LA TRIBUNE DIMANCHE — Quelle est votre définition de la souveraineté pour un groupe comme Safran, qui a des activités dans le civil, la défense et le spatial ?
OLIVIER ANDRIÈS — La souveraineté, pour moi, c’est être maître de son destin. Plus précisément, c'est avoir l'autorité de conception et maîtriser tous les éléments critiques qui génèrent la performance d'un système complexe. Cela concerne la maîtrise des technologies et de la chaîne d'approvisionnement.
Safran a un partenariat avec l’américain General Electric. Cela constitue-t-il une limite à votre volonté de souveraineté ?
Nous sommes très satisfaits de notre partenariat transatlantique avec GE, établi depuis plus de 50 ans. Ce partenariat équilibré à 50/50 nous a permis de devenir un leader mondial dans les moteurs d'avion civils. Notre boussole stratégique est d’être capable de concevoir et produire nous-mêmes un moteur de A à Z à l’état de l’art dans le domaine militaire, en l’occurrence pour le Rafale. Nous voulons rester ce motoriste complet que nous sommes aujourd’hui. Car la colonne vertébrale de la souveraineté dans le domaine de la technologie moteur est avant tout liée au secteur militaire.
Pour autant, ce moteur commence à devenir ancien…
Depuis qu’il est entré en service, le moteur M88 du Rafale a donné entièrement satisfaction aux forces armées en termes de performances et de disponibilité. Nous avons un taux de disponibilité de 100%. Mais il est vrai que le Rafale est entré en service au début des années 2000. Cet avion a néanmoins bénéficié d’évolutions successives [les standards F1, F2, F3 et maintenant F4, ndlr] et, jusqu'à présent, aucun de ces standards n'a fait évoluer le moteur. A l'exception du F4, pour lequel nous avons traité les obsolescences du calculateur. A noter que pour le futur standard F5, nous préparons déjà le projet T-Rex qui dotera le Rafale d’un moteur plus puissant.