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Société Générale: François Fillon prêt à défendre la banque contre un raid hostile

La Tribune

Publié le 30 janvier 2008 à 03:20 - Mis à jour le 24 octobre 2008 à 18:36

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Alors que l'action de la banque s'envole sur des rumeurs de rachat, le Premier ministre a affirmé à l'Assemblée que la Générale doit "rester une grande banque française". Pour autant, le gouvernement multiplie les critiques contre les dirigeants de la banque, et notamment le PDG Daniel Bouton, après la révélation de la fraude massive qui l'a ébranlée. La banque, qui s'est portée partie civile, tient demain un conseil d'administration puis un comité d'entreprise extraordinaire.

Il n'est pas question que la crise actuelle permette à un prédateur étranger de s'emparer à bon compte de la Société Générale: c'est le message qu'a fait passer aujourd'hui le Premier ministre. S'exprimant à l'Assemblée, François Fillon a affirmé que "la Société Générale, c'est une grande banque française (et) le gouvernement entend que la Société Générale reste une grande banque française acteur de la mondialisation".

Alors que l'action de la Générale s'envolait cet après-midi du fait de rumeurs de possible OPA sur la banque, le chef du gouvernement a affirmé que "l'urgence, c'est de rétablir la confiance". François Fillon, qui avait déjà affirmé ce matin que le gouvernement ne laisserait pas la banque "être l'objet de raids hostiles", a souhaité que la Société Générale "réussisse son augmentation de capital".

S'il est prêt à défendre l'établissement lui-même, le gouvernement n'entend pas pour autant passer l'éponge sur les responsabilités de ses dirigeants dans la crise actuelle, bien au contraire. Ainsi, Christine Lagarde a affirmé ce mardi que c'était "aux administrateurs de prendre leur décision" sur le maintien ou non de Daniel Bouton, le PDG, à la tête de la Société Générale.

"Ce sera aux administrateurs de prendre leurs responsabilités à l'aune de deux choses: la situation d'aujourd'hui et le futur d'une institution qui est aujourd'hui une grande banque française qui emploie plus de 120.000 salariés et qui a des millions de clients", a-t-elle ajouté, en évoquant "l'intérêt général et l'intérêt de l'institution".

Des propos qui font échos à ceux tenus lundi soir par Nicolas Sarkozy, très critique à l'égard du patron de la banque. Le président de la République avait déclaré: "On est dans un système où, quand on a une forte rémunération qui est sans doute légitime, et qu'il y a un fort problème, on ne peut pas s'exonérer des responsabilités".

Après la révélation jeudi dernier d'une fraude massive au sein de la banque, qui a occasionné pour 4,82 milliards d'euros de pertes, le PDG avait proposé sa démission au conseil d'administration qui l'a refusée. Le patron avait par la suite indiqué qu'il renonçait à six mois de son salaire.

Le président de la commission des Finances du Sénat, Jean Arthuis, a estimé que Daniel Bouton ne pouvait "pas faire autrement que partir", soulignant qu'il y avait "véritablement eu un problème de gouvernance et de contrôle interne de la banque" à l'origine de l'affaire. Il faut "mettre un peu de déontologie, d'éthique" dans le système financier, a-t-il jugé. Le député a également indiqué qu'il serait "bien peu élégant" de ne mettre en cause que le jeune trader Jérôme Kerviel, évoquant "un garçon aveuglé par la perspective d'un bonus" pris "dans l'exubérance des marchés".

Rachida Dati a elle aussi renchéri ce mardi, estimant que la responsabilité du PDG de la Société Générale, Daniel Bouton, "peut être engagée" dans l'affaire de la "fraude" colossale imputée par la banque au courtier Jérôme Kerviel. Ce dernier a été mis en examen lundi mais laissé en liberté. Le parquet, qui avait demandé une détention provisoire, a décidé de faire appel d'ici quinze jours à un mois.

Face au scandale de la fraude, Christine Lagarde a en outre jugé nécessaire à la lumière de cette affaire de déployer des efforts en France sur la régulation bancaire et la transparence. De fait, elle a indiqué qu'elle recevrait vendredi le rapport qu'elle a demandé à la Commission bancaire et à l'Autorité des marchés financiers.

