+24 % pour l'énergie, +16 % pour les matières premières : voici le scénario le plus « rose » de la Banque mondiale
latribune.fr
Les perturbations du transport maritime et les attaques contre les infrastructures énergétiques ont déjà provoqué, selon la Banque mondiale, "le plus grand choc d'approvisionnement en pétrole jamais enregistré".
AFP - AFP or licensors - ERIC BARADAT
Dans ses dernières projections, la Banque mondiale acte une flambée des matières premières sur l'ensemble de l'année, portée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et un choc énergétique appelé à se diffuser à l’ensemble de l’économie.
Les marchés mondiaux des matières premières restent sous tension, sur fond de persistance des conflits au Moyen-Orient et de fragilisation des chaînes d’approvisionnement énergétiques. Dans ses dernières Perspectives des marchés des matières premières, publiées mardi, la Banque mondiale alerte sur un nouveau cycle haussier des prix de l’énergie et ses répercussions en cascade sur l’ensemble de l’économie mondiale.
Selon l’institution, les prix de l’énergie pourraient augmenter de 24 % en 2026, atteignant leur plus haut niveau depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022. Dans le même temps, les matières premières dans leur ensemble sont attendues en hausse de 16 % sur l’année, portées par la flambée de l’énergie, des engrais et par des tensions persistantes sur les métaux.
Cette trajectoire repose toutefois sur un scénario central relativement optimiste : celui d’un apaisement progressif des perturbations liées au conflit et d’un retour du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, axe stratégique pour le commerce mondial de pétrole. La Banque mondiale anticipe ainsi une normalisation progressive des flux d’ici octobre, puis un retour proche des niveaux d’avant-guerre à l’horizon fin 2026.
Le pétrole sous pression durable
Mais l’institution prévient que les risques demeurent fortement orientés à la hausse. Les perturbations du transport maritime et les attaques contre les infrastructures énergétiques ont déjà provoqué, selon elle, « le plus grand choc d’approvisionnement en pétrole jamais enregistré ». Dans ce contexte, elle souligne que les risques penchent « nettement » en faveur d’une poursuite de la hausse des prix.
Le scénario de base prévoit un prix moyen du Brent à 86 dollars le baril en 2026, contre 69 dollars en 2025. Mais un scénario plus dégradé, impliquant des dommages supplémentaires aux infrastructures pétrolières et gazières et un ralentissement durable des exportations, pourrait propulser le baril jusqu’à 115 dollars en moyenne.
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La Banque mondiale souligne que cette dynamique ne se limite pas au pétrole brut. La hausse des coûts de l’énergie se diffuse à l’ensemble de l’économie mondiale, notamment via les engrais et l’agriculture.
Sécurité alimentaire sous tension
Les engrais, dont une grande partie dépend directement des intrants énergétiques, devraient voir leurs prix progresser de 31 % en 2026. L’urée, engrais azoté largement utilisé, pourrait enregistrer une hausse de 60 %.
Cette envolée des coûts de production agricole pourrait fragiliser les rendements futurs et accentuer les tensions alimentaires mondiales. Le Programme alimentaire mondial estime que 45 millions de personnes supplémentaires pourraient être confrontées à une insécurité alimentaire aiguë cette année si le conflit venait à se prolonger.
La Banque mondiale avertit ainsi d’un enchaînement de chocs successifs sur l’économie mondiale. Comme l’explique son chef économiste Indermit Gill, « la guerre percute l’économie mondiale par vagues successives : d’abord par la hausse des prix de l’énergie, puis par celle des prix des denrées alimentaires, et enfin par une inflation plus forte, qui fera grimper les taux d’intérêt et rendra le coût de la dette encore plus élevé ».
Dans un autre passage du rapport, il insiste également : « La guerre frappe l’économie mondiale par vagues successives : d’abord par la hausse des prix de l’énergie, puis par celle des produits alimentaires, et enfin par une inflation galopante, qui fera grimper les taux d’intérêt et renchérira encore le coût de la dette ».
Croissance sous contrainte
Les conséquences macroéconomiques sont directes. Dans les économies en développement, l’inflation devrait atteindre 5,1 % en 2026 selon le scénario central, contre 4,7 % l’an dernier, soit un niveau supérieur aux anticipations d’avant-guerre. En cas de prolongation du conflit, elle pourrait grimper jusqu’à 5,8 %. La croissance est également revue à la baisse : les économies en développement ne progresseraient plus que de 3,6 % en 2026, contre une projection initiale de 4 % avant la guerre.
Au-delà des indicateurs macroéconomiques, la Banque mondiale met en garde contre un impact social particulièrement sévère dans les pays les plus fragiles. La hausse des prix de l’énergie, des denrées alimentaires et des engrais agit comme un multiplicateur de vulnérabilités, notamment dans les économies déjà lourdement endettées.
Enfin, le rapport souligne que les métaux de base — aluminium, cuivre ou étain — pourraient eux aussi atteindre des niveaux historiques. Une dynamique alimentée non seulement par les contraintes d’offre, mais aussi par une demande structurelle liée à la transition énergétique, aux véhicules électriques et au développement des centres de données.