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WHO Africa Health Forum 2019 : plaidoyer pour plus de PPP dans la santé

Photo de Ristel Tchounand

DNES à Praia, Ristel Tchounand

Publié le 27 mars 2019 à 08:45 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 23:48

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Placé sous le thème : « Assurer la couverture sanitaire universelle et la sécurité sanitaire : l'Afrique que nous voulons », le deuxième forum de l’OMS sur la santé en Afrique s’est ouvert ce mardi 26 mars à Praia au Cap-Vert avec, en trame de fond, la volonté de booster l’investissement à la fois public et privé dans le domaine de la santé, afin d’assurer la couverture santé universelle (CSU) et ainsi contribuer à l’atteinte des objectifs de développement.

Sans des Hommes en bonne santé, la création optimale de richesse devient difficile et sans la santé de ses Hommes, l'Afrique pourrait difficilement atteindre ses objectifs de développement. C'est en somme le message véhiculé au deuxième Forum de l'OMS sur la santé en Afrique qui se tient du 26 au 28 mars à Praia, la capitale de Cabo Verde. D'ailleurs dans son allocution de bienvenue, le président Jorge Carlos Fonseca a tenu à souligner « la relation étroite de la santé avec le développement » qui devrait être, d'après lui, pleinement intégrée à la philosophie des Etats et des organisations.

« L'Afrique que nous voulons »

Placée sous le thème : « Assurer la couverture sanitaire universelle et la sécurité sanitaire : l'Afrique que nous voulons », la rencontre -qui rassemble personnalités influentes du monde politique, universitaire, de la société civile et du monde des affaires venues des quatre coins du globe- se profile en véritable plaidoyer pour une accélération des investissements, tant publics que privés, dans le domaine de la santé. La couverture santé universelle (CSU) étant l'un des points clé des objectifs de développement durable (ODD) de l'Agenda 2030 des Nations Unies.

Rappelant que la nécessité de « maintenir les contributions financières nationales et externes et les investissements dans la santé, y compris la mise en place de mécanismes de financement novateurs, et l'optimisation des ressources » constituait l'un des points cruciaux de l'appel à l'action issue de la première édition du forum à Kigali en 2017, la directrice régionale de l'OMS pour l'Afrique, Dr Matshidiso Moeti, s'est réjoui de la « dynamique sans précédent dans le partenariat entre le secteur privé et les gouvernements » au cours de ces deux dernières années.

« Je suis impatiente de voir plus de partenariats avec le secteur privé [...] Il y a des lacunes qui nous montrent que gouvernement et secteur privé ne peuvent travailler chacun en vase clos. [...] Les ressources de nos Etats étant limitées [...], or la mauvaise santé des populations, le manque d'investissement porte un gros coup à la croissance. [..] Ne pas agir, c'est progressivement détruire nos économies », a déclaré Dr Moeti.

Remédier aux 2 400 milliards $ de pertes économiques générés par les maladies

Ces affirmations sont démontrées dans le rapport publié ce mercredi 27 mars par le Bureau régional de l'OMS pour l'Afrique et intitulé : « Un lourd fardeau : le coût indirect de la maladie en Afrique ». Réalisé sur la base de plusieurs entretiens, analyses et données recueillies auprès des ministères de la santé et des finances du Continent, le rapport démontre que les maladies coûtent plus de 2 400 milliards de dollars aux économies africaines chaque année, selon les données de 2015. Le top 10 des pays les plus affectées est dominé par le Nigéria (plus de 879 milliards de dollars), l'Afrique du Sud (330,5 milliards de dollars), l'Angola (176,7 milliards de dollars) et l'Algérie (148,9 milliards de dollars).

« Ce rapport montre comment la réalisation des objectifs de développement durable relatifs à la santé, y compris la couverture sanitaire universelle, contribuerait aux efforts de lutte contre la pauvreté à grande échelle et à promouvoir [...] le développement économique dans la région africaine de l'OMS. [...] Il fournit également des preuves indispensables que les ministères de la santé peuvent utiliser dans le dialogue sur l'affectation des ressources avec les ministères des finances. Cela s'ajoute aux preuves montrant que la santé est un investissement stratégique pour le développement », explique Grace Kabaniha, économiste de la santé au Bureau régional de l'OMS pour l'Afrique.

