Seul le fédéralisme pourra définitivement sauver l'euro

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Patrick Artus
Patrick Artus
Les investisseurs et les analystes mettent beaucoup d'espoirs dans la capacité des politiques monétaires à redresser les situations économiques des pays.

Lorsque la Banque Centrale Européenne a annoncé cet été qu'elle allait acheter des dettes publiques des pays en difficulté de la zone euro, les marchés financiers se sont considérablement améliorés, les taux d'intérêt payés par ces pays ont beaucoup baissé, et les commentaires selon lesquels "la BCE avait sauvé l'euro" se sont multipliés. Il faut pourtant rester réaliste : la politique monétaire peut éviter l'effondrement de l'euro dû à l'incapacité de certains pays à financer leurs déficits public et extérieur, elle peut résoudre les crises de liquidité, mais pas les crises de solvabilité dues à la structure économique des pays.

Hétérogénéité
Le facteur central derrière la crise de la zone euro est en effet l'hétérogénéité des pays de la zone euro. En raison de leurs spécificités structurelles (de leurs avantages comparatifs : niveau de qualification de la population active, position géographique, effort d'innovation), certains sont restés des pays très industriels (Allemagne, Finlande, Autriche, Belgique), d'autres sont devenus essentiellement des économies de services (Espagne, France, Grèce, Portugal), l'Italie étant dans une situation intermédiaire.
Les pays industriels ont naturellement des excédents extérieurs (de leur balance commerciale) structurels, les pays désindustrialisés des déficits extérieurs structurels. Or cette situation est intenable à long terme : les pays désindustrialisés accumulent une dette extérieure perpétuellement croissante, et ceci finit par déclencher, ce qu'on a vu en Espagne, en Italie, en Grèce, au Portugal, une crise financière avec la perte de la solvabilité externe de ces pays. Quelles sont alors les solutions ?

Intenable
On parle souvent de réindustrialisation, mais elle sera difficile, longue, et il est même très douteux qu'elle ait jamais lieu dans des pays qui n'ont pas vocation, en raison de leurs avantages comparatifs, à être industriels. Toutes les régions des pays ne sont pas industrielles, l'industrie se regroupe dans un petit nombre de zones où elle produit plus efficacement. Il ne reste alors que deux possibilités.
La première est l'appauvrissement des pays peu industriels, ce qui est la dynamique en marche aujourd'hui. La baisse des salaires, les politiques budgétaires restrictives dans ces pays conduisent au recul de la demande intérieure, donc des importations, et c'est ce processus de contraction de l'économie qui fait disparaître les déficits extérieurs. Cette stratégie est intenable politiquement et socialement : elle conduit à la récession, à une hausse irréversible du chômage.

Crise politique et sociale
La seconde possibilité, qui est donc la seule à même de sauver l'euro, est l'introduction du fédéralisme, c'est-à-dire de transferts de revenus des pays industriels, riches et excédentaires en commerce extérieur vers les pays désindustrialisés, plus pauvres et déficitaires, comme entre les régions à l'intérieur de tous les pays. Ces transferts d'une part éviteraient la divergence des niveaux de revenus entre les pays de la zone euro, d'autre part compenseraient les déficits commerciaux des pays désindustrialisés et arrêteraient l'explosion de l'endettement extérieur de ces pays.
Les difficultés, en particulier, le rejet du fédéralisme, de "l'union de transfert" par les pays du Nord de la zone euro, sont connues. Mais on peut raisonner par l'absurde : si des mécanismes liés au fédéralisme (mise en commun d'une partie de la protection sociale, d'une partie des impôts) ne sont pas mis en place, l'euro éclatera, non pour de raisons financières, mais dans une crise politique et sociale

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