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Débats - La Tribune AURAOpinion - La Tribune AURA

Vive le bac, sanction républicaine de l'effort !

Alain Morvan

Publié le 07 juillet 2015 à 18:16 - Mis à jour le 08 juillet 2015 à 05:47

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On connaît désormais les résultats du bac 2015. Il n'appartient à personne de déconsidérer un examen qui demeure un rite de passage et un moment républicain significatif dans la vie des jeunes Français. Cela ne veut pas dire que le bac soit un bloc intangible, les professionnels sérieux, les parents d'élèves, les candidats, sentent d'instinct qu'il est améliorable. Mais il convient de ne pas le dénigrer, et de ne pas en amoindrir le niveau d'exigence. Par Alain Morvan, ancien recteur de l'Académie de...

Si je souscris volontiers - je l'ai écrit - aux critiques que Luc Ferry a récemment adressées à la réforme du collège voulue par Najat Vallaud-Belkacem, je suis en revanche en total désaccord avec les propos qu'il tient au sujet du baccalauréat. C'est une erreur pédagogique et peut-être une faute morale de déclarer comme il l'a fait que « pour ne pas avoir le bac, il faut en faire la demande. »

Il n'appartient à personne, et certainement pas à ceux qui ont exercé des fonctions ministérielles, de déconsidérer un examen qui demeure non seulement un rite de passage mais aussi un moment républicain significatif dans la vie des jeunes Français.

Une remise en cause du système éducatif

En l'attaquant, c'est, d'une certaine façon, tout le système éducatif que l'on remet en cause. Cet examen consacre en effet, d'une manière hautement symbolique, l'égalité de tous devant l'accès au savoir, quelle que soit la prégnance des déterminants sociaux. En mettre en cause le sens profond, c'est écorner le pacte républicain qui maintient la cohésion nationale.

C'est tourner le dos à l'idée que l'effort et la réussite doivent recevoir de l'État la reconnaissance officielle qu'ils méritent. C'est donner raison à ceux, hélas trop nombreux, y compris dans les entourages ministériels ou dans les comités Tartempion, qui voudraient nous faire croire que le succès scolaire n'est qu'une vieille lune entretenue par de cyniques réactionnaires afin de garantir aux gosses de riches des privilèges de caste. En un mot, c'est accepter de dénigrer la vertu de l'exigence et du travail.

Un particularisme français

Le bac à ceci de précieux qu'il exprime à lui seul un particularisme français qu'il serait imprudent de passer à la trappe - je veux parler de la continuité et de la cohérence de notre système éducatif, de l'enseignement préélémentaire à l'enseignement supérieur. N'oublions pas qu'il est le premier grade universitaire. Cette absence d'hiatus est vécue par certains comme une contrainte, et c'est un tort. Car ce rôle à la fois terminal et inaugural du bac permet, entre ceux qui enseignent en amont comme en aval, la plus féconde des porosités. En traitant le bac comme quantité négligeable, on risque de laisser s'ériger au moment de l'entrée en université une procédure de tri dont il est difficile d'évaluer l'impact pédagogique, psychologique et social.

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Ce n'est pas un bloc intangible

Cela ne veut pas dire que le bac soit un bloc intangible. Les professionnels sérieux comme les parents d'élèves et, osons le dire, les candidats, sentent d'instinct qu'il est améliorable. Or le changement qui s'impose avec le plus de force est celui qui consisterait à prendre l'engagement solennel de ne pas le dénigrer. Et de pas en amoindrir le niveau d'exigence.
Le bac impose une mobilisation solidaire de toute l'Éducation nationale. Des surveillants de salle aux universitaires appelés à présider les jurys, et qui doivent tenir cela pour un honneur. En passant par ceux qui ont la mission (c'est le mot juste) d'élaborer les sujets.

Lorsque j'étais recteur en exercice, j'ai toujours considéré que la validation des sujets confiés aux académies que je dirigeais était le cœur même de mon métier, la tâche où l'impératif du zéro défaut était le plus ardent. Et je respectais religieusement la souveraineté des jurys. Mais cela concerne aussi les candidats eux-mêmes. Ils doivent comprendre que ceux de leurs camarades qui utilisent les réseaux sociaux pour dénoncer la difficulté prétendument excessive des sujets portent grand tort, devant la nation qui les observe, à la population lycéenne. On a vu récemment des jeunes gens nourris de culture mondialisée oser protester parce que leur sujet d'anglais comportait des termes aussi recherchés que concern ou to cope with! Sans commentaire.

Faire la chasse aux fausses bonnes idées

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Il faut, surtout, faire la chasse aux fausses bonnes idées, aux projets débilitants : le contrôle continu, par exemple, qui polluerait la relation entre candidat et professeur, porteur qu'il est de pressions d'autant plus insidieuses qu'elles sont muettes - je l'ai expérimenté quand j'enseignais à l'université. Et l'on devra revenir vite sur le projet de décret démagogique que vient de concocter le ministère: étendre à tous les candidats ajournés la possibilité de mettre au congélateur leurs notes supérieures à la moyenne. Comme si le bac devait se décerner en pièces détachées. Le baccalauréat vivra s'il ne renonce pas à la vertu de l'effort.

Alain Morvan

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