OPINION. « Le pétrole a ouvert l’ère des ressources critiques : ne pas prendre en compte dès aujourd’hui le coût du manque d’eau, c’est se condamner à en payer le prix demain»

Estelle Brachlianoff, DG de Veolia environnement
LTD/Pierre Morel

Estelle Brachlianoff, DG de Veolia environnement
LTD/Pierre Morel
Pendant des siècles, l’eau a été considérée comme un acquis. Un flux évident, supposé inépuisable. Nos villes, notre agriculture et nos économies se sont construites sur cette certitude : l’eau serait toujours là. Mais cette évidence disparaît. Début 2026, des experts des Nations Unies évoquent une « faillite hydrique mondiale». Une rupture silencieuse : celle d’un monde où les ressources vitales ne se renouvellent plus au rythme de nos usages.
A partir de là tout bascule.
Car lorsqu’une société ne peut plus garantir son accès à l’eau, ce ne sont pas seulement les équilibres écologiques qui vacillent. C’est aussi la santé des écosystèmes dans leur ensemble et donc des populations, la stabilité économique, l’industrie et les équilibres géopolitiques. Les tensions actuelles l’ont rappelé : la stabilité dépend de la capacité à sécuriser les ressources critiques. Comme le pétrole avant elle, l’eau révèle aujourd’hui son caractère géostratégique.
C’est cela, la sécurité écologique : la capacité d’un territoire à continuer de produire, nourrir, soigner et maintenir une activité économique malgré les tensions sur les ressources.
Et dans cette nouvelle équation, l’eau occupe une place centrale. Les premiers effets sont déjà visibles. Une sécheresse peut déstabiliser les marchés agricoles mondiaux. La baisse du niveau du Rhin ou du canal de Panama désorganise les chaînes logistiques et fait exploser les coûts de transport. À plus long terme, les tensions agricoles et les crises alimentaires alimentent déplacements et conflits. Cette vulnérabilité touche les secteurs les plus stratégiques : agriculture, semi-conducteurs, santé, métaux critiques, data centers. Tous dépendent d’un accès fiable à l’eau.
Le manque d’eau n’est plus une contrainte environnementale. Il devient une menace systémique.
Et pourtant, nous continuons à traiter cette menace comme un sujet secondaire, alors même que les solutions existent déjà : gestion optimisée des consommations d’eau (populations, collectivités et industries), réutilisation des eaux usées traitées, modernisation des réseaux, dessalement. Le blocage n’est plus technologique. Il est désormais économique et politique.
Car tant que le coût du manque d’eau restera invisible, il sera toujours plus facile de subir la crise que d’investir pour l’éviter. C’est précisément ce qu’il faut changer. Comme le coût de l’inaction climatique a transformé notre perception du risque carbone, nous devons désormais rendre visible le coût du manque d’eau : un coût économique, industriel et social encore largement sous-estimé.
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L’enjeu est simple : intégrer ce coût dans les décisions économiques et politiques avant qu’il ne s’impose dans l’urgence.
Pour ce faire, il est indispensable de disposer d’un outil permettant de calculer une valorisation monétaire robuste à une échelle opérationnelle (territoire, entreprise ou actif).
Car la question n’est plus de savoir si le stress hydrique bouleversera nos économies et nos sociétés. La question est désormais de savoir si nous aurons le courage politique, économique et collectif d’agir avant que l’eau ne devienne, partout, le prix de notre impréparation.
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(*) Les membres de l'Assemblée des parties prenantes de Veolia qui ont signé cette tribune :
Et les signatures de :
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