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Cette réforme ne sauvera pas le collège

Acteurs de l'économie

Publié le 18 mai 2015 à 14:40 - Mis à jour le 18 mai 2015 à 14:57

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La réforme du collège, censée intervenir à la rentrée 2016, procède sans nul doute de constats avérés, celui d'un système éducatif qui ne va pas bien. Le collège est cet endroit stratégique où tout se joue, or cette réforme conduirait à aggraver sa situation et à amoindrir les chances des élèves. Par Alain Morvan, ancien recteur de l'Académie de Lyon.

Ce n'est pas chose facile, pour un ancien fonctionnaire d'autorité, qui plus est partisan du Président de la République, d'assumer une position de protestataire. Pourtant, lorsque l'essentiel est en cause, et que cet essentiel-là touche à ce qu'il y a de plus sacré, le silence est impossible. Ceux qui m'ont vu passer comme recteur à Clermont-Ferrand, à Amiens, à Lyon enfin, savent que je me suis toujours exprimé avec la conviction d'un moine-soldat du service public et, en tout premier lieu de l'Éducation nationale. C'est au nom de cette mystique que je m'exprime aujourd'hui.

Une réforme qui décrédibilise le collège public

Le malheur veut que les projets retenus, qui doivent beaucoup à une symbolique libertaire et étroitement égalitariste, aient toute chance de décrédibiliser le collège public. Des structures qui n'ont rien de socialement sélectif, comme les Trissotins de la grisaille pédagogiste veulent le faire croire, seraient mises en pièces. Ainsi des sections européennes. Je suis un des recteurs qui en ont créé le plus - et bien des professeurs et chefs d'établissement se le rappellent. J'ai eu la fierté de voir à l'œuvre leur capacité d'entraînement pour les élèves, pour les équipes enseignantes.

Elles créent du succès scolaire sans - il n'est pas honnête de prétendre le contraire - engendrer la moindre relégation scolaire ou sociale pour ceux qui n'en bénéficient pas. Elles ne prennent rien à personne, sinon un peu d'argent. Et elles ont eu le mérite exaltant d'offrir un second souffle à des langues culturellement et économiquement essentielles comme l'allemand, si menacé dans notre système scolaire que seule une politique volontariste (voire protectionniste) peut lui donner sa chance. Or le ministère de l'Éducation nationale décide de faire disparaître ces sections européennes. Sans que la moindre justification pédagogique ni théorique ne soit à ce jour avancée.

L'enseignement est un ensemble complexe

Les classes bilingues anglais-allemand risquent de faire les frais de la même logique d'arasement, tant on les rend dépendantes de la pratique de l'allemand à l'école primaire, où chacun sait qu'elle est malheureusement infinitésimale ou presque, faute d'enseignants formés, faute de moyens aussi.

L'enseignement est un ensemble complexe, fragile, où le sort des structures ne peut être dissocié de celui des disciplines. L'Enseignement Pratique Interdisciplinaire, cet EPI déjà tristement célèbre, procède d'une intention louable, mais qui se fracasse sur la réalité des faits et des horaires. Pour les mettre sur pied, il faut rogner sur les disciplines. Et c'est ainsi que la langue latine, dont il est permis d'espérer qu'on puisse la défendre sans passer pour un fossile culturel, est sacrifiée. Une heure en classe de 5ème ! Autant dire rien. Écoutons ceux qui enseignent les langues anciennes et faisons-leur la grâce de croire qu'ils ne plaident pas pour des intérêts particuliers.

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Une lourde faute contre l'esprit

Quel EPI sur l'antiquité, si astucieusement conçu soit-il, va en effet permettre ce contact d'abord rugueux, mais richement dépaysant et directement ouvert sur un exotisme et un mystère que les jeunes affectionnent presque tous, qu'est le premier contact d'une langue qu'on doit s'approprier ? Ne tuons pas le Champollion amateur qui sommeille chez bien des collégiens ! D'autant qu'il a ainsi la chance de cultiver son esprit d'analyse et de toucher du doigt ces invariants, ces universaux qui structurent nos civilisations. Rayer tout cela d'un trait de plume est une lourde faute contre l'esprit. Le résultat sera nécessairement un acquis culturel encore amputé, alors que tant de censeurs nous reprochent de former des élèves qui ne savent rien. Et relisons Klemperer, pour comprendre comment le rétrécissement de la conscience linguistique soutient le rétrécissement de la conscience tout court.

Je ne parle pas des programmes d'histoire et de géographie, car je crois comprendre que sur ce point au moins le Conseil dit Supérieur des Programmes a été prié de revoir sa peu glorieuse copie. Espérons que les bévues les plus criantes, comme celle qui consiste à passer les Lumières à la trappe, seront corrigées. Il est vrai qu'elles aussi ont une fâcheuse vocation à affûter l'esprit critique. Qu'on ne me dise pas que c'est là ce qu'on leur reproche!

Des intentions minorées

Sans tomber dans le procès d'intention, le discours des thuriféraires de la réforme du collège inquiète quant aux intentions qui président à celle-ci. Il est en effet des concepts qu'ils minorent ou qu'ils taisent. Leur souci de ne voir aucune tête dépasser, leur acharnement à produire, au besoin au prix d'un coup de force contre la nation et contre l'esprit, une école « bienveillante » (comme si l'apprentissage des savoirs et de la vie devait n'être qu'une longue berceuse) se traduit par une suspicion constante envers les disciplines, envers l'appel au courage, au travail et à l'effort.

Ce n'est pas vouloir faire du collège un camp de redressement ou un pensionnat à la Dickens que de rappeler que l'école est aussi une invitation au dépassement de soi, un lieu privilégié où l'excellence ne rejette pas les faibles, mais les engage à se hisser au niveau requis, un défi exaltant que l'on se lance jour après jour à soi-même. Qu'on cesse ce prêchi-prêcha infantilisant consistant à dénoncer je ne sais quel « entre-soi » dont bénéficieraient les bons élèves issus de je ne sais quelle bourgeoisie. Le propre du collège républicain doit être de reconnaître l'effort et le mérite comme seuls déterminants.

Sophisme de première grandeur

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  • Cette réforme ne sauvera pas le collège

Un dernier mot. Pourquoi l'honnêteté intellectuelle serait-elle facultative dans ce débat si lourd de conséquences ? Pourquoi tant d'agressivité idéologique consistant à dire : puisque M. Sarkozy et Mme Le Pen sont contre la réforme, il faut que celle-ci soit bonne. Donc tous ceux qui la critiquent sont inspirés par la droite. C'est là un sophisme de première grandeur. La seule morale qui compte est ici celle de l'intérêt général, et je n'ai aucun scrupule - vraiment aucun - à me trouver en cette circonstance aux côtés d'esprits aussi différents que François Bayrou, Jack Lang, Alain Juppé, Julien Dray, Aurélie Filipetti ou Régis Debray.

 

 

                                                       

                                                     
 

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