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Face aux critiques, Jacques Attali "persiste et signe"

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Publié le 14 février 2008 à 04:20 - Mis à jour le 24 octobre 2008 à 18:40

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Jacques Attali, président de la commission voulue par Nicolas Sarkozy pour chercher les bons remèdes pour "libérer la croissance française", qui vient de sortir un rapport iconoclaste sur bien des points, ne désarme pas. Dans une interview au Parisien de ce mercredi, titrée "Je persiste et signe", il défend pied à pied ses propositions.

Jacques Attali se défend tout d'abord d'avoir une quelconque responsabilité dans les difficultés actuelles de l'UMP dans les sondages. "Je ne suis pas un homme politique. Mon rôle a consisté (...) à réunir des femmes et des hommes de très haut niveau pour dire, très concrètement et de façon non partisane, ce qu'il faut faire pour améliorer la société française. C'est tout. Nous l'avons fait sereinement, après de longues études et à l'unanimité."

Il se défend aussi contre l'accusation collective d'avoir présidé "une commission d'experts arrogants": "c'est ridicule! Tous, nous avons depuis longtemps des responsabilités dans des associations, des entreprises, des syndicats, des universités et l'Etat. Les uns sont venus de province, d'autres de Paris, d'autres encore de l'étranger. Nous ne sommes ni des technos ni des professeurs Tournesol. Nous sommes très fiers de la qualité de notre travail. Cela dit, j'insiste, nous ne sommes pas un gouvernement bis: ce n'est pas à nous de décider."

Selon lui, "seulement une dizaine de propositions sur 316 ont été critiquées. Ce n'est pas si mal." Concernant les taxis, qui ont focalisé les critiques ces dernières semaines, il affirme qu'il ne "voulait pas, à l'origine, que (la) commission traite des taxis, qui ne sont pas des privilégiés. C'est le président et le gouvernement qui ont demandé que nous traitions la question des professions réglementées (...) Nous avons rencontré les professionnels, les responsables syndicaux et proposé toute une série de réformes importantes qu'ils demandent depuis très longtemps: pour Paris, des voies réservées jusqu'à Roissy; le droit à la maraude; le droit d'utiliser les plaques à plusieurs. Et de les vendre dès qu'ils le souhaitent. Nous n'avons, en revanche, jamais proposé ce contre quoi les taxis ont manifesté, c'est-à-dire la déréglementation de la profession".

"En revanche, souligne-t-il, il y a des professions qu'il faut, à notre avis, cesser de protéger: les avocats au Conseil d'Etat, par exemple, ou les grands corps de l'Etat. Une mutation radicale de l'appareil d'Etat est indispensable." Concernant les professions qui se sentent attaquées, il "leur demande simplement de lire ce qu'on a proposé. Moi, je ne peux pas me défendre contre des propositions qu'on n'a pas faites."

L'ancien "sherpa" de François Mitterrand revient aussi sur l'idée de supprimer les départements, qui ne sera pas retenue par Nicolas Sarkozy: "nous ne disons jamais que le département est mal géré, ni que c'est une mauvaise structure. Nous disons qu'il faut choisir (...) Il y a en France sept niveaux de décision: la commune, la communauté de communes, le canton, le pays, le département, la région, l'Etat. Dans les autres pays, c'est trois. Gardons-nous de cet enchevêtrement, transférons progressivement les pouvoirs vers les deux niveaux efficaces que sont l'agglomération pour tout ce qui est proximité et la région pour les grandes infrastructures."

Jacques Attali pense que "plus de 300 propositions sont en bonne voie pour être mises en oeuvre. Et d'ici à dix ans, je suis convaincu, quel que soit le gouvernement, qu'il soit de gauche ou de droite, que les compétences principales du département seront discrètement "vidées". Je ne fais là qu'annoncer ce qui est déjà en train de se passer, et qui va simplement s'accélérer. Ou alors c'est le FMI qui viendra nous dire: "messieurs, il faut le faire"."

Il affirme également n'avoir jamis dit que son rapport était un tout, à prendre ou à laisser. "Simplement, de notre point de vue, cela ne marchera pas s'il n'y a pas, dans les choix qui seront faits, une cohérence d'ensemble. Prenons un exemple: la réforme de la distribution ne peut être bénéfique que si des mesures sont prises pour soutenir fortement le petit commerce. C'est une question d'équilibre."

Il se déclare ravi par ailleurs que certains ministres s'accaparent déjà ses propositions et se dit conforté par de nombreux messages de soutien: "si vous saviez les encouragements et félicitations que nous recevons!... De la majorité, de l'opposition, du gouvernement, des chambres de commerce, de la société civile, des jeunes surtout... Déjà, entre trente et cinquante propositions - de l'université aux PME - sont mises en oeuvre..."

Interrogé sur la situation politique actuelle et sur le "désamour" entre le chef de l'Etat et l'opinion, il "note simplement qu'à gauche, après la victoire de 1981, la phase de désamour a surgi pareillement, mais un an plus tard. Et François Mitterrand s'en est très bien sorti puisqu'il est resté quatorze ans au pouvoir. Cela dit, avec un déficit de 40 milliards d'euros, cinq fois plus qu'en 1983, la situation réelle du pays est aujourd'hui beaucoup plus grave."

"En 2050, au train où on va, il y aura 70 millions d'habitants de moins en Europe, et un tiers de la population aura plus de 65 ans, poursuit-il. Si nous n'ouvrons pas les bras aux élites des pays tiers, si nous ne développons pas l'économie de la connaissance, si nous ne réformons pas l'Etat, ceux qui auront commis ces erreurs verront leurs propres retraites s'effondrer. Et à juste titre, parce que les nouvelles générations leur reprocheront de n'avoir rien fait et refuseront de payer ces charges immenses."

En conclusion, Jacques Attali se dit confiant pour l'avenir. "Pour l'heure, les élections rendent tout le monde très nerveux. Après, on verra... Le président a un avantage par rapport à François Mitterrand (...) Il a du temps devant lui. Au gouvernement, donc, d'agir, ce sera son succès ou son échec. Je suis simplement convaincu que notre rapport sera lu dans vingt ans comme l'exposé de ce qu'il fallait faire. Après les mutations historiques de 1945, de 1958, de 1981, la France a l'obligation morale de se moderniser, donc de faire sa révolution."

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