OPINION. « Financer l’innovation en déremboursant les médicaments essent iels : une menace pour l’équité d’accès aux soins des patients et la souveraineté sanitaire »

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REUTERS - Yves Herman

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Notre politique du médicament est à la croisée des chemins. Dans les débats budgétaires, se joue en réalité une question fondamentale : celle de la souveraineté sanitaire. Depuis des années, le débat public se concentre sur une seule question : comment contenir la dépense ? C'est une question légitime. Mais le médicament n’est pas une dépense comme une autre. Il est à la fois un outil de santé publique, un facteur de cohésion sociale et une ressource stratégique pour notre pays.
Certains proposent de remettre en cause la prise en charge de certains médicaments essentiels sans toujours mesurer qu'en affaiblissant leur remboursement, c'est l'accès aux traitements de millions de patients, en particulier les plus modestes, qui se trouve fragilisé.
C'est aussi affaiblir les conditions économiques qui permettent aujourd'hui de produire une partie de ces médicaments en France et en Europe. La France dispose d'un tissu industriel pharmaceutique de premier plan : le défendre, c'est préserver des emplois, des savoir-faire et des capacités de production ancrés sur notre territoire. Mais produire en France s'inscrit également dans une logique européenne indispensable : sécuriser les chaînes d'approvisionnement, maintenir des capacités industrielles à l'échelle du continent et prévenir les pénuries pour garantir une continuité d'accès aux médicaments essentiels nécessitent des investissements durables et une vision de long terme. Refuser de regarder cette réalité en face, c'est prendre le risque d'une dépendance accrue vis-à-vis de productions situées hors d'Europe et d'une fragilisation de notre souveraineté sanitaire, française d’abord, mais également européenne.
C'est aussi à l'aune de ces enjeux sanitaires, sociaux et stratégiques que doit être pensée la politique du médicament de demain, tout en veillant à la soutenabilité du système de santé.
La tentation est grande de réduire cette complexité à une opposition lisible : d'un côté, des médicaments "matures", anciens, souvent peu coûteux mais utilisés massivement par l’ensemble des Français, qui constituent la pierre angulaire de la prise en charge des maladies chroniques, du vieillissement ou de la douleur du quotidien ; de l'autre, des innovations thérapeutiques porteuses d’espoirs considérables, mais souvent onéreuses et réservées à un nombre limité de patients.
Prendre sur les uns pour financer les autres peut sembler une solution de bon sens. Mais les médicaments matures ne doivent pas devenir le pilier du financement de l'innovation. L'innovation doit trouver son propre modèle de financement, sans fragiliser l’accès aux médicaments essentiels et matures qui constituent le socle de notre système de santé et permettent aux patients de se soigner. Telle est la véritable égalité des chances sanitaire.
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Notre système de santé fait face simultanément à trois transformations profondes.
La première est démographique : le vieillissement de la population entraîne mécaniquement une évolution des besoins de santé et de la dépense. Ce n'est pas une dérive, c'est une transition structurelle, prévisible, qui appelle une réponse à la hauteur.
La deuxième est thérapeutique : l'innovation médicale progresse à un rythme sans précédent. Des traitements qui étaient inenvisageables il y a dix ans existent aujourd'hui. Ils transforment, parfois radicalement, le pronostic de maladies graves. S’ils doivent être pris en charge, ils s'inscrivent dans un système qui n'a pas été dimensionné pour les absorber.
La troisième est stratégique : la pandémie, les tensions géopolitiques, les vulnérabilités révélées dans nos chaînes d'approvisionnement ont rappelé notre fragilité. La souveraineté sanitaire est un impératif de sécurité nationale qui nécessite de garantir notre capacité à produire, stocker et distribuer les traitements essentiels dont nous avons tous collectivement besoin
Ces trois réalités ne sont pas contradictoires. Elles ne le deviennent que lorsqu'on refuse d'en assumer les conséquences par une série de décisions qui tranchent, sans débat, des questions qui relèvent pourtant du choix de société.
La question n'est donc pas de savoir quels médicaments méritent d'être remboursés et lesquels ne le méritent plus. Cette approche, aussi séduisante soit-elle par sa simplicité, présente comme un choix technique ce qui est, en réalité, un choix de société.
Car déplacer une dépense de santé ne la fait pas disparaître : elle se reporte sur les ménages, sur les complémentaires ou sur l'État, et finit par générer un coût bien supérieur pour notre système de soins. Les vases étant communicants, une telle stratégie revient à traiter le mal par le mal.
La vraie question est celle des priorités que nous choisissons collectivement d'assumer pour garantir l'accès aux médicaments - en termes de couverture, d'accessibilité sociale et d'indépendance stratégique - et comment nous les finançons, en nous appuyant sur une régulation modernisée, capable de mieux intégrer les données issues de la pratique réelle.
Les professionnels de santé, les industriels, les patients : nous sommes prêts à ce débat. Nous le réclamons. Parce qu'un choix de société ne se délègue pas, il s'assume.
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Liste des signataires :
- Karine Pinon, Présidente de MedFrance
- Philippe Besset, Président de la FSPF
- Pierre Olivier Variot, Président de l’USPO
- Stéphane Lepeu, Président de CDMO France.
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