio de Bortoli, un des tout meilleurs journalistes.
Tout ce travail intense se fonde sur une marque très forte qu'il est important de ne jamais trahir

Vous avez pris une participation dans le Blogosphere, le plus grand réseau italien de blogs professionnels d'information. Avez-vous d'autres projets sur Internet?

Nous devons encore beaucoup travailler dans ce domaine et y investir pour mettre en adéquation notre offre traditionnelle sur papier et celle virtuelle. Nous sommes prêts aussi à investir dans des opportunités représentant une forte présence dans un segment spécifique d'activité ou pour nous doter de compétences que nous n'avons pas encore.

Que pensez-vous du débat sur la possible fin de la presse écrite?

Je ne crois pas à la fin de la presse écrite. Ce n'est pas tant un problème de support que celui de réussir à continuer à vendre un service. Le phénomène des quotidiens gratuits est assez éclairant à ce sujet: les "gratuits" sont sur papier. Aujourd'hui dans la seule Italie il y a plus de 6 millions de lecteurs de ces "gratuits", dont le nôtre "24 Minuti". La presse écrite n'est donc pas finie.

Mais les gens ne sont plus disposés à payer un certain type d'informations, de communication quand ils peuvent l'obtenir gratuitement par d'autres supports, c'est ça le vrai défi. Il faut donc miser toujours plus sur des produits de qualité, de contenus, que ce soit sur papier ou d'autres supports. Des produits que moi comme lecteur, client, je veux acheter. En se limitant à offrir de l'info brute sans commentaire, sans analyse, sans approfondissement j'ai plus de problème à trouver quelqu'un qui me l'achètera, car il a toute une série d'autres sources qui lui donne la même information gratuitement

Le groupe Il Sole 24 Ore est très concentré sur le marché italien...

Notre force est fondamentalement italienne. Pour les prochaines années, nous concentrerons notre croissance en Italie mais nous sommes attentifs à quelques autres marchés, dont l'Espagne pour une opportunité dans le monde professionnel

Le second quotidien économique allemand, le Financial Times Deutschland, dont l'éditeur britannique met en vente 50% du capital, vous intéresse-t-il?

Le marché allemand est très sophistiqué et très complexe. Nous ne pouvons nous y aventurer avec notre seul nom. Plutôt que les marchés anglo-saxons du nord de l'Europe, des cibles dans le sud de l'Europe sont plus à notre portée.

Pourquoi le groupe Il Sole 24 Ore ne s'est-il pas intéressé aux récents dossiers français de la presse économique quotidienne?

Quand nous avons compris que Les Echos seraient évalués à un niveau plus affectif que logique par rapport aux paramètres du marché, étant de plus dans une procédure d'introduction en Bourse, il n'y avait aucune logique pour nous à penser à une acquisition. Imaginez ce qui se serait produit si je m'étais présenté sur le marché financier ayant à peine fait une opération d'acquisition à une valeur que le marché considère excessivement haute et non-logique selon des paramètres financiers!

Que comptez-vous faire des 232 millions d'euros que vous encaisserez grâce à votre introduction en Bourse?

Toutes les recettes de l'IPO sont destinées à la réalisation du plan de croissance de l'entreprise, sachant que cela se fait via une augmentation de capital, l'actionnaire actuel ne prenant rien. Ce sera surtout une croissance par acquisitions d'entreprises en bonne santé et le développement de nos activités existantes.

N'est-ce pas un poids d'avoir comme propriétaire le patronat italien, la Confindustria, dont la direction change régulièrement?

Elle ne change que tous les quatre ans. Et, en tant qu'association, la Confindustria est un actionnaire très particulier: elle a à coeur la valeur de la qualité et permet donc à Il Sole 24 Ore de miser sur la qualité, la fiabilité et de renforcer et maintenir la force de la marque. Confindustria ne vise pas le profit à court-terme et à tout prix.

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