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Halle de La Machine : François Delarozière, l'artiste qui veut faire rêver les Toulousains

Photo de Florine Galéron

Florine Galéron

Publié le 29 octobre 2018 à 08:08 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:22

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Du 1er au 4 novembre, un Minotaure va déambuler dans les rues de Toulouse avant de prendre ses quartiers dans la Halle de La Machine à Montaudran. Derrière cette performance artistique, François Delarozière, fondateur de la compagnie La Machine et inventeur du célèbre éléphant de Nantes. L'artiste veut s'appuyer sur le théâtre de rue pour "amener du rêve dans la ville". Ceux qui ont travaillé avec lui décrivent "un artiste hors pair" mais aussi "un homme d'affaire avisé", "dur en négociation". Portrait.

"J'ai grandi à Marseille dans la garrigue, un endroit un peu magique, assez protégé de la ville, avec des odeurs de Provence, la lumière et le Mistral", se remémore François Delarozière. Né en 1963 dans la cité phocéenne, il est élevé par une mère artiste "qui jouait 6-7 instruments, savait dessiner et chanter" et un père "bricoleur de génie". "Il a construit des maisons de A à Z, il est capable d'extraire de l'huile essentielle de plantes, de fabriquer de la charcuterie... Il peut faire un million de choses, c'est un espèce de savant, autodidacte et passionné qui m'a donné le sens des matières : pierre, bois, cuir, acier..", décrit-il. Un milieu à la fois artistique et proche de la nature. Enfant, il est scolarisé dans une école de Freinet dans les quartiers Nord de Marseille avant de passer un bac technique agricole. "L'école et la vie, c'était la même chose. J'ai appris comment fonctionnait la nature, le mode de vie des animaux et tout cela me sert aujourd'hui à aiguiser mon regard sur la nature qui est ma source d'inspiration", estime François Delarozière.

Un éléphant mi-vivant, mi-machine

À 9 ans, il dessine encore et encore le poney que son père a installé dans le jardin familial. L'ado abandonne cette passion. Même aux Beaux-Arts de Marseille qu'il intègre après le bac, la mode est à la figure libre, plus question d'enseigner le dessin. Il y revient quand il fait la rencontre de la toute jeune troupe de théâtre de rue le Royal de Luxe, compagnon de route jusqu'en 2005 avec qui il conçoit d'immenses machines articulées comme la Petite Géante ou les Girafes. À Nantes, la popularité de l'artiste a explosé depuis 2007 avec le Grand éléphant. Ce colosse de 48 tonnes et 18 mètres de hauteur fait d'acier et de bois impressionne jusque dans les détails (il est capable de cligner des yeux et de jeter de l'eau depuis sa trompe). Une finesse des traits due à une observation soutenue de l'animal. "Je regarde le vivant avant de construire la machine. Je n'ai pas essayé de copier l'éléphant mais je m'en suis inspiré pour fabriquer une architecture en mouvement qui en fasse une machine vivante. J'appelle cela de la biologie mécanique, un nouvel ordre biologique mi-vivant, mi-machine", explique-t-il.

Grand éléphant de Nantes (Crédit : Florine Galéron).

Pour Romaric Perrocheau, responsable de la biodiversité au sein du service espaces verts de Nantes, l'artiste sort du lot car "il est capable de réaliser un dessin à la fois esthétique mais aussi technique, à l'image de ceux que l'on trouve dans l'automobile mais appliqué au monde animal. Au-delà du dessin, il parvient vraiment à se démarquer sur l'articulation des mouvements des machines. Il a mis au point des colibris. Ce sont des oiseaux qui volent de manière très particulière en faisant du sur place et des marches arrières. Il a réussi à recréer cela, c'est comme regarder un documentaire animalier !" Son collègue, Jacques Soignon, directeur des espaces verts, abonde : "Il fait des dessins remarquables. Son inventivité en fait pour moi le Gaudi français ou le Leonard de Vinci du XXIe siècle et je pèse mes mots!"

Le théâtre de rue pour "faire rêver les gens"

Pour Toulouse, François Delarozière a créé un Minotaure. Dans la mythologie grecque, cette créature dotée d'un corps d'homme et d'une tête de taureau est enfermée dans le labyrinthe conçu par Dédale. "J'ai imaginé que Toulouse était un labyrinthe avec un dédale de machines aéronautiques. L'ancrage antique de la ville avec la présence romaine et grecque collait bien avec ce type de mythe", assure-t-il. Du 1 au 4 novembre, le Minotaure d'acier et de bois va déambuler dans les rues de Toulouse pour un grand spectacle gratuit avant de prendre ses quartiers dans la Halle de La Machine qui sera inaugurée dans le quartier Montaudran. À Toulouse comme à Nantes, François Delarozière garde la même optique :

"On est là pour amener du rêve aux gens. Quand une machine circule dans les rues, on lève les yeux et la ville devient un décor, on partage avec les gens qui nous entourent une émotion commune, un peu comme dans un concert. L'homme a besoin de ça. Ce n'est ni descriptible, ni scientifiquement prouvé mais vivre ces émotions va nous donner envie d'habiter dans cette ville, des commerces vont s'ouvrir..."

