Jean-Michel Cambot est bien connu sur la place montpelliéraine mais aussi dans le secteur de l'intelligence artificielle embarquée au service de l'analyse prédictive. Longtemps freelance, il a été l'inventeur de Business Objects (logiciels dans le domaine de l'intelligence économique), l'entreprise créée à Paris en 1990 par Bernard Liautaud et Denis Payre puis revendue à SAP en 2008. Il a aussi créé en 2011 l'entreprise TellMePlus (intelligence artificielle embarquée pour la maintenance prédictive dans l'IoT Industriel), dont la trajectoire s'est achevée en mai 2019, alors que l'entreprise n'était pas parvenue à lever les 8 millions d'euros nécessaires à la poursuite de l'aventure.
LA TRIBUNE - Que s'est-il passé pour que l'aventure TellMePlus s'arrête en mai 2019, alors que l'entreprise semblait sur une forte pente de croissance ?
JEAN-MICHEL CAMBOT - A VivaTech 2018, nous avions tellement grossi que nous avions eu une évocation de rachat de Cisco (entreprise informatique américaine spécialisée dans le matériel réseau et, depuis 2009, dans les serveurs, NDLR). Nous étions sur leur stand mais aussi sur celui de Microsoft et sur celui d'Airbus qui pitchait sur les avantages de la maintenance prédictive TellMePlus sur leurs chaînes d'assemblage ! Google envisageait aussi de nous racheter... Tous les feux étaient au vert. Airbus avait signé une lettre d'intention pour entrer au capital de TellMePlus et nos investisseurs étaient d'accord pour suivre. L'une des conditions d'Airbus était de réunir 8 millions d'euros avant le 30 novembre 2018. Nous avons réussi à réunir 6 millions d'euros mais au 30 novembre, nous n'avions pas les 8 et la lettre d'intention de l'avionneur est devenue caduque... Cisco était en pleine restructuration et nous a demandé d'attendre. Ils sont revenus vers nous en décembre 2018 mais c'était trop tard. Côté Microsoft, la personne qui s'occupait du fonds d'investissement allait partir et a expédié le dossier... On est allé voir Bpifrance en leur demandant de mettre un million d'euros de manière à faire levier, mais à cette époque-là, ils ne comprenaient pas l'intérêt d'une solution pour les plateformes IoT ! En mars-avril 2019, nous avons eu une proposition des Chinois mais le gouvernement français a durci les conditions d'acquisitions étrangères pour les entreprises ayant une activité stratégique. En mai 2019, le CEO décidait de déposer le bilan car on était en cessation de paiement...