Pétrole : l'AIE va-t-elle encore puiser dans ses réserves stratégiques ?

Les cours de l'or noir sont revenus à leur niveau de juin. Mais l'Agence pourrait décider d'abreuver le marché pour détendre les prix.
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Voilà bientôt un mois, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) provoquait la surprise sur le marché du pétrole en décidant de puiser dans les réserves stratégiques de ses membres. Le 23 juin dernier, son directeur exécutif, Nobuo Tanaka, annonçait en effet la mise sur le marché de 60 millions de barils sur les trente jours suivants, officiellement pour compenser la rupture des approvisionnements depuis la guerre en Libye (une perte de production de 1,5 million de barils par jour) le temps que les pays producteurs augmentent leurs extractions. Mais Nobuo Tanaka avait alors précisé que la situation serait réévaluée et que l'Agence ne s'interdisait pas d'agir à nouveau. Peut-elle reconduire la décision d'il y a un mois et abreuver à nouveau le marché ?

La question libyenne

Aujourd'hui, l'effet de surprise a disparu : le baril de brent cote à nouveau plus de 118 dollars et le WTI 98 dollars. Des niveaux supérieurs à ceux observés à la veille de la décision de l'organisation créée en réponse au premier choc pétrolier pour conseiller les pays de l'OCDE. Mais la majorité des experts sondés par Reuters (9 sur 13) ne croit pas à une nouvelle intervention. « Jusqu'à présent, l'emploi des réserves stratégiques de l'AIE avait un usage spécifique : celui de suppléer à une interruption brutale et significative de l'offre », souligne Harry Tchilinguirian, chez BNP Paribas. C'était le cas en 2005, lorsque les ouragans Katrina et Rita avaient dévasté les infrastructures pétrolières du golfe du Mexique. « Dans le cas présent, le marché a cru voir dans la décision de l'AIE une volonté implicite d'influencer les prix. Mais dans une telle optique, l'effet sur le marché ne peut être que temporaire, comme peut l'être l'intervention d'une banque centrale sur le marché des changes. Si les conditions fondamentales sous-jacentes au marché restent les mêmes, elles reprennent le dessus sur l'évolution des prix », poursuit l'expert. Selon l'AIE, la production de l'Arabie Saoudite a augmenté de 7,8 %, à 9,7 mbj. Reste que « l'AIE ne sera pas en mesure de juger avant septembre si l'augmentation de l'offre de la part de certains pays de l'Opep, en particulier de l'Arabie Saoudite, sera suffisante pour combler les besoins du marché », poursuit Harry Tchilinguirian. La hausse saisonnière des besoins des raffineries et des centrales électriques au Moyen-Orient devrait en absorber une partie. De fait, il est difficile aujourd'hui de savoir si le manque de pétrole lié à l'interruption de la production en Libye sera entièrement comblé. Pour le stratégiste de BNP Paribas, « l'AIE sera peut-être amenée à laisser le bénéfice du doute aux pays producteurs, et ainsi suspendre, du moins temporairement, une reconduction de sa décision ».

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