Bourses : 2016, une année à nouveau placée sous le signe de la volatilité

Par Christine Lejoux  |   |  921  mots
Les places de Shanghai et de Shenzen ont décroché de plus de 7% lundi 4 janvier 2016, conduisant les autorités chinoises à écourter la séance, afin d’éviter un krach similaire à celui de l’été dernier. (Crédits : © Aly Song / Reuters)
La dégringolade des Bourses chinoises, lundi 4 janvier, a fait tanguer les principales places boursières mondiales. Comme en 2015, les marchés actions devraient être très volatils cette année, entre les inquiétudes sur la vigueur de l’économie chinoise et les interrogations sur les politiques monétaires des banques centrales.

La trêve des confiseurs est terminée. Si les investisseurs espéraient quelques heures de répit pour leur retour aux affaires, ce lundi 4 janvier, ils en auront été pour leurs frais. La chute des Bourses chinoises les a brutalement sortis de la torpeur inhérente aux fêtes de fin d'année, tout comme elle avait brisé net leur léthargie estivale au cours de la deuxième quinzaine du mois d'août. Pour cette première journée de l'année 2016 sur les marchés actions, les places de Shanghai et de Shenzen ont décroché de plus de 7%, conduisant les autorités chinoises à écourter la séance, afin d'éviter un krach similaire à celui de l'été dernier.

C'est la contraction de l'activité manufacturière en Chine en décembre, pour le cinquième mois d'affilée, qui a mis le feu aux poudres, avivant les craintes d'un ralentissement de la deuxième économie mondiale. Aucune des principales places boursières n'a résisté à cette onde de choc, le CAC 40 - l'indice phare de la Bourse de Paris - abandonnant 2,47% à la clôture, à 4.522,45 points, dans le sillage du DAX francfortois (-4,43%, à 10.266,96 points), du FTSE londonien (-2,59%, à 6.080, 49 points), ou encore du Nikkei japonais (-3,06%, à 18.450,98 points). Wall Street leur a emboîté le pas, le Dow Jones, le Nasdaq et le S&P 500 perdant chacun plus de 2% à l'ouverture.

Interrogations sur le resserrement de la politique monétaire américaine

« Comme en 2015, les investisseurs devront faire preuve de sang-froid dans les semaines à venir, pour résister aux excès de volatilité des marchés, d'autant que le risque géopolitique pourrait lui aussi faire son grand retour, comme en témoignent les tensions diplomatiques préoccupantes entre l'Iran et l'Arabie Saoudite », prévient Nicolas Chéron, stratégiste chez CMC Markets, dans une note publiée le 4 janvier. S'il est un mot qui a caractérisé l'évolution des marchés actions l'an dernier, c'est bien en effet celui de « volatilité. » En Bourse, l'année 2015 avait démarré sur les chapeaux de roue, les investisseurs s'enthousiasmant pour le « quantitative easing » (QE) annoncé par la Banque centrale européenne (BCE), et destiné à relancer l'économie du Vieux Continent à coups d'achats massifs de dettes d'Etat.

Las ! Dès l'été, le dossier grec et, surtout, l'essoufflement de l'économie chinoise ont eu raison de la belle humeur des investisseurs. En l'espace de 15 jours, le VIX, le fameux indice de volatilité à Wall Street, surnommé le « baromètre de la peur », avait plus que quadruplé, pour dépasser le seuil de 50% à la fin août, une première depuis la crise des dettes souveraines dans la zone euro, en 2011. La fin de l'année a été plus calme, sans pour autant être le moins du monde sereine, les investisseurs jugeant insuffisante la prolongation d'au moins six mois du QE de la BCE et s'interrogeant sur le rythme du resserrement de la politique monétaire américaine, après que la Réserve fédérale (Fed) a relevé ses taux le 16 décembre, pour la première fois en près de dix ans. Ce qui fait dire à Nicolas Chéron, chez CMC Markets, que « les stratégies monétaires des banques centrales devraient continuer de monopoliser l'attention des marchés, en 2016. » « Les deux risques les plus importants restent un resserrement monétaire potentiellement plus rapide que prévu aux Etats-Unis et un atterrissage brutal (de l'économie) en Chine », reconnaissent les stratégistes de Degroof Petercam, dans une note diffusée le 18 décembre.

Les actions européennes en vedette

« Des conditions monétaires moins accommodantes contribueront à une croissance américaine dénuée de « momentum », que nous prévoyons à 2,3% en 2016, peu différente de notre estimation de 2,5% pour 2015 », nuance Christophe Donay, responsable de l'allocation d'actifs et de la recherche macro-économique chez Pictet Wealth Management. Pour qui « les actions européennes devraient surperformer les actions américaines, la reprise économique en zone euro étant moins avancée et la politique monétaire plus accommodante. » Une opinion partagée par les stratégistes interrogés par l'agence Bloomberg, qui tablent en moyenne sur une hausse de 13% de l'indice Stoxx Europe 600 en 2016, soit une progression près de deux fois supérieure à celle attendue pour le S&P 500 américain. En 2015 déjà, les actions européennes ont battu leurs homologues américaines à plate couture, avec un gain de près de 7% pour les premières contre un recul de près de 1% pour les secondes, leur première baisse depuis 2011. Quant à l'indice MSCI Emerging Markets, il a dévissé de près de 16% l'an dernier, emporté par les inquiétudes relatives à la vigueur de l'économie chinoise.

Dans ce contexte, ce sont donc bien les actions du Vieux Continent qui semblent bénéficier du meilleur « alignement des planètes. » A savoir un euro faible par rapport à la plupart des devises étrangères, des matières premières bon marché, des taux d'intérêt toujours très bas, et une amorce de reprise économique en Europe. Toutes choses susceptibles d'avoir un impact favorable sur les résultats des entreprises européennes. Et, partant, sur leurs cours de Bourse, d'autant plus que leurs valorisations présentent une décote de l'ordre de 9% par rapport à celles des firmes de Wall Street, selon Bloomberg. Sans oublier la perspective de nouvelles OPA (offres publiques d'achat) de la part de groupes américains sur des entreprises européennes, propres à faire grimper les cours de Bourse.