Vivre avec la canicule (2/2) – Vincent Callebaut, architecte belge installé à Paris, s’est spécialisé dans les constructions bioclimatiques, s’appuyant sur le biomorphisme. Il vient de livrer à Montpellier un programme immobilier d’inspiration orientale, ami du vent et sans climatisation. L'expert de « la cité idéale écologique de demain » s’exprime sur la nécessité de construire autrement.LA TRIBUNE – Quel regard portez-vous sur les constructions que l’on voit encore fleurir ici et là, où le verre notamment – et son possible effet de serre – a encore une large place, y compris dans les territoires les plus chauds de France ?
Vincent CALLEBAUT - Jusque dans les années 2020, on a construit la ville "contre" la nature, en verre et en acier. Le parti pris de mon agence, c’est de construire "avec" la nature, c’est-à-dire des systèmes passifs qui représentent des économies en exploitation, et permettent de minimiser la part climatisée. Car avant de chercher comment refroidir un immeuble exposé à la canicule, il faut éviter qu’il surchauffe. Il faut revenir aux architectures traditionnelles, au bon sens ! Même si on sait fabriquer aujourd’hui du verre qui évite l’effet de serre, l’empreinte carbone est désastreuse.
Avant de chercher comment refroidir un immeuble exposé à la canicule, il faut éviter qu’il surchauffe.
Vous êtes identifié pour vos constructions bioclimatiques. Vous avez fait vos armes à l’international : racontez-nous le Tao Zhu Yin Yuan, cet immeuble de 42 appartements situé à Taipei (Taïwan), livré en 2024, et notamment récompensé du Low Carbon Building Alliance, niveau Diamant…
On est là dans un climat tropical humide. Cet immeuble a été sculpté en fonction de la course du soleil et des vents dominants, avec une tour de 100 mètres de haut, vrillée pour optimiser la quantité de lumière qui entre dans les logements. Elle est recouverte de 23 000 plantes, arbustes et arbres qui génèrent de l’évapotranspiration. L’immeuble est aussi doté d’un système de rafraîchissement par géo-cooling : l’air chaud à 42° passe sous les fondations où la température est constante et il est réinsufflé à 26° dans les appartements grâce à une grande colonne centrale, sorte de cheminée à vent. Cette ventilation naturelle passive combinée à l’évapotranspiration permet de rafraîchir les logements à 70 % sans consommer un seul kilowatt/heure. Ainsi, quand il fait 40°, le bâtiment est autorégulé entre 24 et 25° sans technologie électrifiée et les habitants peuvent utiliser une climatisation pour rafraîchir à 22° mais il n’y a que quelques degrés à gagner. Les climatisations consomment de l’énergie produite sur place grâce à une canopée solaire et thermique en toiture et une ferme de 12 petites éoliennes axiales. Pour arroser les plantes, nous avons installé un traitement de la ressource des eaux grises de salles de bain par action des plantes grâce à des cascades naturelles dans le jardin. L’eau est ensuite réinjectée dans le réseau de la tour pour arroser… C’est un projet élitiste mais il montre que l’architecte bioclimatique est possible.