Agriculture : des projets et 9 milliards d’euros d'investissement pour la filière en Afrique de l'Ouest

L’agriculture représente encore 17% du PIB du continent africain, mais les gains de productivité demeurent limités.
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L’agriculture représente encore 17% du PIB du continent africain, mais les gains de productivité demeurent limités.
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L’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a lancé la promotion d’un livre blanc consacré à trois filières agricoles prioritaires, le phosphate et les engrais, le riz et le coton textile. Présenté le lundi 1er juin à Bamako par une délégation de la Commission de l’organisation régionale, ce document s’accompagne d’un portefeuille de projets évalué à 6 000 milliards FCFA (environ 9,15 milliards d’euros) à mobiliser entre 2026 et 2040.
Au-delà du montant annoncé, l’initiative donne un aperçu des secteurs sur lesquels l’Union entend concentrer ses investissements pour renforcer sa production agricole, réduire certaines dépendances extérieures et développer davantage la transformation locale.
Les trois filières retenues répondent à des enjeux distincts, mais complémentaires.
Le premier axe concerne le phosphate et les engrais. L’accès aux fertilisants constitue l’un des principaux défis de la production agricole en Afrique de l’Ouest. Comme dans une grande partie de l’Afrique subsaharienne, la production locale reste insuffisante pour répondre à la demande régionale. Les États membres dépendent donc largement des importations, ce qui les expose aux variations des prix internationaux et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement.
Selon les données de la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), les importations d’engrais au sein de l’Union ont atteint en moyenne 543,5 milliards FCFA (environ 828,6 millions USD) par an entre 2020 et 2024. La Côte d’Ivoire, le Mali et le Sénégal figurent parmi les principaux marchés de la région.
Le deuxième volet porte sur le riz. Cette céréale occupe une place centrale dans l’alimentation des populations ouest-africaines, mais la production régionale peine encore à suivre l’évolution de la demande. Malgré les investissements engagés ces dernières années dans plusieurs pays, les importations restent massives. Toujours selon la BCEAO, les achats de riz à l’étranger ont représenté en moyenne 1 627 milliards FCFA (environ 2,48 milliards d'euros) par an entre 2020 et 2024. Il s’agit du premier produit alimentaire importé par les pays de l’Union. La Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Bénin comptent parmi les principaux importateurs.
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Le troisième pilier du livre blanc est consacré au coton textile. Contrairement au riz ou aux engrais, l’enjeu n’est pas ici de réduire une dépendance aux importations mais de capter davantage de valeur ajoutée. L’UEMOA regroupe plusieurs des principaux producteurs africains de coton, notamment le Mali, le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), les pays de l’Union ont représenté près de la moitié de la production africaine de coton graine en 2024.
La filière génère déjà d’importantes recettes d’exportation. D’après la BCEAO, les ventes de fibre de coton ont rapporté environ 1011 milliards FCFA (environ 1,54 milliard d'euros) en 2024. Toutefois, une grande partie de la production continue d’être exportée sous forme peu transformée, limitant les retombées industrielles locales.
L’annonce de l’UEMOA arrive à un moment où les systèmes alimentaires africains continuent de faire face à d’importantes fragilités structurelles. Dans sa Revue annuelle sur l’efficacité du développement 2026, la Banque africaine de développement (BAD) rappelle que l’agriculture représente encore 17% du PIB du continent. Toutefois, les gains de productivité demeurent limités. Les rendements céréaliers atteignaient 1,68 tonne par hectare en 2024, un niveau quasiment inchangé sur cinq ans et largement inférieur à la moyenne mondiale estimée à plus de 4 tonnes par hectare.
L’institution souligne également que l’Afrique continue d’importer environ 70 milliards USD (environ 60,3 milliards d’euros) de produits alimentaires chaque année. Les conflits armés, les effets du changement climatique, l’insuffisance des infrastructures rurales ainsi que les difficultés d’accès aux financements figurent parmi les principaux freins à la transformation du secteur.
Dans ce contexte, l'intérêt du livre blanc de l'UEMOA réside moins dans le montant annoncé que dans les priorités retenues. Les trois filières ciblées couvrent en effet plusieurs maillons clés de l’économie agricole régionale, depuis l'approvisionnement en intrants avec les engrais, jusqu'à la transformation industrielle. Plusieurs questions restent toutefois en suspens à ce stade, notamment sur les modalités de mobilisation des financements, la nature des projets envisagés ou encore leur répartition entre les États membres.