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"Francfort pourrait dépasser Londres"

Romaric Godin

Publié le 25 avril 2012 à 13:28 - Mis à jour le 25 avril 2012 à 13:35

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L'importance de Francfort n'a été ébranlée ni par la crise, ni par l'échec de la fusion entre Deutsche Börse et Nyse Euronext. Elle pourrait, dans quelques années, ravir à Londres la première place européenne.

Le nom de Francfort est indissociablement lié au monde de la banque et de la finance. Ville libre de commerçants et de banquiers jusqu'en 1866, elle a donné naissance à des dynasties bancaires dont certaines, comme les Rothschild, ont rayonné dans toute l'Europe. C'est naturellement vers elle que se sont repliées les institutions financières allemandes après la guerre. La présence des sièges des deux principales banques privées allemandes (Deutsche Bank et Commerzbank), de ceux des grandes « banques centrales » des secteurs mutualiste et des caisses d'épargne, ainsi que de nombreuses banques étrangères et de plus petits établissements comme la banque Metzler, font encore de Francfort une ville de banquiers. Cette vigueur a été à peine ébranlée par la crise de 2008. « La place financière de Francfort se porte très bien », résume Lutz Raettig, porte-parole de l'association de la place, Frankfurt Main Finance, et président du directoire de Morgan Stanley Allemagne. Il rappelle que le secteur financier local n'a pas détruit d'emplois au cours de ces quatre dernières années. L'explication de cette bonne santé, il la voit dans « le lien très étroit entre l'industrie financière et l'économie réelle ».
Ce lien est traditionnel en Allemagne où les entreprises préfèrent souvent le crédit et l'épargne aux aventures boursières, et où les secteurs mutualistes et des caisses d'épargne sont très liés au Mittelstand, le puissant réseau de PME industrielles.
Ceci est encore plus vrai à Francfort, où règne un esprit de prudence et d'indépendance. Le cas de Helaba, la Landesbank de Hesse et de Thuringe, qui y est basée, est très significatif. Elle a mieux traversé la crise que la plupart des banques régionales, car elle s'était bien gardée de se lancer dans des investissements douteux à l'international. Elle a, du reste, refusé en 2010 de fusionner avec WestLB de peur de perdre sa solidité. Il est vrai aussi que le poids des Länder dans son capital est moins fort que dans les autres Landesbanken.

Un des principaux marchés boursiers d'Europe

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Mais le nerf de la place financière de Francfort, c'est sa Bourse. Certes, Deutsche Börse a quitté Francfort voici deux ans pour installer son siège, pour des raisons essentiellement fiscales, dans un bâtiment cubique d'Eschborn, en proche banlieue. Mais si les banques étrangères s'installent dans la région, c'est bien parce qu'elles sont à proximité d'un des principaux marchés boursiers d'Europe. Au début des années 2000, Deutsche Börse, qui n'avait pu fusionner ni avec Londres, ni avec Euronext, était apparue comme le perdant de la consolidation des opérateurs boursiers européens. Mais le Suisse Reto Francioni, arrivé à la tête du groupe en 2005, a démenti ces pronostics. Le groupe s'est renforcé dans les dérivés après le rachat de l'Américain ISE en 2007 et a résisté à la concurrence des plates-formes alternatives. Avec, évidemment, un coût pour Francfort : le déménagement, mais aussi la délocalisation d'une partie des emplois à Prague et la fermeture du « parquet » l'an dernier.
Mais aujourd'hui, la capitalisation du groupe frôle les 10 milliards d'euros quand celle de Nyse Euronext dépasse juste les 5 milliards d'euros. C'est pourquoi dans le scénario de fusion, Francfort devait, en réalité, avaler le groupe américano-européen.
L'échec de cette fusion, stoppée par la Commission européenne, est-elle perçue comme un échec de la place de Francfort ? En partie, seulement. Lutz Raettig affirme le « regretter », mais il ne s'en inquiète pas. Pour lui, le processus de régulation des dérivés, qui est une conséquence de la crise, devrait favoriser l'opérateur allemand, en pointe sur le sujet. Et à Francfort, beaucoup s'inquiétaient en réalité du coût social de la fusion. Les représentants du personnel s'étaient ainsi farouchement opposés à l'opération. Au final, Lutz Raettig avoue qu'il verrait bien Francfort dépasser Londres dans quelques années pour devenir la première place financière européenne.

Romaric Godin

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