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Universités françaises : réveillez-vous !

Jean-Robert Pitte

Publié le 10 mars 2014 à 00:50 - Mis à jour le 10 mars 2014 à 15:20

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13 juin 2026

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Il m'est arrivé en bien des circonstances depuis 1968 d'exprimer des points de vue critiques sur les universités françaises. À l'heure de quitter celle où j'ai effectué mes études et toute ma carrière, je suis infiniment triste de constater que ces institutions sont en France dans une ornière dont elles ne parviennent pas à sortir.

Que l'on ne m'accuse pas d'aigreur et de déclinisme : j'ai tenté tant que j'ai pu de les faire bouger, d'augmenter leur visibilité et leur rayonnement en France et à l'étranger, de les orienter vers l'insertion professionnelle de leurs étudiants, de contribuer à réformer leur gouvernance.

Conservatismes et corporatismes

En vain, et ce en raison des conservatismes et corporatismes internes aux établissements et aux syndicats de toutes obédiences, mais aussi en raison de la crainte de tous les présidents de la République et gouvernements successifs depuis le Général de Gaulle de s'attaquer à la racine des problèmes, de peur de voir des foules étudiantes descendre dans la rue et rejouer mai 68. Quand le dentifrice est sorti du tube, il est très difficile de le faire rentrer, craignent nos princes et chacun se souvient des reculades successives dont les grands moments sont la loi Edgar Faure elle-même, aggravée par la loi Savary en 1984, le retrait de la loi Devaquet en 1986, la mise aux oubliettes par Jacques Chirac de la loi Villepin sur le Contrat Première Embauche en 2006 et, enfin, la loi Pécresse relative aux Libertés et Responsabilités Universitaires en 2007, intéressante par certains articles, conservatrice ou timorée par beaucoup d'autres, néfaste par quelques uns et qui a tout de même, malgré de discrètes négociations avec l'UNEF et une manne financière inusitée, entraîné de grandes manifestations de rue et occupations d'universités.

Insertion professionnelle

Beaucoup de professeurs, en particulier dans le secteur des humanités, proclament que la mission des universités est de créer le savoir par la recherche et de le transmettre par l'enseignement. Un point, c'est tout. Autant dire qu'ils s'imaginent être professeurs au Collège de France, une institution créée par François Ier avec ces nobles objectifs, ouverte à tous sans condition et ne délivrant aucun diplôme. Le rêve ! Sauf que notre pays a 2,4 millions de jeunes poursuivant des études supérieures dont 1,4 million sont inscrits dans 73 universités. Le bon sens voudrait que l'insertion professionnelle soit la conséquence normale des études et que celle-ci fasse partie des objectifs affichés de toutes les filières. C'est loin d'être le cas, carence qui s'inscrit dans un contexte de méfiance de l'Education nationale vis à vis des contacts avec le monde des métiers et de l'emploi, tout particulièrement le corps des conseillers d'orientation. Il y a d'heureuses exceptions : les lycées technologiques et professionnels et, dans l'enseignement supérieur, les STS, les IUT, les licences et masters professionnels, les écoles d'ingénieurs et de commerce, toutes filières sélectives.

Le tabou de la sélection

On touche ici à un point crucial : celui de la sélection. Considérer un baccalauréat largement passoire comme le premier grade de l'enseignement supérieur est une mascarade. Autoriser tous les bacheliers à s'inscrire sans condition dans une filière générale est une absurdité que plus de la moitié d'entre eux paient d'un échec cuisant en première année et encore un bon nombre en deuxième et en troisième année, sans parler des 10 à 20% qui ne s'inscrivent que pour bénéficier de la Sécurité sociale sans mettre jamais les pieds à l'université. L'actuel président de la Conférence des Présidents d'Université, Jean-Loup Salzmann -qui n'est pas un ultra-libéral- déclarait il y a quelques mois  : « Certains présidents d'université sont pour la sélection. Je ne vais pas jusque là mais peut-être faut-il préconiser une orientation prescriptive ». Bel euphémisme ! En attendant, les meilleurs bacheliers tentent d'échapper aux universités et se dirigent vers les classes préparatoires et autres filières sélectives, sauf ceux qui se destinent à la médecine.

Gelée royale

Le financement des études supérieures est une autre des pierres d'achoppement de notre système. Les filières sélectives non payantes (CPGE, STS, IUT, etc.) et, à plus forte raison, salariant leurs étudiants (ENS, Polytechnique, Chartes, etc.) sont très gourmandes en deniers publics : chaque étudiant coûte de 50% à 500% plus cher qu'un étudiant inscrit dans une filière universitaire générale. Est-il raisonnable de nourrir à la gelée royale et sans aucune contrepartie financière des étudiants ayant au départ toutes les chances de réussir, de trouver un emploi à l'issue de leurs études et, last but not least, nés dans des familles aisées ou capables de soutenir les efforts de leurs rejetons (les enfants de professeurs, par exemple) ? On ne fera pas bouger les lignes dans l'enseignement supérieur tant que l'on continuera à penser que la gratuité est démocratique. Elle ne l'est nullement. Chacun doit participer au financement de ses études, ce qui n'exclut pas -comme le fait Sciences Po- de moduler les droits d'inscription en fonction des revenus des parents.

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Autonomie véritable

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  • Universités françaises : réveillez-vous !

Il est donc temps de permettre aux universités d'exercer une véritable autonomie et donc de choisir leurs étudiants, de leur demander une contribution plus que symbolique au financement leurs études, de se préoccuper de leurs débouchés professionnels, bref d'être responsables des jeunes qui leur confient leur destin pour quelques années. Elles doivent aussi se procurer des ressources propres en investissant le champ de la formation continue comme le font toutes les grandes écoles et en créant des fondations qui pourront, en partie, être alimentées par leurs alumni et par des entreprises partenaires. Une dernière réforme est urgente, celle de la gouvernance : dans aucun pays au monde les universités ne sont dirigées par un président élu par les seuls représentants des enseignants, des étudiants et des personnels administratifs. Il faut créer des conseils d'administration indépendants des acteurs, mais dans lesquels les représentants des employeurs et de l'Etat doivent être majoritaires. Des conseils des études et scientifiques présidés par des universitaires seraient chargés de la mise en œuvre de la stratégie choisie par le CA. C'est ainsi que fonctionnent la plupart des universités qui comptent dans le monde et, en France, quelques grands établissements, privés bien entendu, mais également publics (Sciences Po, grandes écoles).

Je sais bien que ces propos horrifient les communautés universitaires et la plupart des décideurs politiques français. Qu'ils pleurent donc à loisir sur le classement de Shanghai. Les universités françaises, même regroupées, ne grimperont pas dans ces conditions vers le haut du tableau. « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes » disait Bossuet.


Jean-Robert Pitte

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