OPINION. « Faisons de l’orientation choisie une priorité nationale »

Amel Hammouda
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Par Amel Hammouda, Directrice générale d'Article 1
Derrière les affectations et les listes d'attente se joue une question profondément politique : celle de notre capacité collective à garantir à chaque jeune la liberté de choisir son avenir. La prochaine élection présidentielle doit être l’occasion de changer la donne et de combattre cette injustice qui fragilise notre cohésion nationale.
L’orientation subie désigne la situation d’un élève ou d’un étudiant engagé dans une formation sans avoir pu faire un choix pleinement éclairé ou sans adhésion réelle à la filière dans laquelle il est affecté.
C’est un phénomène massif, qui touche en particulier les jeunes issus de milieux populaires. Selon une étude publiée en 2026, 28% des jeunes estiment avoir subi leur orientation ; cette proportion atteint ⅓ en voie professionnelle. Les causes sont multiples et bien identifiées : Près de la moitié des 18-24 ans estiment ne pas disposer des bonnes informations et 1 jeune sur 2 ne se sent pas suffisamment accompagné. A celà s’ajoutent les inégalités de capital social et culturel, les disparités territoriales ou encore les discriminations liées à l’origine perçue ou réelle.
L’orientation subie a trois conséquences principales.
D’abord pour les étudiants eux-mêmes, puisqu’elle accentue le décrochage scolaire, comme le montre une étude du CEREQ en 2021, freine la motivation, altère la confiance en soi et nuit aux apprentissages. Rappelons qu’en France 75 000 jeunes quittent chaque année le système scolaire sans diplôme ni qualification.
Ensuite pour l’institution scolaire : elle contribue à la dévalorisation de certaines filières, à des classes moins investies et à un système éducatif moins efficace, en raison notamment des réorientations ou redoublements qu’elle engendre.
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Enfin, elle fragilise notre cohésion nationale. Comment faire nation quand tous les jeunes n’ont pas les mêmes cartes en main pour décider de leur orientation, de leurs études supérieures et donc de leur avenir professionnel ? Quand, pour une partie d’entre eux, leur futur ne leur appartient pas et dépend de leur origine sociale, économique, culturelle ou territoriale ?
À moins d’un an de la présidentielle, l’orientation choisie devrait être la boussole des politiques publiques éducatives. C’est un sujet qui dépasse les clivages : certains y verront une question d’égalité, d’autres un enjeu de liberté, nous considérons que c’est également une condition de notre fraternité. Dans une France morose, marquée par ses divisions, l’orientation choisie peut nous rassembler largement.
Les dernières réformes, comme le Plan Avenir, et les travaux récents, tels que la mission flash menée à l’Assemblée nationale ou le rapport réalisé par le Défenseur des droits en 2025, vont dans le bon sens. Mais nous pouvons et devons aller plus loin. Il est temps de faire de l’orientation une matière scolaire à part entière, afin que les heures soient réellement sanctuarisées, afin de mettre fin aux fortes disparités entre établissements selon leur composition sociale. Il faut aussi mieux outiller les professeurs, à travers la formation, pour accompagner les élèves dans leur orientation. Quant aux effectifs de PSY-EN, qui portent une mission de conseil à l’orientation et qui reculent depuis 2016 (avec actuellement 1 professionnel pour 1000 élèves), ils doivent être renforcés afin de leur permettre de pleinement remplir leur mission.
Enfin, s’il existe par nature des disparités entre les élèves, concernant les notes par exemple, le travail des associations, en complémentarité avec l’éducation nationale, est indispensable pour réduire les inégalités systémiques. En effet, les associations contribuent à ouvrir leur champ des possibles ; leur permettent de découvrir des pistes d’études et des métiers ; les aident à se projeter dans les études supérieures et la vie étudiante, les conseillent dans la préparation de leurs candidatures et comblent le manque d’entourage de certains jeunes via des rencontres avec des pairs et des mentors. L'État doit donc maintenir et consolider son soutien financier auprès du secteur associatif.
Les prochains mois seront l’occasion de débattre des grands défis et d'impulser la dynamique des prochaines politiques publiques. Les candidates et candidats devront garder à l’esprit que la cohésion nationale ne se décrète pas. Elle se suscite en permettant à chacune et chacun d’avoir sa juste place dans la société et de pouvoir accomplir ses rêves d’émancipation. La cohésion est pleinement vivante quand notre devise républicaine l’est. C’est pour cela que nous devons redonner une totale liberté de choix - d’études - aux jeunes ; tendre vers une égalité réelle - dans l’accès à celles-ci - et ainsi renforcer la fraternité.
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(*) Amel Hammouda est Directrice Générale d'Article 1. Engagée auprès de l'association depuis 2018, d'abord comme mentor bénévole, elle en a dirigé le mentorat à partir de 2022, pilotant notamment la création de la plateforme DEMA1N.org et le passage à l'échelle du dispositif. Elle est membre du Conseil d'administration d'Article 1 depuis 2023. Diplômée de l'École Centrale de Lyon et titulaire d'un Master of Science en Transports de l'Université de Southampton, elle a mené une carrière de près de vingt ans au sein du groupe Air France-KLM, où elle a notamment occupé la fonction de Directrice de la Transformation.
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