L'ancienne « mer de déchets » des Yvelines accueillera dès 2026 la plus grande ferme aquaponique d'Europe. Un projet d'éco-territoire de 330 hectares qui conjugue dépollution massive et relance économique locale.
De verrue environnementale à vitrine de l'économie circulaire : la métamorphose de la plaine de Chanteloup incarne la capacité des territoires à transmuter leurs passifs en actifs stratégiques. Entre Chanteloup-les-Vignes, Carrières-sous-Poissy, Triel-sur-Seine et Andrésy, ces 330 hectares interdits à la culture depuis 2000 pour pollution aux métaux lourds s'apprêtent à devenir un laboratoire grandeur nature de l'agriculture urbaine innovante.
Le diagnostic était accablant : 26 000 tonnes de déchets sauvages – amiante, gravats, pneus – jonchaient cette ancienne plaine maraîchère abandonnée. Depuis 2020, l'Opération d'Intérêt National Seine Aval orchestre un chantier de reconquête écologique mobilisant 66 millions d'euros sur trente ans. Un investissement partagé entre GPS&O, le Département des Yvelines, l'EPFIF et les communes, qui illustre la nécessaire mutualisation des moyens face aux défis environnementaux.
Une ferme aquaponique au coeur du dispositif
Le projet de ferme aquaponique, piloté par Les Nouvelles Fermes, constitue la pièce maîtresse économique. Sur deux hectares de serres, cette installation – la plus vaste d'Europe dans sa catégorie – produira annuellement 250 tonnes de fruits et légumes associées à 60 tonnes de truites. Le modèle aquaponique, qui couple culture hors-sol et élevage piscicole en circuit fermé, maximise l'efficience des ressources : les déjections des poissons fertilisent naturellement les plantations, réduisant drastiquement les intrants et l'empreinte hydrique.
Pour les décideurs territoriaux, les retombées dépassent la seule dimension agricole. La distribution en circuits courts dès l'été 2026 créera des emplois non délocalisables dans la logistique, la transformation et la commercialisation. L'attractivité résidentielle devrait bénéficier de cette requalification paysagère, facteur désormais discriminant pour les cadres en quête de qualité de vie périurbaine.
Le plan d'aménagement prévoit la restauration des sols pollués, le renforcement des boisements et la création d'infrastructures dédiées aux mobilités douces et à l'éducation environnementale. Un Site Naturel de Compensation, Restauration et Renaturation (SNCRR) assurera le financement long terme, transformant l'obligation réglementaire en levier d'investissement.
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