Faire rêver pour renforcer l'attractivité de la ville, le président de Toulouse Métropole Jean-Luc Moudenc veut y croire : "Ce projet va faire renforcer notre offre culturelle et faire rayonner la métropole en donnant à ceux qui n'habitent pas Toulouse une raison de plus d'y venir". "Ville Airbus", Toulouse est une destination de tourisme d'affaires dans 75 % des cas et elle peine à faire décoller sa clientèle loisirs.

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Le Marseillais François Delarozière connaît bien la Ville rose où il a implanté en 1999 le siège administratif de sa compagnie baptisée La Machine. Il remarque : "Avant, il y avait beaucoup de concerts dans les rues ou les friches industrielles. Aujourd'hui, il y a une sorte de ronronnement culturel à Toulouse qui fait que la ville ne se démarque pas au niveau national et international. Il faudrait une politique globale ambitieuse où la culture irrigue d'autres secteurs".

Et de rappeler l'exemple ligérien:

"Nantes injecte plusieurs dizaines de millions d'euros par an dans la culture. À ce prix, on arrive à faire rayonner une ville mais il ne faut pas avoir peur d'engager. Dans la culture, un euro dépensé c'est quatre euros qui reviennent dans l'économie. Peu de maires le comprennent", juge-t-il.

Toutefois, il estime que La Piste des géants (qui inclut la Halle de la Machine et l'espace mémoire de l'aéropostale dans les anciens locaux de Latécoère, ndrl) est "une tentative intéressante de développement d'un quartier". Toulouse Métropole a beaucoup investi pour faire venir la compagnie de Delarozière : "14 millions d'euros pour la construction de la halle (dont 2 millions pour l'aménagement de la halle), 2,5 millions pour le Minotaure, plus de 2 millions pour le spectacle de 4 jours en novembre". Par ailleurs, la collectivité versera à la compagnie 577 000 euros par an", avait rappelé Jean-Luc Moudenc lors de la signature de la délégation de service public.

"Coriace en négociations"

Le projet avait été initié en 2013 par son prédécesseur, Pierre Cohen qui avait dû faire face à deux pétitions sur internet, et même des doutes au sein de sa majorité municipale. "À l'époque, j'ai dû convaincre mes collègues élus car ce type de manifestation coûte extrêmement cher. Si on met deux millions d'euros dans un Minotaure c'est moins d'argent pour les associations culturelles". Même s'il rappelle que par ailleurs la municipalité "injecte 5 millions d'euros par an pour la Cité de l'Espace et plusieurs millions pour le Quai des Savoirs". Alors dans l'opposition Jean-Luc Moudenc avait qualifié de "provocation monstreuse" la construction de la halle à quelques mètres des vestiges de l'aéropostale. "J'aurais préféré que l'implantation de la Halle soit à 100, 200 mètres plus loin pour qu'il n'y ait pas de confrontation physique avec l'espace mémoire dans les anciennes halles Latécoère. Quand j'ai été élu en 2014 la halle était déjà construite, c'est pour cela que nous avons imaginé le projet la Piste des géants", rappelle-t-il.

Aujourd'hui l'élu reconnaît en François Delarozière "un artiste très inspiré", il le décrit aussi comme "un communicant particulièrement efficace et un homme d'affaires avisé". "C'est un homme coriace en négociation, c'est parfois rude de faire bouger les lignes", remarque-t-il. De son côté, Pierre Cohen considère François Delarozière comme "quelqu'un de hors du commun, un artiste hors pair doté d'une créativité adaptée au XXIe mais aussi d'une personnalité forte, authentique". L'ancien édile se souvient avoir proposé à l'artiste de repousser le spectacle après la tenue des élections municipales de 2014. "Nous étions au milieu d'une terrasse bondée et il est devenu coléreux. C'est quelqu'un d'extrêmement tenace, il est prêt à atteindre ses objectifs par tous les moyens".

"Têtu", François Delarozière n'entend pas déroger d'un iota de son projet artistique. Il s'efforce aussi de limiter l'utilisation marketing de ses œuvres. Il n'a pas souhaité que l'éléphant devienne l'emblème de la Ville de Nantes et refuse de multiplier les goodies autour des Machines de l'île.

"Je n'aime pas cette espèce d'alignage de produits souvenir. Je décline également toute proposition pour des parcs d'attraction. En Chine, j'aurais pu fabriquer 30 éléphants, on me les commandait par cinq pour des lieux payants. Mon terrain d'expression reste l'espace public", affirme-t-il.

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Le Monsieur espaces verts de Nantes Jacques Soignon salue cette démarche : "Il a su résister aux sirènes des projets mercantiles. Les Machines de l'île engrangent 700 000 entrées payantes par an mais il y a aussi 3 à 4 millions de visites gratuites. Il est contre l'idée du parc d'attraction à la Disneyland fermé et accessible uniquement en payant. Le résultat est que les Nantais se sont appropriés les Machines de l'île, elles ont été adoptées par tous". En sera-t-il de même à Toulouse ? En tout cas cette fois pas de pétition en vue. Quatre mois avant la tenue de la manifestation, l'événement Facebook du spectacle du Minotaurea engrangeait déjà près de 60 000 personnes intéressées. "Ça va être la folie !", lance François Delarozière, les yeux pétillants d'impatience.

Florine Galéron

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