Le conflit commercial entre Washington et Pékin a eu pour effet de réduire de 35 milliards de dollars (31,6 milliards d'euros), soit plus d'un quart, les importations de produits chinois aux Etats-Unis au cours du premier semestre de l'année.
FL/NL - REUTERS - JASON LEE
Ces 3 sujets clés de la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping
Après un premier tour de chauffe en Malaisie le week-end dernier, place à la rencontre au sommet entre le dirigeant américain et chinois jeudi. Au menu des discussions en Corée du Sud : soja, terres rares et TikTok, dans l'espoir de prolonger la trêve commerciale.
Le week-end dernier, à Kuala Lumpur, les délégations américaine et chinoise ont rejoué la scène avant l’acte principal. Au 92ᵉ étage du gratte-ciel Merdeka 118, les négociateurs des deux premières puissances mondiales ont tenté de désamorcer les derniers explosifs avant la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping jeudi en Corée du Sud. Résultat : des promesses soigneusement calibrées, des espoirs de part et d’autre, et trois dossiers bien connus qui seront au cœur du face-à-face : les terres rares, le soja et TikTok.
À son habitude, le négociateur chinois Li Chenggang est sorti du gratte-ciel malaisien moins loquace que son interlocuteur américain. Chenggang a parlé d’un « consensus préliminaire », rappelant que chaque capitale devait encore « remplir ses procédures nationales ». « Ils veulent faire un deal et nous voulons faire un deal », a, lui, résumé Donald Trump dimanche, qui promet déjà d’annoncer un « beautiful deal » lors du sommet de Gyeongju. L’objectif des deux camps est clair : prolonger la trêve commerciale, sans trop plier.
Les terres rares
Premier pilier de ce prolongement : les terres rares. Ces éléments indispensables aux moteurs électriques, aux éoliennes ou aux missiles de défense sont raffinés à plus de 90 % par la Chine. Début octobre, Pékin a annoncé la mise en place d’un régime complexe de licences d’exportation qui aurait gelé une grande partie approvisionnements occidentaux. Selon les déclarations de Scott Bessent ce week-end, la Chine aurait accepté de suspendre pendant un an l’entrée en vigueur de ces contrôles.
En échange, se dessine la renonciation pour Washington à imposer 100 % de taxes supplémentaires sur les importations chinoises. La suspension temporaire est donc accueillie comme un soulagement côté américain, mais sans illusion. « Les États-Unis mettront des années à réduire leur dépendance », souligne Marie-Françoise Renard, professeure émérite à l’université Clermont Auvergne interrogée par La Tribune.
« C’est un avantage durable pour Pékin, qui a bâti sa sécurité économique sur le contrôle de ces chaînes de valeur. »
Pour la Chine, il ne s’agit pas d’un geste de bonne volonté mais d’un outil de pression calibré : en gardant la main sur les terres rares, elle rappelle que la « pression maximale » n’est plus le monopole américain.
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Du soja en échange des terres rares
Autre dossier brûlant : celui du soja, devenu un levier politique à part entière dans la relation sino-américaine. Longtemps premier client des fermiers du Midwest, la Chine avait brutalement interrompu ses commandes pendant la guerre des droits de douane, frappant de plein fouet un électorat rural crucial pour Donald Trump. Selon la partie américaine, à Kuala Lumpur, Pékin a accepté de relancer ses achats massifs de graines américaines « pour plusieurs années ».
Pour Pékin, il s’agit d’une concession majeure qui permet de désamorcer la pression électorale pesant sur Washington avant les élections de mi-mandat de 2026, tout en sécurisant ses propres approvisionnements, alors que les prix mondiaux s’envolent et que le Brésil ne peut combler seul la demande. Pour la Maison-Blanche, la victoire est éminemment politique : Trump pourra se présenter comme le défenseur du cœur agricole américain, celui des États du Midwest qui ont payé le prix fort de la guerre commerciale.
« Les Républicains ont une pression électorale énorme dans ces États producteurs », rappelle Marie-Françoise Renard, « Pékin le sait, et c’est précisément ce qui en fait un outil de négociation redoutable. »
TikTok, guerre d’influence
Troisième point clé : TikTok, cette plateforme au milliard d’utilisateurs devenue enjeu de souveraineté numérique. Trump veut en faire un cas d’école : obliger une entreprise chinoise à passer sous contrôle américain, au nom de la sécurité nationale. Selon Scott Bessent, un accord de principe a été trouvé : 80 % de la branche US de TikTok seraient confiées à un consortium d’entreprises proches du trumpisme. Xi Jinping y verrait une perte symbolique - celle d’un vecteur d’influence - mais non décisive.
« La crainte américaine, c’est qu’une application chinoise serve d’arme politique », rappelle la professeure émérite. Pour Pékin, le cas TikTok illustre l’obsession de Washington : contrôler le flux des données autant que celui des métaux. Là encore, la trêve vise à gagner du temps, pas à trancher : les détails du transfert devraient être « finalisés » jeudi, mais sans préciser la structure juridique ni la durée du contrôle.
Encore une trêve
Dans cette partie d’échecs, les tarifs douaniers ne sont que l’outil de négociation. D'autres sujets pourraient arriver sur la table. « Durant le premier mandat de Trump les Chinois ont accepté d’acheter massivement du GNL. Mais ces dernières années les Chinois se sont tournés vers le GNL russe. Le fait que la Chine annonce récemment arrêter le GNL russe est peut-être une main tendue à Trump pour les négociations » analyse François Godement, spécialiste de l’Asie interrogé par La Tribune.
Malgré la multitude de sujets, aucune réforme structurelle du commerce bilatéral n’est en vue. Sauf grande surprise, la rencontre en Corée du Sud ne devrait offrir qu’une nouvelle trêve. « Les États-Unis cherchent à stabiliser, pas à progresser », a récemment résumé Kelly Ann Shaw, ex-sherpa de Trump. Et Marie-Françoise Renard de conclure : « Il ne faut pas trop s’illusionner sur les résultats de cette rencontre. »