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Décideurs - La Tribune AfriqueEntrepreneurs - La Tribune Afrique

A Guelmim, un trio franco-marocain force le destin agroécologique du désert

Photo de Ristel Tchounand

Ristel Tchounand

Publié le 02 mars 2023 à 10:15 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 06:49

Sand to Green

Photo d'illustration

DR/LTA

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Wissal Ben Moussa, Benjamin Rombaut et Gautier de Carcouet sont cofondateurs de Sand to Green, une startup dédiée à l’agroécologie qui vient de lever 1 million de dollars pour son expansion. En déploiement au Sud du Maroc, le trio entend dupliquer l’expérience en Afrique subsaharienne avec, en toile de fond, la bataille contre les changements climatiques dans des zones fortement exposées.

« J'adore le désert, je le trouve beau, somptueux, simple et dépourvu d'égoïsme... Ce n'est pas une nature tropicale verte, abondante, mais c'est une nature humble, qui n'a pas besoin de grand-chose... », confie Wissal Ben Moussa, ingénieure en industrie agroalimentaire native de Casablanca et originaire de Guelmim, une ville du Sud-ouest du Maroc considérée comme la « porte du Sahara ». C'est également le quartier général de Sand to Green, une startup spécialisée dans l'agroécologie qu'elle a cofondée et dont elle pense l'approche agricole et technologique aux côtés de deux amis français Benjamin Rombaut -le CEO- et Gautier de Carcouet aux manettes de la stratégie financière.

« Modèle extrêmement innovant »

Ensemble, ils viennent de lever 1 million de dollars pour l'expansion de leurs activités au Maroc avec un regard sur l'Afrique subsaharienne. Une vision réalisable notamment grâce à leur expertise acquise au fil des expériences, mais aussi celle des nouveaux entrants au tour de table de la startup dont deux fonds de venture capital : à savoir le norvégien Katapult axé sur les startups technologiques à impact prometteur et le fonds pré-seed américain Catalyst Fund, spécialisé dans l'adaptation aux changements climatiques sur le continent. « Le modèle proposé par Sand to Green est non seulement ambitieux mais également extrêmement innovant dans son approche agricole et technologique. Nous sommes convaincus que ce type de solution peut permettre une réelle transition vers une agriculture sobre, saine, durable et à grande échelle au Maroc et en Afrique », apprécie Maxime Bayen de Catalyst Fund.

L'aventure démarre en 2018, lorsque Wissal se résout à faire le grand saut vers l'entrepreneuriat après des études d'ingénierie en industries agroalimentaires à l'Institut agronomique et vétérinaire Hassan II et de management de l'innovation dans les agro-activités et bio-industries à AgroParisTech, puis quelques années passées au sein d'une multinationale agroalimentaire. « C'était très gratifiant de travailler pour une grande entreprise ; j'ai beaucoup appris au sujet de la transformation alimentaire, puisque j'étais en contact avec toutes les chaines de valeur alimentaires. Mais, tout cela n'était pas vraiment cohérent avec mes convictions personnelles forgées par ma prise de conscience écologique », confie la jeune entrepreneure qui a démissionné à la veille d'une promotion d'expatriation.

La première année est surtout faite d'études et d'expérimentations, encouragées notamment par la découverte d'agroécologistes en Australie qui arrivent à développer l'agriculture de régénération sur de vastes espaces. « Cela m'a conforté dans l'idée que cela pouvait vraiment fonctionner au Sud du Maroc », confie l'ingénieure qui -n'étant pas ingénieure agronome mais plutôt agroalimentaire- a dû mettre les bouchées doubles dans la recherche et la formation.

