Classement des masters en finance du « Financial Times » : l’ESCP reste n° 1, la France place cinq écoles dans le top 8
latribune.fr
Le Financial Times distingue les masters en finance dits “preexperience” : des programmes suivis juste après la licence, par des étudiants qui n'ont encore connu le secteur que via les stages et l'alternance.
Reuters
Pour la quatrième année consécutive, l’ESCP arrive en tête du classement 2026, devant Skema, Tsinghua, Essec et Edhec, dans un marché où la demande de formations en finance progresse de 14 % malgré un emploi des jeunes diplômés plus incertain.
L’ESCP conserve la première place du classement 2026 des Masters in Finance « pre‑experience » (avant expérience) du Financial Times. Cette performance confirme la domination française sur une discipline où la demande mondiale de formation a encore progressé de 14 % en 2025 par rapport à 2024, et ce, malgré un marché de l’emploi plus volatil pour les jeunes diplômés de la finance.
La mainmise française sur le top 8
Le palmarès 2026, qui couvre 70 masters en finance « pre‑experience » (c'est-à-dire en formation initiale) dans le monde, place l’ESCP en tête pour la quatrième année consécutive. L'école devance Skema en 2e position, Tsinghua en 3e, Essec 4e et Edhec 5e. Le top 8 est complété par le Shanghai Advanced Institute of Finance (SJTU), HEC Paris et Nova School of Business and Economics au Portugal.
Fondée à Paris et désormais installée sur plusieurs campus européens, l’ESCP s’impose grâce à de très bons scores en progression de carrière. L'établissement bénéficie aussi de la puissance du réseau alumni (diplômés) et de l'efficacité du service carrières. Le salaire moyen pondéré atteint 183 214 dollars (158 000 euros) trois ans après le diplôme, en hausse de 55 % sur la période.
Skema consolide sa deuxième place mondiale. Elle se distingue sur l’expérience internationale de ses étudiants et sur l’enseignement des thématiques environnementales, sociales et de gouvernance (ESG). L'école fait également partie des rares établissements à afficher la parité hommes-femmes dans sa cohorte de Master in Finance.
Essec et Edhec complètent le quatuor français dans le top 5, confirmant une suprématie hexagonale déjà nette dans les éditions précédentes. HEC Paris, 7e cette année, reste une valeur sûre du classement, notamment sur la mobilité internationale des diplômés et les niveaux de rémunération obtenus en Europe.
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Salaires, emploi, mobilité : les chiffres 2026
Le classement se fonde sur des données fournies par les écoles et par leurs diplômés trois ans après la sortie. Il pondère notamment le salaire moyen, la hausse de rémunération, la progression de carrière et la mobilité internationale. La qualité du service carrières, la diversité et l’importance de l’ESG dans les cours sont aussi comptabilisées.
En tête du critère de salaire pondéré (weighted salary), plusieurs établissements chinois – Tsinghua et le Shanghai Advanced Institute of Finance de la SJTU – affichent les rémunérations les plus élevées trois ans après le master. Cela tire vers le haut le rapport qualité/prix pour des candidats prêts à faire carrière en Asie.
Le marché de l’emploi reste contrasté. Près de deux tiers des écoles du classement indiquent qu’au moins 90 % de leurs diplômés trouvent un poste dans les trois mois suivant la fin du programme. À l'inverse, certaines affichent des résultats nettement plus faibles. C'est le cas de Trinity College Dublin, Trinity Business School, ou McGill University Desautels au Canada, qui dépassent à peine la moitié d’insertion rapide.
HEC Paris conserve par ailleurs la première place mondiale sur l’indicateur de mobilité internationale. Ce critère est calculé à partir de la nationalité des diplômés et des pays où ils travaillent avant le master, à la sortie du programme puis trois ans plus tard. C'est un signal clé pour les candidats visant les grandes places financières européennes ou les hubs internationaux.
Certaines écoles grimpent fortement dans la hiérarchie, à l’image de Bayes Business School à Londres qui gagne 13 rangs pour se hisser à la 16e place. Elle est portée par la plus forte hausse moyenne de salaire entre la sortie et trois ans après le diplôme, à 98 % selon les données du Financial Times.
ESG, IA, soft skills : la réponse des écoles à un marché chahuté
Le Graduate Management Admission Council mesure une hausse de 14 % des demandes de Masters in Finance en 2025 sur un an. Face à cela, les responsables de programmes expliquent adapter leurs contenus. Ils intègrent plus de compétences relationnelles (soft skills), d’intelligence artificielle et de sujets émergents comme les marchés privés, afin de coller aux attentes des recruteurs en banque, gestion d’actifs et conseil.
À l’ESCP, le président exécutif et doyen Leon Laulusa met en avant une préparation jugée solide aux métiers de la finance d’entreprise. L'accent est affirmé sur le leadership et un mélange de « compétences techniques, relationnelles, éthiques et "créatives" ». Ces dernières sont centrées sur les forces et les passions personnelles des étudiants. Le programme s'appuie sur un réseau de partenaires entreprises et de diplômés mobilisés sur les contenus et le recrutement.
Le Financial Times intègre désormais explicitement dans sa grille de notation l’engagement des écoles en matière de durabilité. Cet aspect évalue leurs objectifs de neutralité carbone pour le campus et la publication d’audits d’émissions. C'est un volet où SDA Bocconi en Italie, IE Business School en Espagne et BI Norwegian en Norvège obtiennent les meilleurs scores cette année.
Skema se distingue aussi sur l’enseignement des sujets ESG dans son Master in Finance, ce qui contribue à sa deuxième place globale. En parallèle, plusieurs écoles européennes multicampus capitalisent sur des cohortes très internationales. Elles attirent des candidats qui arbitrent désormais autant sur la dimension « impact » que sur le seul salaire de sortie.
Fractures de genre
Derrière les moyennes flatteuses, le classement 2026 souligne aussi les limites de la féminisation des masters en finance. En moyenne, seulement 34 % des étudiants des programmes classés sont des femmes, avec des promotions souvent très déséquilibrées en faveur des hommes.
Trois ans après le diplôme, les anciennes gagnent en moyenne 13 % de moins que leurs homologues masculins sur l’ensemble du classement. Cet écart n’a reculé que de quatre points depuis 2017, malgré la multiplication des discours sur la diversité et l’inclusion dans la finance.
Les chiffres varient toutefois fortement d’un pays à l’autre. Parmi les dix principaux bassins d’emploi des diplômés, seuls les établissements américains affichent des salaires féminins supérieurs à ceux des hommes. En Suisse et en France, la rémunération tend vers la parité sans l’atteindre systématiquement selon les programmes.
Ces écarts s’inscrivent dans un contexte où l’écart de rémunération global entre femmes et hommes, tous secteurs confondus, reste estimé à 18 % au niveau mondial en 2026. Cela montre que même les filières les mieux classées en finance reproduisent encore une partie des déséquilibres structurels du marché du travail.
Pour figurer dans ce classement, les écoles doivent enfin être accréditées par l’une des deux grandes agences internationales (AACSB ou Equis). Elles doivent aussi obtenir un volume suffisant de réponses d’anciens pour garantir la significativité statistique. Ce filtre laisse de côté une partie de l’offre mondiale mais renforce le poids du Financial Times comme baromètre auprès des recruteurs et des candidats.