Les frères Dardenne sondent "Le Silence de Lorna"
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Lorsqu'elle apparaît pour la première fois à l'écran, Lorna compte des billets de banque. Elle a les cheveux coupés courts, le regard noir et déterminé. Elle compte en albanais pour être sûr de ne pas se tromper. Il y a quelques mois, la jeune femme s'est mariée avec Claudy pour obtenir la nationalité belge. Un mariage blanc qui n'est que la première étape du plan retors orchestré par Fabio, un truand du coin.
Fabio compte en effet éliminer Claudy afin que Lorna puisse ensuite se remarier avec un mafieux russe prêt à payer ce qu'il faut pour devenir belge. Sur le papier, l'enchaînement est net et sans bavure. Mais injectez-y un peu de conscience et la machine se grippe.
On se souvient de l'héroïne du film "Rosetta" - la première des deux Palme d'or des frères Dardenne - et de sa lutte féroce pour survivre. La caméra l'agrippait, nerveuse et violente. Si Lorna doit elle aussi survivre, son avancée est - au début tout du moins - stratégique. La caméra s'en trouve apaisée, les plans se font plus posés. Le film y perd un peu en intensité mais gagne une clarté qui permet au spectateur de respirer. Une nouveauté dans l'univers d'habitude si oppressant des frères Dardenne.
Couronné du Prix du scénario au dernier festival de Cannes, "Le Silence de Lorna" aurait aussi bien pu recevoir le Prix d'interprétation féminine. La jeune actrice repérée au Kosovo, Arta Dobroshi, est une révélation. Comme Emilie Dequenne dans "Rosetta", elle porte à elle seule tout le film. Son visage surtout. Il donne corps à l'évolution psychologique d'un personnage passionnant dont l'humanité, un temps mise en sommeil, se réveille peu à peu.
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