L'étau se resserre sur James Murdoch

James Murdoch est accusé d'avoir menti dans l'affaire des écoutes téléphoniques. Sa position au sein du groupe Murdoch est affaiblie.
James Murdoch, face au comité parlementaire en juillet - Copyright Reuters
James Murdoch, face au comité parlementaire en juillet - Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)

James Murdoch sera-t-il le prochain à sauter dans l'affaire des écoutes téléphoniques de News of the World? Après avoir fermé en catastrophe le tabloïd en juillet, avoir "accepté" la démission de Rebekah Brooks, la directrice des journaux britanniques du groupe, puis avoir retiré son offre sur le groupe de télévision BSkyB -dont il possédait déjà 39%-, Rupert Murdoch sera-t-il contraint à prendre ses distances avec son fils ?

La pression monte contre celui qui était encore vu comme le favori pour succéder à son père voilà trois mois. James Murdoch est accusé directement par deux de ses anciens collaborateurs d'avoir menti. Tom Crone, l'ancien conseiller juridique de News of the World, et Colin Myler, un des anciens rédacteurs en chef, sont venus témoigner ce mardi après-midi devant la commission parlementaire qui enquête sur le scandale (voir l'audition ici, elle commence à 11'55, le passage clé est à 11'59) : ils affirment tous les deux lui avoir apporté la preuve dès avril 2008 que le scandale des écoutes téléphoniques ne se limitait pas à un seul reporter. Lors d'une courte réunion, ils étaient venus lui parler d'un email désormais surnommé « For Neville » (pour Neville), preuve formelle de l'implication de plusieurs journalistes de News of the World dans les écoutes téléphoniques. Pourtant, James Murdoch a jusqu'à très récemment maintenu qu'il n'était pas au courant de l'étendue de ces pratiques illégales. En juillet, il a répété devant le comité parlementaire ne pas connaître l'existence de ce document.

« For Neville » (excellent résumé du Guardian ici) est un compte-rendu détaillé d'écoutes téléphoniques réalisées en 2005 par un détective privé sur Gordon Taylor, le directeur de l'Association britannique des footballeurs professionnels, le « syndicat » des footballeurs. Les écoutes avaient ensuite été envoyées à Neville Thurleck, l'un des principaux responsables du journal (il a été son directeur de l'information, puis reporter en chef). Cet email était explosif : il prouvait que la pratique des écoutes illégales dépassait clairement la seule personne qui avait alors été condamnée, Clive Goodman, reporter spécialisé sur la famille royale (condamné à quatre mois de prison en 2007).

Le coup sensationnel des avocats de Gordon Taylor est d'avoir mis la main sur cet email. Armés de cette preuve irréfutable, ils l'avaient envoyé à Tom Crone, le conseiller juridique de News of the World, menaçant de poursuivre en justice le tabloïd.

Le conseiller juridique a immédiatement compris le danger. Au moins quatre autres personnes menaçaient alors de poursuivre le tabloïd, mais en l'absence de preuve, il savait que les risques étaient limités. Le email « For Neville » changeait tout et il fallait absolument empêcher Gordon Taylor de continuer le procès. Avec Colyn Myler, alors rédacteur en chef, il est alors allé voir James Murdoch, qui était depuis quelques mois le directeur de News International, la branche des journaux britanniques de News Corp. Dans une réunion d'une quinzaine de minutes, le fils de Rupert a accepté de payer Gordon Taylor environ 500.000 euros en échange de son silence.

« Etes -vous sûr d'avoir parlé de cet email à James Murdoch ? », ont insisté les députés. « Certains », a été la réponse de Tom Crone et de Colyn Myler. Ils ne se rappellent cependant plus vraiment du détail de la conversation, et ne sont même pas certains d'avoir montré le document. Mais c'est pour en parler qu'ils ont rencontré James Murdoch.

Pour ce dernier, les conséquences de ces témoignages sont nombreuses. D'abord, il est désormais presque certain d'être rappelé par le comité parlementaire une deuxième fois pour venir s'expliquer. Ensuite, du côté de BSkyB, le bouquet satellite dont News Corp. a 39%, la pression monte : plusieurs actionnaires souhaitent qu'il en quitte la présidence. Ils ont obtenu d'avoir un vote sur le sujet lors de la prochaine assemblée générale, à une date encore indéterminée. Enfin, du côté de la succession de son père, les doutes se multiplient. Rupert Murdoch a 80 ans. James, après avoir dirigé les affaires de télévision asiatique du groupe, puis BSkyB, puis News Corp pour l'Asie et l'Europe, était vu comme le futur leader naturel. Aujourd'hui, tout est remis en cause. Sa trop grande confiance en lui et son caractère tranchant lui reviennent dessus comme un boomerang. Les retombées de l'affaire des écoutes téléphoniques sont loin d'être terminées.


 

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