La perte du contact direct avec les audiences réduit la capacité des éditeurs à fidéliser les lecteurs et à monétiser leur activité.
rbl, fmr - Levine-Roberts/Sipa USA via Reut - Richard Levine - Richard B. Levine
Les réseaux sociaux et plateformes vidéo s’imposent désormais comme le premier canal d’information mondial, devant la télévision et les médias en ligne. Une mutation historique qui rebat profondément les cartes.
L’information mondiale vient de franchir un cap historique. Facebook, YouTube, TikTok et les autres plateformes sociales sont désormais plus utilisées pour s’informer que la télévision, la presse en ligne ou la radio. Une mutation profonde des usages qui bouleverse l’économie des médias et redessine les circuits de diffusion de l’information.
Selon le Digital News Report 2026 publié mardi par le Reuters Institute for the Study of Journalism de l’université d’Oxford, 54 % des personnes interrogées déclarent avoir utilisé les réseaux sociaux ou les plateformes vidéo pour s’informer au cours de la semaine précédant l’enquête. Une proportion qui atteint même 56 % lorsque sont inclus les agents conversationnels d’intelligence artificielle comme ChatGPT. À titre de comparaison, la télévision est citée par 52 % des répondants, les sites et applications de médias par 51 %, tandis que la radio tombe à 21 %.
« 2026 marque une étape importante : pour la première fois, les réseaux sociaux et les plateformes vidéo dépassent les autres sources d’information et deviennent le premier moyen de s’informer à l’échelle mondiale », écrit Jim Egan, auteur principal du rapport.
Réalisée auprès de près de 100.000 personnes dans 48 pays par l’institut YouGov, cette étude de référence confirme une tendance à l’œuvre depuis plusieurs années. Mais jamais encore elle n’avait atteint un tel niveau à l’échelle mondiale. « Il faut voir cela comme une évolution progressive plutôt qu’un changement brutal », souligne Jim Egan.
Une génération qui s’informe ailleurs
Le basculement est particulièrement spectaculaire chez les jeunes adultes. Plus d’un répondant sur deux âgé de 18 à 24 ans considère désormais les réseaux sociaux et plateformes vidéo comme sa principale source d’information. À l’inverse, la télévision ne conserve sa position dominante que chez les plus de 45 ans. Quant aux sites et applications des médias traditionnels, ils subissent un revers plus sévère encore : aucune tranche d’âge ne les cite comme premier canal d’information.
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Les usages varient toutefois selon les plateformes. Sur YouTube ou X, les internautes se connectent souvent avec l’intention explicite de s’informer. Sur Facebook, Instagram ou TikTok, l’actualité est davantage consommée au fil des contenus, de manière opportuniste, alors que les utilisateurs sont présents pour d’autres activités.
Pour les éditeurs, cette évolution représente un défi majeur. La perte du contact direct avec les audiences réduit leur capacité à fidéliser les lecteurs et à monétiser leur activité. « Tout cela a des conséquences évidentes sur la capacité » des médias « à toucher le public et à générer des revenus », souligne Jim Egan. La situation est d’autant plus préoccupante que seuls 17 % des sondés déclarent payer pour accéder à de l’information en ligne. Dans le même temps, une part croissante des investissements publicitaires est absorbée par les grandes plateformes technologiques, au détriment des groupes de presse et des diffuseurs historiques.
Vidéo, influenceurs et crise de confiance
Le rapport met également en lumière plusieurs tendances structurelles qui continuent de transformer l’écosystème médiatique. Les formats vidéo poursuivent leur ascension, tandis que les créateurs de contenus spécialisés dans l’actualité gagnent en influence. Des figures comme « Hugo Décrypte » en France illustrent cette montée en puissance de nouveaux intermédiaires capables de concurrencer les marques médiatiques établies auprès des jeunes publics.
Parallèlement, la confiance dans l’information poursuit son recul. Seulement 37 % des personnes interrogées déclarent faire confiance « à la plupart des informations la plupart du temps », soit le niveau le plus bas jamais enregistré par l’étude. L’intelligence artificielle générative s’installe également dans les habitudes de consommation de l’information. Désormais, 10 % des répondants utilisent chaque semaine des outils conversationnels pour s’informer, contre 7 % un an plus tôt.
Pour le Reuters Institute, cette progression pourrait accélérer encore la fragmentation de l’accès à l’information et modifier profondément le rôle des médias dans la chaîne de valeur. « La manière de répondre au développement rapide de l’IA générative constitue le plus grand défi auquel sont confrontés les dirigeants de médias et les décideurs politiques », estime Jim Egan.
Au-delà des chiffres, le rapport décrit un secteur confronté à une instabilité croissante, reflet d’un environnement géopolitique et technologique en pleine recomposition. « La lecture d’une partie du rapport 2026 est perturbante, mais c’est une période particulièrement perturbée que nous traversons, à la fois pour le secteur des médias d’information et pour le monde en général », conclut l’auteur.