Une association qui porte ses fruits

Sa rencontre avec Benjamin Rombaut et Gautier de Carcouet impulse une nouvelle dynamique au projet, puisque les deux vont penser le business plan de la startup. Anciennes connaissances au sein d'Enactus, Benjamin et Wissal reconnectent quelques années plus tard à la faveur d'une vidéo mise en ligne par la jeune entrepreneure marocaine. « Il était tombé dessus et m'a contacté, parce qu'il avait une idée de projet agricole dans le désert, mais cherchait quelqu'un qui a déjà fait des expérimentations probantes pour s'y associer», se souvient-elle. Dès le premier échange téléphonique, la collaboration est actée et Gautier viendra rapidement compléter le trio. « Cultiver dans le désert capte du carbone, refertilise les sols, crée des habitats de biodiversité, lutte contre la déforestation, stabilise les communautés locales, tout en étant une des seules options écologiques à grande échelle pour relever les immenses défis alimentaires qui s'annoncent », explique Benjamin Rombaut.

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Contrer les réalités du désert et du climat

Avec 65% du territoire couvert par le désert, le Maroc est fortement exposé aux changements climatiques qui ont, ces dernières années, renforcé la sécheresse. L'activité agricole rencontre donc un certain nombre de défis, d'autant qu'elle est majoritairement pratiquée sous un climat semi-aride. Ces réalités ont poussé le gouvernement à mettre place le Plan Maroc Vert en 2008 puis le plan Generation Green 2020-2030, dans le but d'assurer la souveraineté alimentaire du pays. Cela a donné lieu au développement agricole dans certaines zones désertiques du pays comme à Dakhla. Et les initiatives des startups versées notamment dans l'Agritech ou l'agriculture de régénération viennent davantage booster la dynamique.

A Sand to Green, les cofondateurs ont surtout eu le challenge de développer une agroécologie économiquement viable. Confronté au choix des cultures à développer sur les trois hectares cultivés à Guelmim et qui seront portés à 26 hectares, le trio s'est orienté vers l'agroforesterie à forte valeur ajoutée avec comme arbres phares : le grenadier, le figuier et le caroubier. A l'instar du neem, originaire d'inde, d'autres arbres sont ciblés pour leur bois et leur feuillage, sources de biomasse si nécessaire dans les régions désertiques pour la régénération des sols. En culture intercalaire, la startup mise notamment sur les plantes aromatiques dont le romarin. « Le choix des cultures est important. On n'y va pas à l'aveuglette, remarque l'ingénieure. On choisit des cultures qui sont résilientes face à la sécheresse, au vent, parce qu'il y a des vents violents presque toute l'année dans la région Guelmim-Oued-Noun. La désertification est en train d'avancer, c'est une réalité. En quinze ans, on a vu le climat radicalement changer. Nous avons choisi les plantes aromatiques parce que le Maroc est un grand producteur d'huiles essentielles. Donc intégrer Sand to Green dans ce marché est économiquement intéressant ».

La startup cible également les cultures fourragères à haute intensité nutritionnelle. Le trio a identifié des opportunités visant à perpétuer l'agro-pastoral, une des principales activités des populations des zones semi-arides et des zones arides. « La sécheresse est très prononcée au Sud du Maroc et cela a provoqué une faible disponibilité des aliments de bétail. Résultat : de plus en plus de bergers vendent leur pâture et leur bétail. Notre production pourra contribuer à résoudre cette problématique », explique la chief agricultural officer de Sand to Green.

La disponibilité de l'eau est un défi de l'agriculture dans les zones désertiques : pluies extrêmement rares, sols très peu irrigués... La startup entend contourner cette réalité grâce au déploiement de solutions d'irrigation dont les installations alimentées par l'eau de l'Océan, les micro-installations pour la récolte de l'eau de pluies et du brouillard, mais aussi des solutions de restructuration des sols, de dessalement des zones arides.

Mauritanie, Sénégal, Namibie, Egypte... les visées

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Toute cette technologie, Sand to Green entend la dupliquer dans les autres zones désertiques du Maroc et en Afrique subsaharienne avec un vif intérêt pour la Mauritanie voisine et le Sénégal. Plus au Sud, la Namibie, un pays semi-aride que le trio a déjà visité, est également regardé de près. Des discussions sont en cours avec des partenaires en Egypte et en Somalie. Et Wissal de préciser : « Partout où il y a des zones semi-arides ou arides avec une cote nous intéresse. C'est un développement qui se fera pas à pas ».

Ristel Tchounand

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