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Philippe Oddo : "La Bourse va se réveiller en 2013"

Propos recueillis par Philippe Mabille

Publié le 18 janvier 2013 à 18:56

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Associé Gérant du groupe financier Oddo&Cie, Philippe Oddo fait le point sur les grands changements de 2013 pour les marchés. Selon lui, les investisseurs vont continuer de se reporter vers les actions dans un environnement de taux bas. Il suit de près l'évolution de l'OPA du marché américain ICE sur Nyse-Euronext. Plutôt qu'une réintroduction en Bourse d'Euronext, il plaide pour revenir à un système où les utilisateurs, c'est-à-dire les brokers, sont actionnaires de la Bourse. Comme au bon vieux temps...

La Tribune : Vos économistes sont particulièrement sombres sur l?économie française en 2013 puisqu?ils prévoient une récession de -0,9%. N?est-ce pas exagérément pessimiste ?

Philippe Oddo : Oui, la conjoncture française nous inquiète cette année et il y a de bonnes raisons à cela. L?Europe va un peu mieux, notamment l?Allemagne, mais tourne au ralenti. Cela ne nous empêche pas de prévoir une hausse des marchés boursiers parce que nous croyons que les marchés vont anticiper la reprise pour 2014. Nous constatons que les investisseurs du monde entier sont encore sous-exposés au risque « actions », et c?est particulièrement le cas sur les actions européennes. Depuis l?intervention de la BCE du mois d?août, le climat a changé, l?euro s?est rétabli et sa crédibilité s?est renforcée. De nombreux clients, notamment américains, investissent de nouveau en Europe. Les souscriptions nettes d?actions sont redevenues positives. On le voit dans les flux enregistrés par les intermédiaires que sont les brokers. Il faut dire que le taux sans risque ne rapporte plus rien. Nous sommes aussi positifs sur les banques qui se sont rétablies en 2012 et sont encore sous-valorisées alors qu?elles ont fait des efforts considérables pour réduire leurs risques.

Pourquoi la France vous inquiète-t-elle ?

Parce qu?elle ne va pas assez vite et assez loin dans les réformes indispensables. Rien n?est fait pour inspirer confiance et redonner de la visibilité aux chefs d?entreprise. L?ajustement budgétaire, qui est important, repose sur la hausse des impôts et pas sur la baisse des dépenses publiques. Pour les particuliers, le choc fiscal est à venir avec les impôts à payer en 2013. De plus la hausse du chômage va pousser les ménages à épargner davantage. Tout cela n?est pas positif pour la conjoncture. Il y a pourtant en France de très belles entreprises qui ne demandent qu?à investir. Nous venons d?organiser notre Forum Midcap à Lyon auquel ont participé 170 entreprises, dont 40 étrangères, et un nombre record de plus de 270 investisseurs. A part dans le bâtiment et les transports, nous constatons que les entreprises de taille intermédiaires (ETI), se portent bien. Leur situation financière est saine et nous anticipons des chiffres d?affaires et des résultats en hausse de 8 à 9%.

On dit que les entreprises ont plus de mal à se financer, notamment auprès des banques?

Il est vrai que l?environnement réglementaire, avec la mise en ?uvre accélérée des règles de Bâle III, transforme le financement de l?économie. Nous nous sommes organisés pour y répondre et pour aider les entreprises à se refinancer. Nous les accompagnons en matière de conseil en notation, émissions obligataires privées (Etats-Unis et Europe) ou publiques, pour des tailles à partir de 50 millions d?euros. La dynamique actuelle du marché obligataire leur offre une belle opportunité pour se refinancer à long terme (7 à 10 ans) à des taux très compétitifs. Nous changeons de modèle pour aller vers une économie désintermédiée, ce qui est positif pour des acteurs tels que nous.

Vous attendez-vous à une reprise des introductions en Bourse ?

