Prix du pétrole : pourquoi les pays émergents vont particulièrement souffrir

La Turquie risque d’être aussi particulièrement affectée en raison de la faiblesse de sa monnaie.
MS - via REUTERS - Murad Sezer

La Turquie risque d’être aussi particulièrement affectée en raison de la faiblesse de sa monnaie.
MS - via REUTERS - Murad Sezer
« Les économies émergentes vont subir les conséquences d’un nouveau choc externe. » Voilà la mise en garde de BNP Paribas dans une étude parue ce mardi. Analysant les conséquences de la guerre au Moyen-Orient, le département des études économiques du groupe a émis une alerte sur les économies les plus pauvres d’Asie, d’Afrique et d’Amérique du Sud. Après dix-huit jours de conflit, et un détroit d’Ormuz quasiment bloqué, le baril de pétrole se maintient au-dessus des 100 dollars.
« Si le conflit se prolongeait, les ruptures d’approvisionnement affecteraient l’ensemble des secteurs d’activité en Asie », prévient François Faure, responsable des études chez BNP Paribas. Et pour cause, selon la banque, hormis en Chine, les stocks de pétrole brut des pays asiatiques couvrent au maximum deux mois de consommation.
La banque prend pour exemple les conséquences de la précédente crise énergétique. Ainsi, en 2022, la croissance des pays émergents et en développement avait atteint 4,3 % contre 7 % en 2021.
Mais, avant un éventuel impact sur le produit intérieur brut des pays en développement, ceux-ci pourraient connaître une forte inflation. BNP Paribas indique que, pour les pays émergents, la part de l’énergie dans les indices des prix à la consommation est comprise entre 7 % et 13 %.
Parmi les économies les plus exposées, BNP Paribas cite le Cambodge et le Laos qui ont un déficit énergétique très élevé. De son côté, la Turquie risque d’être aussi particulièrement affectée en raison de la faiblesse de sa monnaie.
Car en plus de la hausse du prix du baril, le cours du dollar a remonté ces dernières semaines… rendant les achats de pétrole (généralement en dollars) encore plus coûteux pour les pays ayant une monnaie dépréciée.
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Et les conséquences d’une crise énergétique ne s’arrêteront pas là. Dans un deuxième temps, confrontées à une accélération de l’inflation et à des pressions sur les taux de change dues à la hausse du dollar, les banques centrales des pays émergents pourraient durcir leur politique monétaire. Sauf que ce mécanisme ralentirait encore l’investissement et la croissance dans ces pays.
La nouvelle crise énergétique qui s’installe devrait toutefois être moins violente pour les pays émergents que celle de 2022. D’abord car « l’envolée des prix des hydrocarbures ne s’est pas diffusée aux prix des principales matières premières agricoles (blé, maïs, coton, riz) », rappelle l’auteur de l’étude.
François Faure précise aussi que nombre de pays disposent d’un mécanisme de limitation de la hausse des prix ou réintroduisent un système de compensation via une baisse des taxes ou une hausse des subventions. C’est notamment déjà le cas en Chine, en Croatie, en Hongrie, en Indonésie et en Turquie. Enfin, contrairement à 2022, ces pays « bénéficient plus que les autres du développement de l’intelligence artificielle », ajoute le responsable du « risque pays » de BNP Paribas. Un nouveau secteur qui continuera de porter la croissance de ces économies même en cas d'envolée des prix.
La dette de l’Égypte, du Pakistan et de l’Argentine menacée
La banque s’est aussi attardée sur les conséquences d’une nouvelle crise énergétique sur les dettes des pays émergents. Sur 43 économies, « la dette publique rapportée au PIB a augmenté de 5 points, voire plus dans 25 % des cas », met en garde l’étude. Sur l’ensemble de ces pays, l’Égypte et le Pakistan sont vus comme les États les plus fragiles à cause d’une charge de la dette considérable.
BNP Paribas mentionne aussi l’Argentine comme un État risqué. Ce, « en raison d’une faiblesse des réserves de change au regard du remboursement de sa dette en dollars américains », précise l’auteur.
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