Détroit d’Ormuz : la « flotte fantôme » maintient un trafic minimal malgré la guerre
latribune.fr
Dans cet environnement à haut risque, la " flotte fantôme " apparaît paradoxalement comme l'une des rares catégories de navires à maintenir une activité régulière.
/FW1FP/William Maclean - REUTERS - Stringer
Malgré la guerre au Moyen-Orient et les menaces de fermeture du détroit d’Ormuz, 77 navires l’ont traversé depuis le début du mois, dont plus de la moitié de pétroliers et méthaniers appartenant à la « flotte fantôme ».
Malgré la montée des tensions au Moyen-Orient et les menaces iraniennes de fermeture du détroit d’Ormuz, un trafic maritime limité continue de s’y maintenir. Selon les données de la société spécialisée Lloyd’s List Intelligence, une poignée de navires, majoritairement issus de la “flotte fantôme”, poursuit ses traversées dans cette artère stratégique du commerce énergétique mondial.
Quelque 77 navires ont effectué la traversée du détroit d’Ormuz depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, a rapporté vendredi la société de données maritime Lloyd’s List Intelligence. La majorité de ces passages concerne des navires opérant au sein de la « flotte fantôme ».
L’expression « flotte fantôme » désigne l’ensemble des navires qui opèrent hors des circuits traditionnels de l’assurance et du suivi maritime, notamment pour transporter du pétrole sous sanctions ou contourner certaines réglementations. L’Iran et la Russie y ont notamment recours, mais elle comprend également des navires exploités par des armateurs opportunistes sans affiliation politique claire.
Prendre le risque
Dans ce contexte de forte incertitude sécuritaire, le trafic reste extrêmement réduit par rapport aux niveaux habituels. « Nous avons enregistré 77 transits » depuis le début du mois via le détroit, que les Gardiens de la Révolution iraniens veulent maintenir fermé, a affirmé vendredi Bridget Diakun, analyste chez Lloyd’s List Intelligence. A titre de comparaison, entre le 1er et le 11 mars 2025, 1 229 passages avaient été enregistrés dans le détroit, souligne la société de données rattachée à la revue maritime spécialisée Lloyd’s List.
La tendance actuelle montre néanmoins que certains armateurs continuent de prendre le risque de naviguer dans la zone. « Sans surprise des gens essaient de quitter le Golfe, mais nous avons tout de même suivi 22 navires se dirigeant » vers l’intérieur de la région, précise Mme Diakun.
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20 navires attaqués
Le détroit d’Ormuz, situé entre le Golfe et le Golfe d’Oman, constitue l’un des principaux points de passage du commerce énergétique mondial. Environ un cinquième de la production mondiale de pétrole et un cinquième du gaz naturel liquéfié transitent par ce corridor maritime étroit, ce qui en fait un levier stratégique majeur dans les tensions géopolitiques régionales.
Téhéran cible le détroit en représailles aux frappes israélo-américaines, avec l’objectif de le rendre impraticable. Une telle stratégie viserait à perturber l’économie mondiale afin de faire pression sur Washington, en menaçant l’approvisionnement énergétique des grandes économies.
Depuis le 1er mars, les incidents se multiplient dans la zone. Selon l’agence britannique de sécurité maritime UKMTO, 20 navires commerciaux, dont neuf pétroliers, ont été attaqués ou ont signalé des incidents. L’Organisation maritime internationale (OMI) confirme pour sa part 16 incidents, dont huit impliquant des pétroliers.
Tenter la traversée
Dans cet environnement à haut risque, la « flotte fantôme » apparaît paradoxalement comme l’une des rares catégories de navires à maintenir une activité régulière. D’après Mme Diakun, « plus de la moitié des pétroliers et des méthaniers qui transitent par Ormuz, font partie de la flotte fantôme ». Habitués à naviguer dans des zones sous sanctions ou à forte instabilité, ces navires sont souvent jugés plus enclins à tenter la traversée. Ces « navires sont vraiment habitués aux perturbations », souligne l’analyste, estimant que l’Iran, qui dispose d’une flotte fantôme importante, « continue d’exporter ».
Les données de Lloyd’s List Intelligence montrent par ailleurs que les navires affiliés à l’Iran représentent 26 % des passages recensés depuis le début du conflit, devant ceux liés à la Grèce (13 %) et à la Chine (12 %).
De son côté, l’AFP a recensé une quarantaine de navires ayant franchi le détroit depuis le début des hostilités, en ne prenant en compte que les bâtiments ayant laissé activé leur transpondeur AIS, le système d’identification automatique. Une indication supplémentaire que l’activité réelle pourrait être plus importante, certains navires de la “flotte fantôme” ayant l’habitude de naviguer sans signalement.