Une économiste de TSE recommande de légaliser le cannabis pour le contrôler

Gael Cérez
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Au centre de votre livre Pour en finir avec les mafias, il y a les marchés interdits. Pouvez-vous définir cette notion ?
Les marchés interdits sont des marchés dont les échanges sont interdits par la loi pour une raison généralement religieuse, morale, économique ou de santé publique. Par exemple, quand le législateur veut limiter les coûts induits par la consommation de stupéfiants.
Quel est le problème de ces marchés interdits, selon vous ?
Les prohibitionnistes ne prennent jamais en compte les conséquences néfastes des interdictions. Supprimer l'offre légale ne supprime pas la demande. Si celle-ci est forte, comme pour l'alcool, le cannabis, les services sexuels ou la volonté de migrer, des criminels y répondent. Comme les chiffres d'affaires sont très importants, de l'ordre de 870 milliard de dollars en 2009, cela favorise l'émergence d'organisations criminelles de grandes tailles. Ainsi avant la prohibition de l'alcool, il n'y avait pas de crime organisé aux États-Unis. Il a émergé grâce au trafic très lucratif de l'alcool. C'est un vrai problème pour la société.
En quoi la légalisation de ces marchés pourrait changer les choses ?
Prenons le cas du cannabis. La France est le pays d'Europe qui procède au plus grand nombre d'interpellations, 216 000 en 2014, pour des infractions à la législation sur les stupéfiants, majoritairement pour usage de cannabis. Cela encombre les services de police et de justice : 15 % des détenus français le sont pour une infraction à la législation sur les stupéfiants. Et malgré cette couteuse répression, la France est le pays européen où l'on fume le plus.
Légaliser pourrait aggraver les choses...
Je ne le crois pas. Avec la prohibition, l'État a abandonné ce secteur aux mafias et s'est privé d'outils de régulation. Il ne contrôle ni la composition des produits, ni les lieux de distribution, ni l'âge des acheteurs, ni les prix. Faute de taxation, il ne peut moduler ces derniers pour faire baisser la consommation. De plus, comme c'est interdit, il n'y a pas d'éducation possible sur ce sujet alors que près de 40 % des 15-16 ans ont expérimenté le cannabis en France.
Gael Cérez
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