Le marché boursier a été ces dernières années quasiment fermé. Nous anticipons qu?il va se réveiller en 2013. Il va y avoir une fenêtre de tir à partir du second semestre pour de belles introductions en bourse ou des augmentations de capital. Nous l?anticipons en discutant avec les fonds de private equity qui se préparent à des sorties en bourse de certaines de leurs participations.

Comment réagissez-vous à l?OPA lancé par la bourse américaine ICE sur Nyse-Euronext ?

Je suis membre du conseil de surveillance d?Euronext donc je me dois à une certaine réserve. C?est un sujet de préoccupation pour toute la place. J?ai été dans le passé un fervent partisan du rapprochement des Bourses. J?ai regretté l?échec de l?alliance franco-allemande. Le rapprochement d?Euronext avec le New York Stock Exchange n?a pas rendu ce que j?en espérais. L?opération publique d?achat lancée par ICE, une bourse jeune et dynamique, constitue selon moi une bonne opportunité de tout remettre à plat, de rebattre les cartes, y compris pour la stratégie d?Euronext. Il y a plusieurs enjeux d?intégration verticale : la négociation, la compensation et le système de règlement-livraison, le tout sous le regard des autorités de marché et des banques centrales, soucieuses de mieux surveiller ce qui se passe sur le marché de l?euro. A titre personnel, je ne crois pas beaucoup à une introduction en bourse d?Euronext à l?issue de ce processus. Ce qu?il faut, c?est plutôt un vrai projet industriel pour Euronext.

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Qui pourrait porter capitalistiquement ce projet ?

On a entre 6 et 12 mois devant nous pour y réfléchir. Revenir à un système où les utilisateurs, les brokers, sont actionnaires de la bourse a du sens. Plus fondamentalement, il faut se demander si nous ne sommes pas allés trop loin dans la mise en concurrence des marchés boursiers. La multiplication des plate-formes d?échanges boursiers n?a rien apporté aux investisseurs. La fragmentation des marchés les rend de moins en moins transparents. La réglementation est de plus en plus complexe.

Oddo serait prêt à devenir actionnaire d?Euronext ?

Nous l?avons été dans notre passé d?agent de change?

Le gouverneur de la Banque de France a fait une sortie remarquée à la City de Londres pour réclamer le retour en zone euro des transactions sur l?euro. Il a raison ?

Je comprends que les banques centrales souhaitent avoir la possibilité de suivre ce qu?il se passe sur leur devise et contrôler le marché de leur monnaie. Surtout après ce qu?il s?est récemment passé sur les marchés du Libor et de l?Euribor. Faire revenir à Paris et à Francfort le marché de l?euro, cash et dérivés, sur les actions et obligations, me semble donc une ambition légitime. Mais la City ne se laissera pas faire. Si c?est un vrai objectif, il faut se donner les moyens d?être aussi attractifs que Londres avec une fiscalité qui incite les acteurs à retraverser la Manche.

On connaitra en février les résultats de la mission sur la fiscalité de l?épargne. Avez-vous été reçu ?

Non, mais si c?était le cas, je dirais qu?il faut prendre des mesures urgentes pour encourager l?épargne longue en actions. Le nombre des actionnaires individuels vient de tomber à un plus bas. Si nous voulons aider les entreprises à lever de l?argent et consolider un actionnariat français de nos champions industriels, nous devons redonner un attrait fiscal à l?investissement boursier. Il faut aussi mieux encourager l?actionnariat salarié.

Le Plan d?épargne en actions est un bon instrument ?

Oui, mais ce qu?il faudrait, c?est un PEA Plus, pour les PME et les ETI, ouvert aux actions et aux obligations, cotées ou non cotées. Et faire de même pour l?assurance-vie. Le taux d?imposition des plus-values est devenu confiscatoire avec la dernière loi de finances. Cela va faire fuir les investisseurs et les entrepreneurs. Une des réponses serait de lier le niveau de taxation à un engagement de détention des titres sur une durée plus longue.

Interview publiée dans La Tribune hebdomadaire numéro 32 du vendredi 18 janvier 2013

Propos recueillis par Philippe Mabille

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