La ministre de l'Economie sera ainsi auditionnée devant la commission des Finances de l'Assemblée nationale en début de semaine prochaine sur l'affaire de la Société Générale, sur la base du rapport qu'elle doit recevoir. D'autres auditions des principaux acteurs du dossier devraient suivre. Le président UMP de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a exprimé le souhait que ces auditions aient lieu, face à ce qu'il a appelé "le monopoly virtuel, gigantesque de la finance internationale (...) qui a besoin de plus de transparence". Ce sera, a-t-il dit, "une mission qui va auditionner tous les acteurs, essayer de comprendre ce qui s'est passé". Pour l'instant, aucune date n'a été fixée.

Seule voix ce mardi à tenter de calmer la situation, le commissaire européen au Marché intérieur Charlie McCreevy a estimé qu"'aucune régulation au monde ne pouvait anticiper ce qui s'est passé la semaine dernière en France" à la Société Générale.

Enfin, l'Association des actionnaires minoritaires (Adam) a indiqué ce mardi qu'elle allait déposer plainte pour "délit d'initié" et "informations trompeuses" dans l'affaire de la Société Générale. L'association présidée par Colette Neuville devait déposer plainte dans la journée. Lundi déjà, l'avocat d'une centaine d'actionnaires de la Société Générale avait annoncé avoir déposé une nouvelle plainte contre X auprès du procureur de Paris pour "manipulation de cours" et "délit d'initié", après la révélation par l'AMF de la vente de 85,7 millions d'euros d'actions de la Société Générale le 9 janvier par un administrateur de la banque.

A cet égard, l'Autorité des marchés financiers a annoncé mardi soir avoir ouvert une enquête sur les échanges effectués sur les actions Société Générale. Cette enquête fait suite à l'annonce des ventes importantes de titres SG réalisées par un membre de son conseil d'administration, Robert A. Day (voir ci-contre).

La Générale elle-même s'est constituée mardi partie civile dans l'enquête sur la perte de 4,82 milliards d'euros qu'elle vient de subir, selon Me Jean Veil, l'un de ses avocats, dans une déclaration à l'AFP. La Société Générale a déposé plainte contre Jérôme Kerviel jeudi dernier pour "faux en écritures de banque, usage de faux en écritures de banque et intrusions informatiques" à Nanterre (Hauts-de-Seine), où se trouve son siège administratif.

C'est au siège de la banque, précisément, que se tiendra demain après-midi un comité central d'entreprise (CCE) extraordinaire à la demande des syndicats et en présence du PDG Daniel Bouton. Cette réunion se tiendra après le conseil d'administration prévu mercredi matin. Selon les syndicats, Jean-Pierre Mustier, le patron de la banque d'investissement où travaillait Jérôme Kerviel, le trader en cause, devrait être également présent.


Société Générale: Lehman Brothers prévoit 1,2 milliard d'euros de nouvelles dépréciations liées au "subprime"
La banque d'affaire Lehman Brothers a indiqué ce mardi prévoir de nouvelles dépréciations à la Société Générale, à hauteur de 1,2 milliard d'euros, en raison de la crise du subprime, en sus des 2 milliards passés la semaine dernière. Par conséquent, elle abaissé l'objectif de cours de la banque française, déjà en chute libre depuis le début de l'année. "Nous ne voyons aucune raison d'acheter des actions Société Générale aujourd'hui et nous restons à sous-pondérer", écrit le broker, ajoutant: "La possibilité d'une prise de contrôle s'est accrue, mais la valeur a encore un potentiel de baisse". Lehman Brothers a également revu à la baisse son estimation de bénéfice par action (BPA) 2008 à 7,63 euros, contre 11,77 euros auparavant, pour prendre en compte les nouvelles dépréciations. Elle prévoit aussi une baisse des bénéfices de la banque française tirés de l'activité de "trading" et une dilution de 20% à 33% liée à l'augmentation de capital en préparation. Pour 2009, le BPA est ramené à 9,75 euros contre 12,66 euros.

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