OPINION. « Le Soudan, une tragédie ignorée qui nous concerne tous »
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Mongi Hamdi
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Par Mongi Hamdi, Ancien ministre tunisien des Affaires étrangères et Ex-représentant spécial du secrétaire général de l’ONU au Mali
Le Soudan, une tragédie ignorée qui nous concerne tousDepuis Genève, où j’ai choisi de poursuivre mon engagement diplomatique, je ne peux rester indifférent à la tragédie qui se déroule au Soudan. Ce conflit, qui oppose les Forces armées soudanaises (FAS) aux Forces de soutien rapide (FSR), a déjà fait des milliers de morts, déplacé des millions de personnes et plongé une grande partie de la population dans la famine. Et pourtant, il demeure absent des grands titres de l’actualité internationale, éclipsé par d’autres guerres qui accaparent l’attention médiatique.
Le 11 septembre dernier, j’ai eu l’honneur de coprésider à Nairobi, aux côtés de l’ambassadrice kényane Amina Mohamed, une conférence internationale pour tenter de briser ce silence et mobiliser enfin la communauté mondiale. Cet événement, organisé avec la Fondation Kofi Annan et d’autres partenaires africains, ne sera pas une conférence de plus : elle se voulait une alerte, un appel à l’action.
Car le temps presse. Les atrocités commises au Soudan sont documentées : crimes de guerre, massacres, violences sexuelles massives, utilisation présumée d’armes chimiques. Face à cela, la communauté internationale ne peut pas continuer à détourner le regard. Plus grave encore, les tentatives de médiation se sont heurtées à l’intransigeance des acteurs armés soudanais, qui persistent à croire en une victoire militaire illusoire. Or chacun sait qu’aucune des deux parties ne peut l’emporter. Prolonger cette guerre, c’est condamner un peuple à l’agonie et toute une région à la déstabilisation.
Genève, capitale du multilatéralisme, a un rôle crucial à jouer. Les valeurs de paix et de coopération internationale qui y sont incarnées doivent se traduire en actes. La conférence de Nairobi, à laquelle participe la Fondation Kofi Annan, s’inscrit dans cet esprit. Mais l’Afrique seule ne pourra pas porter ce fardeau.
C’est pourquoi j’appelle à une mobilisation accrue des Nations unies, de l’Union africaine et de l’Union européenne, afin qu’elles coordonnent leurs pressions diplomatiques. Nous devons éviter que le Soudan ne devienne un champ de bataille par procuration, alimentant l’extrémisme et le terrorisme jusque dans la Corne de l’Afrique.
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J’en appelle également à la France. Votre pays, patrie des droits de l’homme, a toujours eu une voix forte lorsqu’il s’agissait de défendre la paix et la dignité humaine. La France, membre permanent du Conseil de sécurité, a les moyens d’influer sur le cours de ce conflit, de relayer l’urgence soudanaise auprès de ses partenaires européens et d’encourager une médiation crédible. Son rôle sera déterminant pour replacer la diplomatie au cœur du processus et soutenir la recherche d’une issue politique.
L’histoire jugera sévèrement notre indifférence si nous continuons à laisser le peuple soudanais sombrer dans l’oubli. Le Soudan n’est pas une crise lointaine : c’est une blessure ouverte dans notre conscience universelle. Si nous échouons à agir aujourd’hui, nous serons collectivement comptables de cette honte.
C’est le sens de mon engagement : rappeler que la paix au Soudan est possible, mais qu’elle exige du courage, de la constance et la solidarité de toutes les nations, à commencer par celles qui portent haut l’étendard des droits humains et de la liberté.
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