L'« alya », un signal faible ?

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(Crédits : reuters.com)
En 2014, plus de 7 000 Juifs auraient fait leur « alya » : ils auraient émigré en Israël. Ce chiffre est spectaculaire. Il était de 2 000 à 3 000 depuis de nombreuses années. L'explication couramment admise est la montée de l'antisémitisme. Entre 2013 et 2014, les actes antisémites ont doublé, passant, selon les données du ministère de l'Intérieur, de 423 actes à 851, soit 51 % des actes racistes commis en France, alors que les Juifs ne représentent que 1 % de la population.

Le gouvernement a pris, depuis le carnage du 9 janvier, des dispositions particulières de protection.

En 2002, à la veille du second tour de la présidentielle opposant Chirac et Le Pen, Soheib Bencheikh, alors grand mufti de Marseille, devant 10 000 personnes rassemblées face au Panthéon avait dit : « les Juifs sont un baromètre des nations, s'ils vont mal, la nation va mal ».

La notion de baromètre est pertinente

Les Juifs ont fui l'antisémitisme d'État : la Russie des pogroms puis l'Union Soviétique antisémite (quand cela leur fut possible), l'Allemagne nazie. Les Juifs ont aussi migré comme d'autres vers des régions ou des pays porteurs d'espoir économique et d'amélioration de qualité de vie. Les États-Unis ont attiré les Irlandais de la famine des pommes de terre (1846-1851), des Italiens, des Russes, des Juifs, des Mexicains, aujourd'hui des Chinois, des Coréens... Et New York ou Los Angeles attirent plus d'immigrants que Detroit. En France, la population lorraine et picarde diminue, celle du Languedoc augmente. De fait, la communauté juive de Lorraine voit sa population baisser.

L'émigration n'est jamais un bon signal pour un pays. La France, si rigoureuse en matière de démographie, ne l'est pas lorsqu'il s'agit d'émigration, laissant les rumeurs se développer. À sa décharge, les informations ne sont pas toujours précises et les personnes concernées parfois en « échange », en « essai »... Si les exilés fiscaux ne sont pas nombreux (mais leurs actifs sont importants), la croissance des Français établis à l'étranger (de 1,5 à 2 millions de personnes) est de 3 à 4 % par an pour une population en croissance nationale de 0,5 % (2007 à 2012).

Beaucoup de jeunes diplômés tentent leur chance. Londres, la Silicon Valley, l'Australie, comme Israël - la « start-up nation » (1,5 milliard d'euros introduits en Bourse ou vendus en 2014 - attirent. Le baromètre « juif » indique la montée de l'antisémitisme mais aussi le manque de perspective. De ces deux indicateurs, La France aucun des deux. Le baromètre « juif » est un signal faible pour le pays dans son ensemble.

Je repars en plongée.

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L'ouvrage le plus récent de Philippe Cahen :
Les Secrets de la prospective par les signaux faibles, Éditions Kawa, 2013.

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Commentaires
a écrit le 13/02/2015 à 23:12 :
Pour votre gouverne les juifs de FRance étaient désignés par le mot Israëlites ça vous rappelle quelque chose? Et les Israëlites vont où ils veulent !!
a écrit le 13/02/2015 à 17:16 :
Chaque juif doit rester dans son pays natale, parce que Israël est le pays du sionisme et non des juifs, il ne faut pas se tromper, c'est la politique du satanisme du nouvel ordre mondial inhumain, qui n'aime que les traîtres, usurpateurs et comploteurs.
Réponse de le 13/02/2015 à 23:38 :
Liliane voilà pourquoi nous en sommes là à cause de parfaits incultes comme mogtahid
a écrit le 12/02/2015 à 17:44 :
ceux qui sont partie a temps ont beneficié d'un euros fort..bientot la parité euro dollars va encore rogner sur le pecule des porteurs de projet.
ceux qui sont partie ont eut le nez creux.
quand a ceux qui compte sur l'etat providence ..ils resteront en france.
a écrit le 12/02/2015 à 17:18 :
Il s'agit-là de réalités douloureuses évidemment. Mais il conviendrait, comme s'y essaie l'auteur, de les mettre en perspective dans le cadre du mouvement global d'émigration de la France et des difficultés diverses qui pourraient l'expliquer. On pourrait avoir bien des surprises. Par exemple que les-jeunes-issus-de-l'immigration qu'on rend volontiers responsables de la "vague" des alya, émigrent eux-mêmes, dans des conditions plus difficiles vers des cieux certes plus cléments que la France, mais moins cléments qu'Israel pour les Juifs de la diaspora.
Ces réalités sont suffisamment pénibles pour que les politiques ne les rendent pas plus pénibles encore en les instrumentalisant.
a écrit le 12/02/2015 à 11:26 :
un pays endetté a 100% de son pib et qui commence a se retourner sur les economies et l'epargne de sa population pour eponger sa dette. taux d'epargne ( 1% sur le livret A ) peut etre va il baisser encore.
en effet c'est le bon moment ,si l'ont a quelques economie de tenter sa chance et d'aller se realiser ailleurs .
a écrit le 12/02/2015 à 11:17 :
"De ces deux indicateurs, La France aucun des deux. Le baromètre « juif » est un signal faible pour le pays dans son ensemble." J'aimerais savoir ce que cet amalgame de mots signifie en français courant, svp...
Réponse de le 13/02/2015 à 14:20 :
Merci !
De ces deux indicateurs, La France n'en utilise aucun des deux.

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