Cabo Verde, un exemple africain d'engagement de l'Etat

Bien que les ressources des Etats soient limitées, certains pays arrivent tout de même à prendre à bras le corps la problématique sanitaire. C'est d'ailleurs ce qui justifie, pour l'organisation de cette deuxième édition, le choix de l'archipel de 538 535 habitants (2014). Ici en effet, le gouvernement a pris le pari d'améliorer la couverture sanitaire qui affiche désormais 62%. Le pays a réussi à éradiquer des maladies telles que la poliomyélite et est sur le point d'en finir avec le paludisme, la transmission du VIH de la mère à l'enfant, la rubéole, etc.

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Grâce à une infrastructure hospitalière développée, ainsi que l'appui technologique avec l'usage de la télémédecine pour tous les grands hôpitaux du pays, des systèmes innovants de banque de lait maternel, un centre d'oncologie ou encore un centre de dialyse proposant des chimiothérapies entièrement gratuites pour le citoyen, sans parler du plan stratégique de lutte contre la consommation excessive de tabac et d'alcool, Cabo Verde s'illustre désormais en exemple sur le Continent en matière de sécurité sanitaire. Même si tout cela génère un coût énorme.

« Le budget de l'Etat est toujours la principale source de financement de la santé à Cabo Verde. Lorsque nous y ajoutons la sécurité sociale, les dépenses avoisinent les 65% [sachant que le budget de l'Etat en 2019 est de 71 milliards d'escudos, soit 725,9 millions de dollars, NDLR] », révèle le ministre de la Santé, Arlindo do Rosário, disant toutefois la détermination de l'Etat à poursuivre les efforts pour atteindre ses objectifs de couverture sanitaire universelle.

Un investissement public cap-verdien qui le distingue largement avec d'autres pays du Continent comme le Cameroun où seulement 5,5% à 7% du budget de l'Etat est alloué à la santé entre 2011 et 2018, quand la déclaration d'Abuja recommande 15%.

Le pourvoir catalyseur du privé

Certes le rapport de l'OMS montre bien que les pays les moins peuplés ont plus de marge de manœuvre pour investir dans la santé, mais le modèle n'est viable sur le long-terme. D'ailleurs les autorités cap-verdiennes le reconnaissent bien. « Il est clair que nous pourrons continuer ainsi indéfiniment [. Nous avons besoin que le secteur privé soutienne nos initiatives, notamment pour la construction des hôpitaux, .... L'avenir de notre pays est dans la qualité de ses ressources humaines et les gens ont besoin de services de qualité. Donc, nous sommes ouverts », déclare le vice-Premier ministre et ministre des Finances Dr Olavo Avelino Garcia Correia.

Par ailleurs, le forum de l'OMS sur la santé en Afrique se tient dans un contexte assez particulier -comme l'a rappelé Dr Moeti-, notamment après la catastrophe du cyclone survenue en Afrique australe jeudi dernier causant d'énormes dégâts au Mozambique, au Zimbabwe et au Malawi ou encore les ravages d'Ebola dans le Nord-Kivu en RDC. Autant de cas qui nécessitent notamment la mobilisation d'importantes ressources financières pour faire face à l'urgence sanitaire.

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Pour sa part, le secteur privé se dit prêt à renforcer sa collaboration avec les gouvernements. D'ailleurs, plusieurs entreprises accompagnent déjà les ministères de la santé sur les volets techniques et technologiques de leurs stratégies, quand l'industrie pharmaceutique aussi reste un partenaire fort. Pour aller plus loin, les entreprises demandent notamment l'amélioration des conditions d'investissement. « Il faut le cadre réglementaire nécessaire », a notamment souligné Amit Thakker, président de l'African Health Care Federation et CEO d'Africa Health Business, citant l'exemple du Kenya qui est assez avancé en matière de partenariat public-privé dans la santé.

Article mis à jour mercredi 27 mars à 18h45.

DNES à Praia, Ristel Tchounand

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