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Les festivals de l'été à l'heure des comptes

Pascale Besses-Boumard

Publié le 08 août 2012 à 07:55

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La crise va-t-elle balayer les festivals, très dépendants des subventions des collectivités territoriales mais aussi des mécènes privés ? Si la plupart des présidents de ces manifestations reconnaissent quelques difficultés à boucler leur budget et constatent une baisse de fréquentation, ils ne se montrent pas vraiment inquiets.

La période estivale arrive à grands pas. Et avec elle son florilège de festivals de théâtre et de musiques en tous genres, essentiellement classique, permettant aux aficionados de s'adonner à leur passion tout en découvrant des sites régionaux pittoresques et des étapes gourmandes. Le genre fait aujourd'hui beaucoup d'émules. Toutes les grandes régions de France ont leur festival. Pour le plus grand bonheur des organisateurs de ces parenthèses culturelles mais aussi des acteurs et des musiciens qui transmettent ainsi leur art de façon plus conviviale et moins conventionnelle. L'heure est pourtant aux comptes. et certains présidents de festival n'hésitent pas à lancer des cris d'alarme. il faut dire que cette industrie est très largement subventionnée par les pouvoirs publics et parapublics, via les conseils régionaux, les villes, les régions, les mairies ou le ministère de la Culture. Et la période est plus que jamais aux restrictions budgétaires. D'où l'inquiétude grandissante des promoteurs de ces rendez-vous.

Diversifier les sources de financement

Tous ne sont toutefois pas aux abois. Alexandra Letuppe-Pantic, présidente du festival des Forêts à Compiègne, se félicite, par exemple, du nombre important de ses partenaires, cette pluralité lui permettant de retomber sur ses pieds même en cas de défection de l'un d'entre eux. « D'une manière générale, nous arrivons encore à attirer les financements nécessaires aux concerts programmés. Les subventions publiques ont certes diminué d'environ 9 % par rapport à 2010. En contrepartie, la part des mécènes privés a augmenté. Notre budget global est de 458 000 euros. Et le financement est un travail de long court qui nous prend une année en général. Nos différents partenaires reconnaissent volontiers la qualité et l'ancrage territorial de nos concerts. Ils sont donc relativement fidèles. » Le président du festival d'Aix-en-Provence, Bruno Roger, est de son côté assez pragmatique : « Un festival doit obligatoirement être équilibré pour pouvoir vivre et survivre. C'est le cas de notre festival au budget de 20 millions d'euros. Sur ce total, 30 % sont issus des collectivités territoriales, 40 % des recettes de billetterie, 15 % du mécénat privé et 15 % des tournées organisées après le festival. Aujourd'hui, ce modèle est efficient. J'ai toutefois une crainte sur l'évolution de la fiscalité du mécénat, actuellement en discussion. Une réduction des avantages accordés aux entreprises mécènes serait en effet une très mauvaise nouvelle pour nous », précise ce spécialiste de la finance.
Mais il n'y a pas que les apports des pouvoirs publics qui inquiètent ces amoureux des arts. il y a aussi l'assiduité du public. « Cette année, il semble que l'affluence du public sera stable par rapport à l'année dernière. Or, de manière générale, on constatait une hausse de 3 à 4 % l'an. La crise est bel et bien là et les mélomanes font plus attention à leurs dépenses », convient Jean-Pierre Onoratini, président du festival de la roque d'Anthéron. Le budget de ce célèbre festival de piano est de 3,7 millions d'euros. Sur ce total, la billetterie représente 70 %, les subventions publiques n'excédant pas 24 %. Une chance, puisque manifestement, les contraintes budgétaires régionales ont imposé une légère diète. Pour autant, le patron du festival ne tient pas trop à développer le mécénat privé. Celui-ci préfère garder une certaine indépendance. « Cette année, nous avons également constaté une baisse de fréquentation. Les recettes de billetterie ont ainsi diminué de 4 % par rapport à l'an passé. Évolution sans doute issue de la programmation, un peu plus difficile que les années précédentes, mais aussi des budgets du public, moins enclins à multiplier les concerts », assure Michel Puygrenier, patron du festival de la Grange-de-Meslay à tours. Son budget global de 550 000 euros provient à 35 % de la billetterie, 45 % des collectivités territoriales, dont la mairie de tours pour 20 % et 20 % de mécènes particuliers. Michel Puygrenier reconnaît la difficulté grandissante à convaincre les entreprises de participer à ce genre d'initiative. Il faut dire que la musique classique attire moins que le football ou la voile. il n'empêche, les collectivités tourangelles se montrent fidèles au rendez-vous et ne semblent pas décidées à revoir à la baisse leur participation. Et pour cause, ce type de manifestation n'est pas uniquement l'occasion de faire aimer la musique au plus grand nombre grâce à une politique de tarifs très attractifs. C'est aussi le moyen d'attirer une clientèle qui, lors d'un week-end, visitera d'autres lieux, s'arrêtera dans des restaurants, des hôtels ou des boutiques. « Dans deux ans, nous fêterons les 50 ans du festival de la Grange-de-Meslay, créé en 1964 par le maître Sviatoslav Richter. Nous prévoyons déjà de mettre les bouchées doubles à cette occasion. Je suis assez confiant sur la disponibilité de nos partenaires habituels », convient Michel Puygrenier.
« Il est vrai qu'un bon festival se prépare trois ou quatre ans à l'avance et que l'un des maîtres mots de ce type de manifestation est : le temps. Nous organisons ainsi d'ores et déjà les versions 2015 et 2016. Pour se faire, il est donc essentiel de pouvoir compter sur un budget stable et équilibré. Et nous avons cette chance. Sachant que notre ambition est d'ouvrir au maximum nos programmes à un large public. Et ce, en multipliant les opérations gratuites, comme nous venons de le faire en préambule du festival de cet été qui vient de débuter. Cette ouverture permet de rajeunir la moyenne d'âge du public, et par là même d'assurer un maintien voir une croissance de l'affluence », explique Bruno Roger.

Des bénévoles toujours aussi motivés

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Les dirigeants des festivals ne manquent certes pas d'idées pour renouveler ou attirer un public plus nombreux. Comme celle de la présidente du festival des Forêts qui propose des formules à la carte et thématiques. Ces formules regroupent des concerts de courte durée (pas plus d'une heure) répartis sur une soirée, une journée ou un week-end, les visiteurs pouvant choisir plusieurs concerts à la suite et ce, entrecoupés d'un pique-nique afin de découvrir la musique à leur rythme et venir éventuellement en famille grâce à une tarification peu onéreuse.
Les festivals sont-ils donc en train de vivre des heures noires ? Pas tant que cela, si l'on en juge par les commentaires plutôt rassurants de leurs représentants. Parmi les points forts, l'envie toujours renouvelée des collectivités territoriales de jouer la carte culture à destination du plus grand nombre. La mobilisation fidèle d'un grand nombre de bénévoles toujours prêts à donner de leur temps pour organiser ces moments forts de l'été. Parmi les principales craintes, celle de voir la fiscalité sur le mécénat évoluer défavorablement pour les entreprises. Et surtout, une crispation des pourvoyeurs privés dans un contexte conjoncturel toujours plus difficile. Les grands rendez-vous théâtraux, lyriques et musicaux de l'été ne sont donc pas en péril. Leur organisation demande toutefois de plus en plus d'efforts et de persévérance de la part de leurs fondateurs. Mais ceux-ci clament à l'unisson qu'ils sont plus que jamais prêts à faire vivre, par tous les moyens, leur passion. Place à la magie des spectacles.

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Pascale Besses-Boumard

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