La finance appliquée au cinéma

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Née en 1968, titulaire d'un DEA de finance de marchés et d'un magistère de banque et finance de la Sorbonne, Anne Flamant est spécialisée dans le montage de crédits financiers, tant au plan national qu'international. Après un début de carrière à la Banque de Gestion Privée à Paris, en 1991, elle a été chargée d'affaires entreprises pour le compte de BNP Paribas à Lisbonne, puis à Paris. Devenue en 2001 directeur adjoint de Natexis Coficiné, où elle avait la charge des montages de crédits dits structurés et corporate, elle a rejoint la Banque Neuflize OBC en 2006 pour prendre la direction du département production de l'image. Anne Flamant s'est investie personnellement dans le secteur de la production audiovisuelle en tant que vice-présidente du Cercle Féminin du Cinéma Français.

J?ai fait un magistère de banque et finance de marché à la Sorbonne. La banque était pour moi un choix naturel. En 1994, je suis partie à Lisbonne au Portugal. J?ai appris le Portugais et pendant cinq ans, j?ai fait du financement de projets à la BNP. C?était l?époque de l?Exposition universelle à Lisbonne. J?ai travaillé sur l?extension du réseau métropolitain de Lisbonne, sur la construction du deuxième pont sur le Tage. À mon retour en France en 1999, j?ai intégré l?agence Audiovisuel et Cinéma de la BNP. J?ai eu beaucoup de chance car le cinéma me passionne depuis toujours. Je vois plusieurs films par semaine. C?est pour moi un besoin. Il permet de s?évader, de rêver, de réfléchir.

En 2001, j?ai rejoint Coficiné comme directeur adjoint. Je travaillais pour des clients français et étrangers, pour l?essentiel producteurs et distributeurs de films. J?ai vécu cinq années incroyables. À la fin 2005, la banque OBC m?a proposé de prendre la direction de son département production de l?image dans un contexte concurrentiel difficile. Les deux dirigeants historiques de la banque venaient de la quitter pour monter un projet concurrent chez Fortis, racheté par la suite par BNP. Avec mon équipe constituée aujourd?hui de 40 personnes (Ndlr : contre 16 collaborateurs à son arrivée en 2006), nous avons réussi à développer le fonds de commerce puisque nous avons connu une croissance de 10 % par an tout en maîtrisant nos risques. À ce poste, j?ai pris goût au management d?équipes et de projets.

Nous sommes la banque à la fois des entreprises du cinéma, de l?audiovisuel, de la publicité et de l?édition de livres, mais aussi la banque privée des entrepreneurs et des créateurs de ces différents secteurs. Nous finançons 70 % des 200 films produits chaque année en France. La France est le troisième pays producteur de films dans le monde. Neuflize OBC est la première banque du cinéma et de l?audiovisuel en France. 80 % des sociétés de production sont nos clients. Nous avons financé des films comme « le Petit Nicolas », « le Concert », « Camping 2 », « la Rafle », ainsi que de nombreux films français sélectionnés au Festival de Cannes cette année, mais aussi la plupart des séries TV. Notre encours de crédits à nos 750 clients est d?environ 750 millions d?euros. Nous avons également 1 milliard d?euros d?actifs sous gestion dans ce seul département.

Chaque film est très différent. On repart quasiment à zéro à chaque fois. Il faut concilier la richesse et la qualité des échanges qu?on peut avoir avec les fortes personnalités que sont les producteurs avec la rigueur des procédures bancaires. Nous sommes un trait d?union entre le monde de la création et les contraintes économiques du monde bancaire. Cannes est un moment important pour le cinéma et donc pour nous. Nous voyons nos clients dans des conditions différentes. Il y a énormément de business. Des projets se montent. C?est une période très intense.

J?aborde ce métier avec beaucoup d?humilité. C?est dans ma nature. Je fais abstraction de mes goûts personnels lorsque je propose d?accompagner financièrement un film. Je ne suis pas productrice. Je suis banquière. J?aimerais faire un peu plus de financement européen. Le métier est toujours en mouvement.

En 2007, j?ai monté avec quelques amies le Cercle Féminin du Cinéma Français. Il rassemble une trentaine de femmes des métiers du cinéma. Nous échangeons sur nos expériences de femmes impliquées dans le cinéma et essayons, dans un cadre convivial, de faire partager nos convictions aux ministres, parlementaires ou dirigeants de sociétés qui viennent débattre avec nous.

JARDINS SECRETS

Son objet fétiche. Aucun. Je ne suis pas attachée aux choses matérielles.
Sa devise. « L?euro ! »
Son plat favori. La boulette de Borissov, le plat que mon grandpère biélorusse préparait.
Son refuge. Une salle de cinéma.
Son défouloir. Le shopping.

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