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La perte du AAA anéantit les marges de manoeuvre d'Obama pour soutenir l'économie

Julien Beauvieux

Publié le 08 août 2011 à 14:40 - Mis à jour le 08 août 2011 à 15:06

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Actif de réserve, la dette fédérale devrait résister aux turbulences. Mais le coût économique de la dégradation pourrait être élevé, notamment pour les collectivités locales.

La décision est historique. Jamais, depuis la création de l'agence Standard & Poor's en 1941, les États-Unis n'avait perdu leur notation AAA, le précieux sésame qui assure à son détenteur les faveurs des investisseurs recherchant les placements les plus sûrs. Sans précédent, cette décision ne devrait pas provoquer dans l'immédiat de secousses sur les marchés obligataires américains, du moins sur celui de la dette publique fédérale. Mais la marge de manoeuvre budgétaire dont disposent les États-Unis pour relancer la machine économique est quasi nulle. Une rechute aurait des conséquences dramatiques.

Un actif financier irremplaçable

La dégradation de AAA à AA+ n'est pas dramatique en soi pour la capacité de financement des États-Unis, même si la perspective « négative » qui y est associée par Standard & Poor's laisse entendre que de nouvelles dégradations sont possibles dans les deux prochaines années. En premier lieu, tant que les deux autres grandes agences de notation - Moody's et Fitch - n'auront pas abaissé leur notation AAA, la dette américaine restera considérée comme AAA dans toutes les opérations où elle est échangée ou sert de garantie. Contrairement au dollar, fragilisé à intervalles réguliers, les stratèges estiment en outre que le marché de la dette publique américaine est relativement à l'abri de fortes turbulences étant donné sa liquidité et sa profondeur, avec un encours de quelque 9.600 milliards de dollars de titres à la fin du premier trimestre 2011. Par ailleurs, la structure de détention de cette dette devrait elle-même éviter tout mouvement exagéré. Les banques centrales conservent en effet près de 35 % de l'encours comme actif de réserve, et la Fed détient à elle seule 1.340 milliards de dollars. La banque centrale chinoise dispose quant à elle de plus de 2.300 milliards de dollars de réserves, dont environ deux tiers en dette américaine selon les estimations. Même dégradée, les bons du Trésor américain continueront de jouer le rôle de valeur refuge et d'actif de réserve qui est le leur depuis plusieurs mois. La semaine dernière, le taux des obligations à 2 ans (qui varie en sens inverse des prix) a atteint un nouveau plus-bas historique de 0,25 %.

Les États fédérés inquiètent

Ce sont les États et collectivités locales américains, déjà très fragilisés économiquement et budgétairement, qui pourraient payer le tribut le plus lourd à la suite de la décision de S&P. Le comté de Jefferson, dans l'Alabama, négocie toujours avec ses créditeurs pour éviter la faillite sur 3,1 milliards de dollars de dette, qui serait la plus grosse d'une collectivité locale dans l'histoire des États-Unis. Les 50 États fédérés ont vu les contributions versées par Washington fondre et leurs déficits cumulés potentiels promettaient de s'élever à 86 milliards de dollars pour le nouvel exercice fiscal, entamé à la fin juin. « Une de nos plus grandes craintes concerne l'impact d'une dégradation sur les « produits à primes » [ceux qui paient une prime par rapport au taux de l'État fédéral pour s'endetter, Ndlr], où la notation a son importance », écrivaient, peu avant la dégradation, les experts de Société Généralecute; Générale. « Ces derniers jours, nous avons constaté des sorties de capitaux sur la dette d'agences [comme Freddie Mac et Fannie Mae, qui refinancent les prêts hypothécaires octroyés aux particuliers, Ndlr] » et « le risque est qu'une dégradation conduise à des ventes forcées sur ces produits », soulignent-ils. Dans ces temps difficiles pour les collectivités, une envolée des taux d'intérêt concédés signifierait une faillite quasi assurée.

La Réserve fédérale devrait relancer la planche à billets

Confronté à un ralentissement inquiétant de l'économie et de la hausse des prix, le président de la Réserve fédérale (Fed), Ben Bernanke, avait décidé le 10 août 2010 de reprendre ses achats d'obligations d'État américaines pour lutter contre la déflation en faisant marcher la planche à billets. Après quelque 852 milliards de dollars d'achats d'obligations d'État, le programme a été finalisé fin juin, mais il pourrait ressurgir très vite pour calmer les investisseurs et tenter de faire repartir les marchés de l'immobilier et de l'emploi américains, toujours en grande difficulté. Contrairement à la fin de 2011, quand avait été adopté un nouveau plan de réductions d'impôts pour doper l'économie, les États-Unis sont désormais rattrapés par les craintes sur la solidité des dettes souveraines. Inférieurs aux 4.000 milliards d'économies sur 10 ans que Standard & Poor's préconisait, les 2.400 milliards d'économies prévus par le compromis budgétaire voté en début de semaine suppriment en effet quasiment toute marge de manoeuvre budgétaire à Barack Obama. « Le seul levier actionnable par les États-Unis est de continuer le rachat d'emprunts d'État pour maintenir les taux à un bas niveau », résume Alexandre Baradez, analyste marchés chez Saxo Banque. Dans le contexte actuel, la Fed ne peut pas se permettre de ne rien faire, mais la relance de ses achats d'actifs ne l'enchante guère. Très critiquée l'an dernier, la décision de la Fed faisait craindre une chute du dollar et un bond de l'inflation. Surtout, son efficacité a posteriori est sujette à caution. « Un ?QE3? aura peu d'impact sur l'économie réelle et les marchés financiers », souligne ainsi Christian Parisot, responsable de la recherche économique chez Aurel BGC. « Mais la Fed peut-elle rester insensible à un ?krach? du Dow Jones ? »

Julien Beauvieux

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