"Les classements sont trop généralistes et s'intéressent peu à la personnalité de chaque structure"

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Entretien avec Jean-Pierre Lahille, directeur du Groupe ESC Pau

Quels sont les enjeux des classements pour les écoles de commerce ?
L'enjeu majeur porte sur le recrutement des candidats. Une part significative de nos étudiants est issue des classes préparatoires dans lesquelles les professeurs jouent un rôle de prescripteurs et poussent leurs élèves à intégrer les marques les plus prestigieuses. Ce système est dangereux et s'autoalimente. On s'aperçoit rapidement que les palmarès ont un double rebondissement : sur la capacité des écoles de commerce à recruter des jeunes originaires des prépas les mieux notées dans un premier temps, et sur les classements des lycées qui hébergent les meilleures prépas dans un deuxième temps. Celles-ci étant toujours situées dans les grandes villes.
La perversité des classements génère des situations dramatiques. Aujourd'hui, de nombreux candidats préfèrent redoubler leur dernière année de prépa plutôt que d'intégrer une école de province de taille moyenne. Le concours 2011 a été un véritable tsunami pour les établissements car beaucoup d'entre eux n'ont pas réussi à remplir les places offertes. Pourtant, les business schools étaient en mesure d'accueillir tous les étudiants reçus. Les chiffres sont là pour le prouver : 8 400 candidats étaient admis en liste principale ou complémentaire pour près de 8 300 places... et sur ces 8 400 candidats, seuls 7 400 ont intégré un établissement. Cette désaffection entraîne des conséquences graves pour le budget de ces écoles. Certaines connaissent déjà des difficultés financières et ne pourraient pas survivre sans le soutien des chambres de commerce et de l'industrie.

Les classements répondent-ils aux attentes des étudiants ?
Malheureusement, les élèves de prépa n'ont aucune idée de la réalité pédagogique de chaque école. Pendant deux ans, ils sont préparés à un concours pour intégrer une grande école parisienne. Tout ce formatage nie leurs attentes en termes de parcours professionnel ou de spécialisation. Et les classements ne leur sont que d'une aide marginale. Car ils sont trop généralistes et s'intéressent peu à la qualité de l'enseignement ou à la personnalité de chaque structure. Le critère prédominant est toujours la taille de l'école qui a une résonance sur son budget...
Or, le choix d'une école est décisif. Au-delà de la durée de la formation en elle-même, l'enseignement proposé va avoir des impacts sur l'avenir professionnel des étudiants. C'est la raison pour laquelle les particularités de chaque école doivent être prises en compte en amont. La force de l'ESC Pau est l'apprentissage, un mode de formation assez peu répandu dans les écoles de commerce. Aujourd'hui, l'apprentissage concerne la moitié de nos étudiants et constitue notre ADN. Il permet à des étudiants moins favorisés de poursuivre des études supérieures et d'avoir un emploi dès l'obtention de leur diplôme. Il nous offre également la possibilité de tisser des liens très étroits avec des entreprises dans tous les secteurs d'activité, de toutes les tailles (la plupart de celles du CAC 40), de toutes les régions...

Les accréditations constituent-elles un moyen plus fiable d'évaluer une école ?
Les accréditations internationales sont des garanties de qualité. Elles sont attribuées sur la base de méthodes d'évaluation très pointues et effectuées par un organisme indépendant. Pendant trois jours, l'école auditée est examinée « sous toutes les coutures » et les étudiants sont interrogés. Chaque donnée est vérifiée, il est donc impossible de travestir la réalité ou d'essayer de dissimuler des informations. Aujourd'hui, vingt-cinq business schools bénéficient d'au moins une accréditation internationale en France. Ces vingt-cinq écoles sont objectivement les meilleures selon des critères bien précis.
Quelle est votre expérience personnelle des classements ?
Le Groupe ESC Pau a connu quelques déconvenues avec un palmarès effectué par un journal de référence. La méthodologie déployée surpondérait la taille, et par conséquent le budget, par rapport aux autres critères de l'école. L'ESC Pau étant une business school de taille moyenne, cette méthodologie, sans s'intéresser à la qualité intrinsèque de notre établissement, nous condamnait aux dernières places. En 2008, nous avons donc décidé de boycotter ce classement, pensant être suivi par d'autres écoles supérieures de commerce de province. Malheureusement, cela n'a pas été le cas.
Aujourd'hui, même si la méthodologie a finalement peu évolué, nous avons décidé de nous y soumettre à nouveau. Car si le système est imparfait, voire dangereux, nous nous sommes aperçus, qu'en termes d'image et de visibilité, il est toujours préférable pour une école de figurer dans un classement, même dans le dernier tiers, que de ne pas être présent du tout...

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a écrit le 03/02/2012 à 22:01 :
"Car si le système est imparfait, voire dangereux, nous nous sommes aperçus, qu'en termes d'image et de visibilité, il est toujours préférable pour une école de figurer dans un classement, même dans le dernier tiers, que de ne pas être présent du tout..."

Cela m'a semblé logique dès le début, c'etait une prise de risque très dangereuse, mal évaluée, et vouée à l'échec....mais il a fallu 3 ans au management pour se rendre compte de cette évidence ...

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