La situation financière du Portugal devient inextricable

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Le pays est désormais confronté à des taux d'intérêts au plus haut, tandis que la crise politique gèle le processus de décision et que les dégradations de notation s'enchaînent.

Au lendemain de la deuxième dégradation en moins d'une semaine de la notation financière du Portugal par Standard and Poor's (S&P), les taux des obligations lusitaniennes ont continué à grimper sur les marchés. Au point que le sauvetage du pays par l'Union européenne et le FMI, processus pour l'instant bloqué par la crise politique qui agite Lisbonne, semble désormais inévitable. Évoluant en sens inverse des prix, les taux des titres à 2 ans, 5 ans et 10 ans ont en effet tous inscrit de nouveaux records ce mercredi. Sur l'échéance à 5 ans, le taux a bondi de 100 points de base à plus de 9% depuis la démission mercredi dernier du Premier ministre José Socrates, contraint de jeter l'éponge après le rejet par l'opposition de nouvelles mesures d'austérité destinée à réduire le déficit budgétaire du pays, qui devrait déjà baisser à 4,6% en 2011. «Le Portugal n'a pas le choix : il va demander une aide financière. Pourtant, si on regarde son niveau d'endettement et de déficit rapporté au PIB, on est plus proche de la France et de l'Espagne» que de la Grèce ou de l'Irlande, souligne Alexandra Estiot, économiste chez BNP Paribas.

Au plus mauvais moment

Ces complications politiques sont en effet intervenues au plus mauvais moment pour Lisbonne, qui doit rembourser 4,3 milliards d'euros de dette le 15 avril, puis 4,9 milliards le 15 juin. La plupart des spécialistes estiment que le pays ne dispose pas de suffisamment de trésorerie pour faire face à l'échéance de la mi-juin, bien que le secrétaire d'État au Trésor Carlos Costa Pina ait affirmé le contraire mercredi. Pour financer son déficit budgétaire et ses tombées de dette, Lisbonne prévoyait d'émettre 20 milliards d'euros de dette à moyen et long terme en 2011, un programme pour l'instant réalisé à 36%. Outre la crise politique, les tergiversations des dirigeants européens sur les mécanismes de soutien financier au sein de la zone euro ont également pavé la voie à la spéculation.

L'augmentation du Fonds de stabilité européen (FESF) à 440 milliards d'euros a ainsi été repoussée au mois de juin, et sa capacité à acheter des titres de dette sur le marché secondaire ajournée malgré le soutien de la BCE. Bien qu'anticipé depuis plusieurs semaines par les marchés, les grandes lignes du Mécanisme européen de stabilité (MES) - destiné à remplacer le FESF à partir de 2013 - restent floues et ont motivé la nouvelle dégradation à «BBB-» de S&P. Un abaissement qui place la dette portugaise à la frontière de la catégorie des obligations «pourries» et risque de provoquer des ventes forcées de la part des gérants d'actifs, d'autant que Fitch, qui évalue la dette portugaise à A-, a prévenu qu'elle pourrait bientôt abaisser la note du Portugal si le pays ne demande pas d'aide.

«Les décisions des agences de notation sont surréalistes», estime Alexandra Estiot, pour qui «on a réussi à pousser le Portugal au bord du gouffre». Dans ce concert de mauvaises nouvelles, les déclarations de la présidente brésilienne Dilma Rousseff au quotidien «Diario Economico», selon lesquelles le Brésil pourrait «racheter une partie de la dette souveraine portugaise» afin d'aider le pays à se financer, sont presque passées inaperçues.

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