Addis-Abeba met en avant le potentiel de ces investissements en matière de création d’emplois, de transfert de technologies et de génération de devises.
Photo DR
Historiquement portée par l’agriculture, l’économie éthiopienne accélère sa transformation vers l’industrie et l’énergie. Le pays de la Corne de l’Afrique cherche désormais à attirer davantage de capitaux étrangers pour soutenir sa croissance et accompagner ses réformes.
L’Éthiopie a annoncé cette semaine la signature de 13,1 milliards USD d’accords d’investissement, soit près de 11,4 milliards d’euros, lors d’un forum organisé à Addis-Abeba. Ces engagements couvrent plusieurs secteurs clés, dont les énergies renouvelables, l’industrie manufacturière, les mines et l’immobilier. Il faudra encore cependant qu'ils se traduisent en projets concrets sur le terrain.
Des engagements axés sur des secteurs stratégiques
Les accords ont été conclus à l’occasion du forum « Invest in Ethiopia 2026 », qui a réuni des représentants d’entreprises originaires de Chine, de Pologne, d’Inde, de Singapour et du Kenya, entre autres. Selon les détails disponibles, le groupe chinois Ming Yang Smart Energy prévoit à lui seul un investissement de 10 milliards USD (environ 8,7 milliards d'euros) dans la production d’ammoniac vert, un carburant considéré comme une alternative bas carbone, ainsi que dans la fabrication d’équipements électriques.
D’autres projets concernent le développement d’activités industrielles dans des zones économiques spéciales, avec un investissement de 2 milliards USD (environ 1,7 milliard d'euros) porté par Global Future Investment. Le groupe chinois Liaoning Fangda prévoit pour sa part 500 millions USD (environ 434,1 millions d'euros) dans la production d’acier et de produits pharmaceutiques.
Le secteur minier est également concerné, avec un projet de 235 millions USD (environ 204 millions d'euros) porté par l'indien Rashmi. Dans l'énergie solaire, plusieurs entreprises annoncent des investissements visant à renforcer les capacités locales, notamment 150 millions USD (environ 130,2 millions d'euros) par Gobez Electric Manufacturing, et un montant équivalent promis par Sun King. Cet ensemble est complété par des projets immobiliers à hauteur de 100 millions USD (environ 86,8 millions d'euros).
Les autorités éthiopiennes mettent en avant le potentiel de ces investissements en matière de création d’emplois, de transfert de technologies et de génération de devises. Elles soulignent toutefois que sa concrétisation dépendra de leur mise en œuvre effective. « Il s’agit d’un grand succès, mais seulement d’un point de départ […] Le véritable succès dépendra de la rapidité avec laquelle ces engagements d’investissement se traduiront concrètement en projets opérationnels sur le terrain », a déclaré Zeleke Temesgen, directeur de la Commission éthiopienne des investissements, selon des propos rapportés par Bloomberg.
Newsletter
Ma Tribune
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.
Une économie en transition entre réformes et contraintes
L’annonce survient alors que l’économie éthiopienne retrouve une dynamique de croissance soutenue, après avoir subi ces dernières années les contrecoups de chocs successifs comme la pandémie, un conflit dans la région du Tigré, ainsi que des phénomènes météorologiques extrêmes. Le gouvernement anticipe une progression de plus de 10% pour l’exercice 2025/2026, un niveau proche de celui observé avant la pandémie. Cette projection s’appuie sur une série de réformes engagées ces dernières années pour transformer le modèle économique national.
Les autorités ont amorcé une ouverture progressive de l’économie, assoupli le régime de change et facilité l’accès aux zones économiques spéciales, afin d’attirer davantage d’investissements privés. L’objectif affiché est de réduire la dépendance à l’agriculture en développant des activités industrielles et énergétiques capables de soutenir une croissance plus diversifiée.
Cette trajectoire reste toutefois sous contrainte. Addis-Abeba est engagée dans un processus de restructuration de sa dette extérieure, jugée insoutenable par les institutions internationales. Elle a même conclu en janvier dernier un accord de principe avec une partie de ses créanciers privés, au sujet d’un eurobond de 1 milliard USD (environ 868,2 millions d'euros) arrivé à échéance en 2024, sur lequel elle s’était retrouvée en défaut de paiement fin 2023.
En attendant les prochains développements, les nouveaux accords annoncés peuvent être perçus comme un intérêt toujours élevé des investisseurs pour le marché éthiopien, mais également un signe que les réformes engagées doivent être poursuivies. Leur concrétisation effective sera déterminante pour mesurer leur impact réel sur l’économie du pays.